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Salines et saulniers

« Dans le marais, climatiquement, on ne maîtrise plus rien »

La cohabitation entre paludiers indépendants et coopérateurs dans le marais de Guérande, l’installation de la nouvelle génération et l’avenir climatique : Laurent Sériat, directeur général de la coopérative Les Salines de Guérande, fait le point.

© Les Salines de Guérande

Concrètement, qui occupe le marais ?

Laurent Sériat : La coopérative Les Salines de Guérande, qui rassemble 225 paludiers, soit les deux tiers du marais. Elle a été fondée dans les années 1970 pour revendiquer le territoire face aux promoteurs qui projetaient d’en faire une marina. Se regrouper a permis d’éloigner le spectre du tourisme de masse, de refaire venir des paludiers et de préserver la biodiversité, le site étant aujourd’hui protégé par Natura 2000. Il y a également deux groupements d’indépendants. De manière générale, les salines sont soit en fermage, soit elles appartiennent aux paludiers, comme sur des terres agricoles classiques. Un propriétaire foncier domine sur le marais : c’est la Compagnie des Salins du Midi (groupe Salins, l’un des principaux saliniers européens et premier propriétaire foncier privé de France, NDLR), qui loue aux paludiers indépendants et en exploite la récolte. Guérande est une goutte d’eau dans son activité, mais au moins il est forcé d’empaqueter sur nos terres, grâce à l’IGP du sel. C’est une société unipersonnelle, à l’inverse de la coopérative qui est un groupement de producteurs locaux qui fait vivre le territoire.

Les jeunes formés au métier parviennent-ils à s’installer ?

Pour la pérennité de la coopérative, on cherche à ce que cela se fasse. Les anciens qui ont lutté pour la survie du marais arrivent en fin de carrière. Quand ils réduisent leur activité au fil de l’eau vers la retraite, on trouve une personne en remplacement. Depuis la fin des années 1980, à notre initiative, a été mis en place un BPREA aux métiers de la saliculture, dont les jeunes sont accompagnés jusqu’à l’installation. Entre les départs en retraite et les friches à réhabiliter, il y a suffisamment d’œillets à disposition, mais éclatés sur la zone et délivrés selon les opportunités, comme un vigneron qui travaille sur plusieurs parcelles. Le territoire est limité et la demande bien supérieure à l’offre. Le moindre œillet libre de l’un de nos coopérateurs est tout de suite proposé.

© Les Salines de Guérande

Quelles craintes formule le marais face au climat ?

Il y a une vraie prise de conscience collective. Coopérateurs comme indépendants, quand il s’agit de l’avenir climatique, le marais dans son entièreté se serre les coudes. Les tempêtes hivernales, de plus en plus fréquentes, abîment la digue qu’on n’a pas moyen de réparer tout le long de ses 27 kilomètres. Mais surtout, on ne maîtrise plus rien. Les anciens avaient pour habitude d’observer sur cinq ans une bonne année, une mauvaise et trois moyennes. Depuis une petite dizaine d’années, ce cycle est brisé et la météo complètement imprévisible. Pour le moment, on suit plus une logique de réparation que d’anticipation, notamment concernant la montée des eaux, alors qu’on tire la sonnette d’alarme depuis des années. Le marais a la volonté commune de faire perdurer son métier qui fait vivre une grande partie de la presqu’île, mais l’avenir nous inquiète.

Un commentaire

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  1. Bonjour,
    Petite précision sur les salins du midi situé à Guérande. Les paludières et les paludiers travaillant avec eux sont également des locaux et eux aussi participent au développement de la région. Certains d’entre eux ont quitté la coopérative car justement ils trouvaient que le côté humain avait disparu…

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