Fermes d’avenir : la permaculture open fourche

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Dans la banlieue de Tours, la micro-ferme de la Bourdaisière expérimente le maraîchage biologique libre. Ici, on veut prouver que l’agriculture écologique à petite échelle peut être rentable et le crier sur tous les toits. Tester, ajuster, communiquer pour créer un nouvel élan dans les champs.

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La permaculture repose sur 3 principes éthiques : prendre soin de la terre, prendre soin des hommes, partager équitablement les ressources.

C’est l’heure du dessert. Les jardiniers terminent leur pause au soleil. Au menu, physalis et framboises qu’ils viennent juste de ramasser à quelques rangs de betteraves de là. C’est calme, presque un silence monacal que les deux truies de la ferme se plaisent à perturber par leurs grognements et leurs déglutitions de courgettes. Au loin, on aperçoit le château de la Bourdaisière, demeure historique du XIV/XVIe siècle. Entre les deux, le Conservatoire national de la tomate avec plus de 650 variétés que le propriétaire des lieux le Prince Louis Albert de Broglie cultive avec passion.

Maxime de Rostolan a débarqué sur ces terres de Montlouis-sur-Loire au printemps dernier avec des idées bien ficelées. « La France a perdu 1,5 millions de fermes en 50 ans. L’agriculture intensive ne donne rien de bon. Mon souhait est de montrer qu’il est possible de cultiver plus sur moins de terrain. Pour cela, j’ai décidé de créer le projet Fermes d’avenir. »

En quelques mots, l’objectif de l’association est de mettre sur pied une micro-ferme exemplaire empruntant aux techniques de la permaculture et de l’agro-écologie et de médiatiser cette expérience fiches techniques à l’appui, pour que tout le monde puisse la reproduire. « Vous devez incarner le changement que vous souhaitez voir se produire dans le Monde », professait Ghandi. L’ingénieur citadin qui n’a jamais touché une binette s’engage à jouer à l’agriculteur. Pour de vrai.

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Ingénieur de formation, Maxime est plutôt du genre à cumuler les projets. Aujourd’hui, il est aussi Président de Blue Bees.

D’accord sa soeur a travaillé chez la foncière Terres de liens en Normandie et est aujourd’hui agricultrice, bien sûr, il s’est rendu à la ferme du Bec Hellouin, pionnière en permaculture, évidemment il a dévoré les ouvrages du spécialiste Bill Mollison, n’empêche Maxime reste novice et a encore tout à apprendre. Il s’inscrit à la formation de BP REA, sésame nécessaire à l’installation d’un agriculteur et rapidement s’entoure d’un spécialiste. « Grégoire est passé dans plusieurs fermes comme celles des Amanins. C’est lui la véritable cheville ouvrière du projet ! »

En mars dernier, le terrain de l’expérience n’est encore qu’une vaste prairie, parking éphémère des grands raouts du Prince. Maxime hésite. Pailler avec des cartons ou des bâches pour faire mourir les végétaux et ameublir la terre ? Adopter des cochons fouineurs ? Scalper la terre avec le tracteur du voisin ? Le trentenaire opte pour cette dernière solution qui consiste à mettre à l’herbe la tête à l’envers. Un cover crop comme on dit chez les pros. Et puisqu’on est ici dans le domaine de l’expérimentation, un morceau du terrain est recouvert d’Isorel, ces panneaux de bois sans un gramme de colle ou de formaldéhyde récupérés au Super U du coin. « Vous savez, ils servent à séparer les packs d’eau dans des palettes. »

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Des plaques d’Isorel préparent le sol. Ensuite, sur chaque planche de culture, il y aura 9 rotations.

Le plan des cultures revient aux deux experts Claire Uzan et Gildas Véret fondateurs d’Horizon permaculture, structure d’accompagnement de ce type de projets. Sur les 1,4 hectares de terrain, ils placent les serres bioclimatiques, le système d’irrigation, les planches de culture, des rangées d’arbres fruitiers, une vague fleurie faite de fleurs mellifères, une mare, mais aussi un bâtiment de stockage. « Nous allons le réaliser en cagettes concassées récupérées, explique Maxime. La chambre froide, ce sera un container enfoui sous un mètre de terre. Il faut faire avec les moyens du bord, on n’a pas plus de 50 000 euros pour le bâtiment.»

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Le plan des cultures, disponible dans la boîte à outils du site.

Respecter les budgets imposés fait partie de l’expérience. « La totalité des investissements de la ferme ne doit pas excéder les 120 000 euros, c’est moins qu’un tracteur. Si l’on arrive à produire 140 kg de légumes par jour, 50 semaines par an, on parvient à l’équilibre en 2017. » Pour l’ensemble de l’expérience qui compte en plus le travail des experts Claire et Gildas, celui du Comité scientifique et économique piloté par Carbone4, la création d’une boîte à outils en ligne, le salaire des maraîchers dès le premier jour, la facture est forcément plus élevée et financée par des acteurs du privé.

 

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L’objectif principal est de montrer qu’il est possible, sur un hectare, de créer un emploi pérenne en maraîchage biologique. A la Bourdaisière, le pari est d’en créer 3 sur 1,4 ha.

Six mois plus tard, le terrain ne compte plus un centimètre carré de sol nu. Les allées sont habillées de paille. Certaines planches de culture sont recouvertes d’un plastique en amidon de maïs, « on ne recommencera pas, c’est galère à désherber » et la plupart des buttes accueillent les déchets de tonte de la commune. Sous cette matière organique luxuriante, les légumes poussent à une vitesse folle et atteignent des tailles record.

Si la plupart des 70 espèces du champ sont issues des graines Kokopelli ou Germinance, d’autres viennent de l’agriculteur voisin, Xavier du Champ de pagaille. Le passionné apporte régulièrement des plants aussi exotiques que romantiques : igname, houblon, capucine tubéreuse, coriandre vietnamienne, épazote, shizo, herbe à bison, chénopode bon-henry… On voyage !

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Ne jamais laisser le sol à nu, un des principes de la permaculture.

Que pensent les maraîchers de cette expérience ? « C’est pas toujours simple, » lâche Maxime. Peut-être parce que l’exploitation a reçu le soutien de la grande distribution, parce qu’elle attire les médias comme des mouches sur du miel, parce que Maxime ne vient pas du sérail. Sans doute parce que la transition demande du temps. En attendant, ce soir l’artiste britannique Damien Hirst organise un dîner à la maison Deyrolle. Les légumes cuisinés par le chef étoilé Pierre Gagnaire seront ceux de Fermes d’avenir. Sur le banc, une dizaine de cagettes de tomates, choux, persil, attendent leur chauffeur pour aller régaler ce beau monde.

9 commentaires

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  1. Bonjour,
    Je mon jardin potager depuis un an (la retraite oblige) 🙂 Les débuts sont difficile car je connait pas trop le jardin dans le climat méditerranéen .
    J’essai de faire mon potager 100% bio et c’est très bon. Ca demande beaucoup de travail mais le résultat est au rendez-vous.
    Bon courage à tous, ça veut le coup.

  2. bonjour merci pour votre cit qui ma donner une première impression sur la permaculture je vue faire une ferme permaculture au Maroc et franchement j’ai de bonne connaissance en agriculture maraichère et besoin de votre avis merci

  3. Bonjour à vous tous, félicitation pour votre blog.Je suis le dernier jardinier de ma famille .Nous jardinier depuis 400 ans sur la rive droite de la Durance.Apres 50 ans d’erreurs horribles ,je jardine en BIO depuis 10 ans et , je suis heureux des résultats. Je vous une très bonne année 2015.

  4. Nous sommes dans le Vaucluse avec un micro projet de ferme en biodynamie. Déjà un jeune agriculteur travail son terrain de 7.000m2 et nous sommes en projet d’acheter à coté 7.700m2 pour exploiter en ma

  5. Je ne sais pas comment la Ruche qui dit oui est venue dans ma boite mail mais je dis oui, oui, oui et merci, ça ravive mon vert sourire et mes espoirs dans l’avenir de nôtre belle terre.
    Sans compter que je suis très curieuse, que j’adore apprendre et transmettre…

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