Recette de chef maraîcher

Culture en lasagnes et sans béchamel

Franck est un fou de lasagnes, il en fait partout… et surtout dans son potager. Le principe qui consiste à superposer différentes couches de végétaux et de déchets sur n’importe quel type de sol fait pousser les légumes à la vitesse grand V.

5 couches pour de bonnes lasagnes. ©FranckTerras

« La technique du potager en lasagnes permet la valorisation directe de nombreux déchets du jardin, de la cuisine et du carton brun qui encombrent nos poubelles, explique Franck Terras, passionné. C’est écologique et rapide, mon jardin devient résilient… ». La technique de la culture en lasagnes a été mise au point dans les années 90 par une américaine, Patricia Lanza. Elle découvrit par hasard, dans l’arrière-cour de son restaurant, un jardin exubérant dans un amoncellement de cartons d’emballage, d’épluchures de légumes et de graines de légumes.

Humidification maison des lasagnes ©FranckTerras

Concrètement, les lasagnes agricoles sont des buttes vivantes faites de différentes couches de matériaux en décomposition sur lesquelles on plante directement. Un peu comme si l’on cultivait sur du compost. « L’ensemble de la décomposition de la lasagne donne aux plantes ce dont elles ont besoin pour pousser. En quelques mois, la décomposition permet d’obtenir de l’humus que la forêt produit en plusieurs décennies, » explique Franck. Avec ce système très prisé des permaculteurs, pas besoin de retourner la terre. Et la nature du sol importe peu : les lasagnes sont adaptables à tout type de terrain même dans les bacs d’une terrasse.

En plein été, je paille la butte pour conserver une humidité constante et faire des économies d’eau.

Par définition, la technique de la lasagne est éphémère sur un cycle de production. Les maladies n’ont pas le temps de s’installer. Aucun traitement n’est requis pour éviter l’oïdium et le mildiou « si je prends garde à ne pas arroser les feuilles mais uniquement à maintenir une légère humidité en arrosant le pied des plantes ou en utilisant des dispositifs alternatifs comme une bouteille en plastique. »

Et puis, en fin de saison de production, le jardin peut être replié, la lasagne compostée fournira la matière de la prochaine lasagne, au printemps suivant.

Plutôt exubérant le résultat, non ? ©FranckTerras

La recette de Tonton Franckie

Ingrédients

– des déchets bruns (comme du carton d’emballage, du papier journal, taille de haie, feuilles mortes, paille, foin, copeaux de bois, sciure,…)

– des déchets verts (herbe fraîchement coupée, épluchures de légumes, mauvaises herbes fraîches, marc de café,…)

– du terreau

– une fourche

– une pelle

– un point d’eau à proximité

– des graines de vos légumes préférés

Recette

Choisir un endroit ensoleillé. Cela peut être un bout de prairie, une cour, un balcon,… faites comme bon vous semble ! Personne n’a réussi à passer correctement la motobineuse sur un bout de trottoir ou une dalle en ciment, mais avec ce potager magique, pas besoin de travailler préalablement le sol.

Stocker au préalable vos déchets bruns : tailles de haies, feuilles mortes, paille, foin, copeaux de bois, sciure, cartons d’emballage ou papiers journaux. Pour trouver des cartons, c’est très simple, il suffit de se balader près d’un commerce et vous pourrez remplir votre coffre !

Collecter vos déchets verts dans un coin : herbe fraîche, résidus de potager, épluchures de légumes, mauvaises herbes fraîches, marc de café.

Assembler vos déchets en couches (lasagnes).

Une couche de déchet brun. Commencer par le carton, qui sera posé en deux épaisseurs minimum pour empêcher la prolifération des herbes indésirables.

Il doit déborder de la butte afin d’éviter que les mauvaises herbes ne grainent dans la base de la lasagne.

Puis une couche de déchets verts : tontes de gazon ou mauvaises herbes sur 10 à 15 cm.

Une nouvelle couche de déchets bruns : feuilles mortes sur 15 cm, copeaux de bois sur 10 cm, fumier de vache sur 5 cm, paille ou foin sur 10 cm.

Puis, en quatrième couche, de nouveau du déchet vert : tonte de gazon sur 15 cm.

Pour terminer, déposez une couche de terreau que vous pouvez confectionner avec ⅓ de compost tamisé, ⅓ de sable à bâtir et ⅓ de terre argileuse du jardin (prélevé entre 5 et 10 cm de profondeur pour minimiser la collecte de racines indésirables)

Humidifiez la lasagne couche après couche pour garantir une fermentation et une décomposition homogène. Voilà, votre sol est prêt à être cultivé. Pas besoin d’attendre. « En deux heures, votre potager exubérant est opérationnel. »

Celles-là, elles iront directement dans les lasagnes. ©FranckTerras

Les petites astuces du Chef Franck

Vous pouvez semer avant les dates préconisées pour un potager classique : la butte en lasagne se réchauffe plus vite, car la cinquième couche est sombre et largement exposée aux rayons solaires. Dans les premiers jours, l’activité des micro-organismes provoque une augmentation de la température pour former une couche chaude. Le cœur de la butte peut atteindre 50° environ durant les 3 jours suivant l’assemblage si vous confectionnez votre lasagne dans le même temps. Vous pourrez y repiquer vos jeunes plants dès que la température sera légèrement descendue autour de 30.

Si des gelées sont à craindre, vous pouvez recouvrir d’un voile de forçage votre butte avec des anneaux en noisetier, châtaignier ou osier par exemple.

Maintenir une très légère humidité dans la butte durant toute la période de culture. La décomposition des déchets sera permanente. Pour les versions urbaines, vous pouvez utiliser une bouteille plastique dont le bouchon est percé d’un minuscule trou afin que l’eau s’écoule aux pieds des plantes.

Le BRF (bois raméal fragmenté), c’est le meilleur déchet brun : broyé, sa décomposition par les micro-organismes est accélérée.

Préférez les variétés potagères locales et anciennes pour leur goût. Les variétés précoces pour obtenir de plus grandes récoltes.

N’hésitez pas à glaner les déchets auprès de vos voisins ! Frais, ils sont plus efficaces…

4 commentaires

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  1. Vous avez raison ! Il faut sélectionner les cartons destinés à la culture en lasagne car certains (les plus sophistiqués) n’ont rien à faire au jardin. Le carton brun est composé majoritairement de cellulose pour la matière et de lignine pour la colle. Rien de plus naturel car ces deux substances sont contenus dans l’arbre. Les encres sont de moins en moins nocives également, la couleur noir est du carbone par exemple. Certains permaculteurs préconisent l’employer des EM (micro-organisme efficaces en français) pour maximiser la dégradation des composants du carton. Je vous laisse mener l’enquête pour les identifier… Sinon pour être plus terre à terre, voici l’adresse de mon blog sur le potager en lasagne : http://www.lesateliersenherbe.com/carton-potager-kesaco/ . Vous y trouverez de nombreux retours d’expériences et des tutos en prévision de l’automne. Et oui ! Le jardin en lasagne n’est qu’une affaire de printemps… A bientôt ! Tonton Francky.

  2. Bonjour,
    oui, en effet, quelques précisions sur le type de cartons et sur les papier journaux seraient les bienvenues car, sauf erreur de ma part, ce n’est pas très écologique de les utiliser (hydrocarbures, encres, …); Merci pour votre future réponse.
    Daniel

  3. Super !
    Mais attention aux vraies fausses bonnes idées comme le recyclage écologique d’une bouteille en plastique ou bien aux raccourcis dévastateurs qui laisserai croire aux personnes de bonnes volontés qu’un trottoir puisse constituer un support de culture possible…
    Alternativement et en cohérence avec la méthode proposée, un vieux pot en terre cuite (non vernie) sauvé du rebut à la déchèterie, sera une autre idée pour un arrosage écologique : Un petit bouchon de liège pour obstruer le trou du fond, une coupelle en guise de couvercle pour éviter l’évaporation, et la capillarité fera le reste 🙂
    Pour ce qui est du sol, on met trop souvent en avant le processus de décomposition et son humus de résultat (le terreau des commerçants) en occultant presque systématiquement la décomposition de la roche mère et ses minéraux ou autres oligo-éléments de résultats. En effet, les plantes se nourrissent d’un sol vivant aux échanges verticaux, du haut vers le bas mais aussi du bas vers le haut (sans oublier ici non plus, les échanges horizontaux).
    Merci Franck, pour votre action et pour votre information.

  4. Attention avec le carton, j’ai déjà lu qu’il contenait très souvent des hydrocarbures ! Même les cartons alimentaires.

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