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Refuges apicoles

Des ruches rebelles sans récolte de miel

Installer des ruches en matériaux naturels pour accueillir les abeilles… sans récolter leur miel ? C’est le choix qu’a fait Céline Locqueville, paysagiste et apicultrice amatrice. Et si vous tentiez l’expérience du nichoir à abeilles ?

L'autoconstruction fait partie intégrante de l'apiculture naturelle. La seule limite dans la diversité des formes de ruche, c'est l'imagination. © Céline Locqueville

Quand on intervient moins et qu’on prend le temps d’observer, on peut découvrir et comprendre l’intelligence profonde qu’il y a partout, de la graine aux insectes. C’est fabuleux, ça me fascine tous les jours, c’est mon moteur dans la vie. J’ai voulu accueillir des abeilles de cette façon. Je n’y connaissais rien, mais j’imaginais une petite ruche champêtre, jolie, éventuellement fabriquée moi-même.

Depuis bientôt trente ans, la paysagiste Céline Locqueville défend les vertus de l’observation et du lâcher-prise au jardin. Il y a dix ans, elle a créé l’association les Petites Ruches à Saint-Aubin-Château-Neuf, 3000 m² de terrain d’expérimentation, de refuge pour la vie et de lieu de transmission.

En s’intéressant aux abeilles il y a une quinzaine d’années, l’ancienne élève de Gilles Clément a logiquement cherché les méthodes les plus douces et les moins intrusives pour les accueillir sur ses terres bourguignonnes.

Dans une ruche Warré, plus étroite qu'une ruche classique, les abeilles se sentent thermiquement à l’aise et fabriquent leurs rayons seules. © Céline Locqueville

Déchanter

À la recherche d’informations, elle ne trouve à l’époque ni livre ni tutoriel dans ce style. Elle se tourne vers des apiculteurs amateurs, dont les méthodes de certains l’emmènent loin de ses idéaux : J’ai réalisé que la plupart appliquent exactement les mêmes méthodes que l’apiculture intensive.

Parmi lesdites méthodes : tuer les reines qui transmettent les mauvais gènes, couper leurs ailes pour éviter qu’elles aillent instinctivement bâtir une nouvelle ruche ailleurs, nourrir les abeilles avec du sirop de betterave ou de maïs pour récolter un maximum, poser des plaques de cire qui renferment des produits chimiques et maladies pour pouvoir les manipuler régulièrement, utiliser des produits de synthèse pour traiter les parasites comme le varoa…

Construire

Céline cherche à cohabiter autrement avec les abeilles. Elle découvre alors la « Warré », une ruche de taille réduite, ressemblant à une sorte de petit tronc d’arbre de forme carrée. Ce modèle est conçu sans cadre, ce qui permet aux abeilles de construire elles-mêmes leurs structures et leurs alvéoles. L’apiculteur intervient dans la ruche uniquement pour la récolte, dans des volumes limités.

L'apicultrice tente de reproduire au maximum l’habitat naturel des abeilles. © Céline Locqueville

Capter

Après avoir construit elle-même cette ruche, vient une étape magique, la recherche de l’essaim : C’était l’aventure. Par chance, une dame m’a proposé de venir chercher un essaim qui s’était posé chez elle. J’avais fabriqué des combinaisons pour moi et ma famille, on y est allés avec mes enfants qui étaient petits. C’était super. C’est assez simple, comme geste, de récupérer un essaim. On secoue la branche au-dessus d’un panier ou d’un carton, l’essaim tombe tout seul, on referme, une fois à la maison on le renverse dans la ruche, comme si c’était des grains de riz.

Parfois, la colonie vient d’elle-même. Céline a d’ailleurs vécu à cette occasion l’un de ses plus beaux moments de vie d’apicultrice : Un jour, un essaim m’a fait un superbe cadeau. J’avais fabriqué des ruches Warré, et j’avais posé une ruche sur la terrasse de la maison. Une colonie est venue d’elle-même, puis est rentrée dans la ruche toute seule ! C’était magnifique. Je ne savais pas si on pouvait cohabiter aussi près. Elles m’ont forcé la main, et je suis ravie. Depuis dix ans, elles sont là et on adore les observer.

Le type d'essaim qu'on trouve dans la nature, celui-ci ayant atterri dans un arbre. © Istock

Multiplier

Forte de cette expérience, elle a depuis installé de nombreuses ruches refuges chez elle et chez des particuliers. Des ruches tronc, des ruches en paille, des ruches tonneau, des ruches en bois cordé, des cavités verticales ou horizontales… Leur point commun ? Ce sont des ruches dont on ne récolte pas le miel. Cela fait donc de Céline l’une des rares apicultrices amatrices qui n’a pas récolté de miel depuis cinq ans. Elle raconte son projet et sa démarche dans un livre très instructif (voir ci-dessous).

Pour elle : Cette démarche participe au réensauvagement des populations d’abeilles mellifères. Cela contribue à la diversité des populations, là où l’apiculture intensive cherche en permanence l’homogénéité génétique et la performance. Je ne cherche pas d’affrontements, je pense qu’on peut tout à fait cohabiter, on ne vise tout simplement pas les mêmes objectifs. Selon l’autrice Jacqueline Freeman, qui préface le livre Ruches refuges, cette voie est la bonne : Céline voit au-delà des conceptions erronées que nos esprits humains ont inventées pour courir après le profit, et elle propose des solutions meilleures et plus enrichissantes.

Les abeilles construisent elles-mêmes leurs structures. Ici, dans une ruche en paille, qui rappelle leur habitat naturel. © Céline Locqueville

Inspirer

Si l’idée vous séduit, Céline Locqueville propose dans son livre de nombreux modèles de ruches directement inspirées de l’habitat naturel dans lequel choisissent de s’installer les colonies. L’apicultrice a également contribué, avec les jeunes ébénistes de la Fabrique Pluriel, à la conception d’une ruche octogonale « de préservation des abeilles », conçue toutefois pour permettre des récoltes minimes. Elle cherche actuellement des jardins publics ou arboretum volontaires pour accueillir des exemplaires de ces ruches, financées par son association Petites Ruches. Elle lance d’ailleurs une prédiction : Il y a quinze ans, je faisais des nichoirs à insectes, personne ne les connaissait. Depuis, on en trouve partout. Les ruches de préservation vont se répandre partout également, ça va être fulgurant.

La ruche creusée dans un tronc permet aux abeilles de retrouver leur instinct et leurs équilibres vitaux naturels. © Céline Locqueville

Pour approfondir

Références

Céline Locqueville présente les moyens de redonner aux abeilles leur statut d’animal sauvage et de restaurer leur diversité génétique. Elle propose en particulier la construction pas à pas de plusieurs modèles de ruches refuges sans récolte avec des matériaux naturels : la paille, la terre, le bois, l’écorce.

12 commentaires

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  1. « La ruche creusée dans un tronc permet aux abeilles de retrouver leur instinct et leurs équilibres vitaux naturels »
    Phrase symptomatique du grand n’importe quoi de ce discours bourré d’idéologie. J’ai suffisamment récupéré d’essaims pour savoir que quasiment n’importe quelle cavité leur convient tant qu’elles sont à l’abri des intempéries (cheminées, bacs composteurs, trous de murs…).Ce qui est essentiel pour la survie des abeilles, ce n’est pas la boîte dans laquelle elles sont mais les soins qu’on leur apporte quand ils sont nécessaires.

    « Parmi lesdites méthodes : tuer les reines qui transmettent les mauvais gènes, couper leurs ailes pour éviter qu’elles aillent instinctivement bâtir une nouvelle ruche ailleurs, nourrir les abeilles avec du sirop de betterave ou de maïs pour récolter un maximum, poser des plaques de cire qui renferment des produits chimiques et maladies pour pouvoir les manipuler régulièrement, utiliser des produits de synthèse pour traiter les parasites comme le varoa… »
    D’où est-ce que les essaims qu’elle récupère viennent à votre avis ? Et oui, des ruches de vilains apiculteurs « conventionnels » sans qui les abeilles auraient quasiment disparu. S’ils parviennent à garder des populations en vie, c’est parce que la plupart connaissent les abeilles et qu’ils en prennent soin. A la différence de bien des néophytes qui pensent qu’ils vont sauver la nature en ayant une ruche dans leur jardin, mais qui les laissent juste crever, de faim, de l’infestation de varroa ou de maladie.
    Si un apiculteur se retrouve à devoir donner du sucre à ses abeilles, ce n’est pas « pour récolter un maximum » mais pour éviter qu’elles ne meurent de faim en hiver. Quasiment personne ne clipe (enlever l’extrémité d’une aile de la reine), encore moins chez les amateurs. Je serais curieux de savoir ce qu’elle fait contre le varroa, espèce invasive, qui est la principale menace pour les colonies.

  2. Superbe ! Voilà l’idée que j’attendais ! Possible, j’imagine, dans une résidence secondaire , pour animer un verger qui s’ennuie ?
    Merci pour cette généreuse initiative !

  3. Bonjour, idée superbe, qui amène beaucoup de questions: qu’en est-il de la compétition avec les prédateurs naturels des abeilles mellifères, nous vivons dans une région où le bourdon asiatique peut détruire cette volonté de préservation. De plus nous avons proche de notre jardin, un apiculteur conventionnel …

    1. Il s’agit du frelon asiatique et non du bourdon. Ne soyez pas trop prompt à juger les pratiques des apiculteurs « conventionels » comme le fait cet article. Déjà, sans eux les populations d’abeilles seraient ridiculement faibles. Ce sont des gens qui connaissent le mieux les abeilles, avec les scientifiques qui les étudient.

  4. J’ai une question : que devient le miel non récolté ? Peut-il rester longtemps dans la ruche ?

  5. Bonjour,
    Cette démarche me parle. J’ai un jardin labellisé « Jardin Remarquable » ouvert au public où ce dispositif pourrait prendre place. Mais je n’ai aucune expérience et ne sais pas par quel bout commencer. Ok, lire le livre d’abord !!!

  6. Bjr super cette façon de protéger les abeilles. Mon fils travaille ds un parc a Paris où il y a des ruches ds une partie privée. Peut être pourriez vous y installer vos ruches.

  7. Magnifique idée Céline Locqueville ! Nous allons mettre en pratique et construire une première ruche de préservation dans notre jardin.

  8. Quelle idée merveilleuse, j’espère que ces ruches vont se développer partout, trop d’apiculteurs amateurs et pros qui pensent surtout profits. Bravo !!!

    1. Désolé, mais cette vision méprisante des apiculteurs est assez détestable. Iriez-vous dire d’un charpentier ou d’un maraicher qu’il est uniquement attiré par le profit parce qu’il parvient à vivre de son son travail ? Cette dame gagne certainement très bien sa vie en tant que paysagiste et avec la vente de ses livres.

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