fbpx

Des bras pour mon mini habitat

Autoconstruire sa tiny house : à plusieurs, c’est mieux

Tiny house, kézako ? Un habitat nomade de quinze mètres carrés, une maison réduite au strict nécessaire, un choix de vie qui questionne notre rapport à la société dans son ensemble. Rencontre avec les membres de l’association Tinyland.

Nathalie Bonnaud, diplômée d’Art et Design, a tout conçu dans sa tiny. © Anne-Lore Mesnage

Ça va être sanglant, je n’ai pas dit cinglant, a lancé un habitant à Nathalie Bonnaud lors d’une soirée de présentation des « tiny house ». Nathalie tremble encore à l’évocation de cette invitation par la commune de Saillans (Drôme) en 2018. Elle se réjouissait d’avance de partager son choix d’avoir construit et de vivre dans cette toute petite maison nomade. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce fut la douche froide.

L’habitat léger a provoqué la colère d’une partie des habitants. Accusées de dévaloriser le foncier et d’amener une population marginale, Nathalie et ses consœurs (elles n’étaient que des femmes ce soir-là) n’ont pas pu plaider leur cause. Un rendez-vous manqué, une incompréhension générale. Le couac coûta le mandat à la municipalité citoyenne et participative de Saillans qui avait eu l’idée de cette soirée dans le cadre de sa réforme du Plan local d’urbanisme (PLU). Ladite soirée contribua à une opposition municipale, victorieuse en mars 2020.

Le paradis de Nathalie Bonnaud, une des fondatrices de Tinyland. © Anne-Lore Mesnage

Alors pourquoi ces minuscules (tiny) maisons déclenchent-elles autant d’opposition ? Il n’est sans doute pas anodin de savoir que le Tiny house Movement a pris de la vigueur entre 2007 et 2008 aux États-Unis. En pleine crise des subprimes, ces emprunts immobiliers toxiques endettèrent et menèrent des millions d’américains à l’expropriation de leur logement. C’est dans des périodes de crises sociales ou à la suite de catastrophes naturelles que des solutions d’habitats ont tendance à naître. Plus récemment, ce type d’habitation vient percuter les aspirations décroissantes et écologiques des nouvelles générations.

Dans la Drôme, Nathalie Bonnaud, 45 ans, a posé sa tiny à quelques kilomètres du hangar dans lequel elle l’a elle-même construite. Comme beaucoup de ses camarades, elle n’est pas propriétaire de son terrain. Elle a trouvé un arrangement avec un agriculteur du coin et se fait discrète.

Sur le carnet de construction de sa tiny, toutes les étapes sont documentées. Nathalie se souvient d’avoir essuyé les plâtres. L’association n’existait pas encore. © Anne-Lore Mesnage

Dura lex, sed lex

C’est là où le bât blesse pour les partisans de ce nouvel habitat, la législation ne leur est pas favorable. Ou plutôt, les collectivités ne sont pas encore prêtes à utiliser un levier pourtant accessible : dans un plan local d’urbanisme, les STECAL (secteurs de tailles et capacité d’accueils limités) peuvent être accordés par dérogation dans des zones non constructibles. Les communes permettent ainsi des mises à disposition de terrain pour des habitats légers. Sauf que pour l’instant, ça bloque. 

Afin de faire bouger les choses, l’association Tinyland, a vu le jour en octobre 2020. Elle a un double objectif : favoriser l’entraide à l’autoconstruction de la tiny et devenir pour ses membres des interlocuteurs de confiance vis-à-vis des élus locaux. Vous avez des questions, venez-nous voir, lance Nathalie, de sa terrasse entourée d’un magnifique jardin, dont les arbres surplombent sa pergola et sa tiny. Un détail qui n’est pas anodin : l’été, la majorité des habitants des tiny sont obligés de dormir dehors tant la température intérieure grimpe…

Matériauthèque au top

À quelques kilomètres de chez Nathalie, le hangar qui lui a servi d’abri pour bâtir sa nouvelle vie ne chôme toujours pas. Lié à l’association, il abrite en ce moment d’autres membres qui planchent sur six tiny. À défaut d’un jardin où entamer la construction, cet espace permet à chacun de se lancer, tout en favorisant l’entraide et en facilitant la mise à disposition du matériel. Le hangar jouxte une matériauthèque qui ravit les constructeurs, toujours plus nombreux depuis le premier confinement. Chacun travaille sur sa propre maisonnette et s’offre des coups de main, sans hiérarchie entre les individus. Dans les boxes, des couples mais aussi beaucoup de femmes seules louent une zone qui leur est dédiée pour un peu plus de 200 euros par mois, comme Bérangère Marizien, qui s’apprête à terminer sa tiny après un an de travaux à plein temps.

Épuisée mais souriante, Bérangère ne savait pas tenir un outil, travaillait dans le milieu de l’art contemporain et s’ennuyait. Un prêt familial lui permet de se lancer et la Covid accélère le processus : J’ai déconstruit la petite phrase du style, je ne suis pas capable de… Elle a trouvé un terrain où se poser pour le moment (en attendant que la législation évolue) et se réjouit de n’avoir ni emprunt à la banque et ni loyer à payer, juste les parents à rembourser, à son rythme.

La materiauthèque juste à côté du hangar est une mine d’or pour les constructeurs. © Anne-Lore Mesnage

Avantage numéro un d’une tiny house : son prix. En moyenne 30 000 euros en autoconstruction. Second atout : son empreinte carbone basse du fait même de sa structure : une petite surface, une ossature bois, une isolation bien pensée et des panneaux solaires. Pas plus de 15 m², 2,5 mètres de large et 3,5 tonnes, et ce afin de pouvoir la déplacer sur remorque. Tout doit être optimisé, pensé pour gagner le plus de place possible. Pas de risque en revanche d’étouffer, la hauteur sous plafond offrant une impression d’espace. Avec ses douze fenêtres, la tiny de Nathalie est une continuité du jardin. L’espace dedans-dehors semble aboli même s’il faut tout de même passer l’hiver…

L’immense hangar où les autoconstructeurs se partagent savoir-faire, outils et machines. © Anne-Lore Mesnage

Cela dit, la surface, optimisée ou pas, reste trop petite quand il s’agit d’accueillir un bébé par exemple, et s’avère juste pour un couple. Parfois je m’isole dans la salle de bain, rigole Nathalie, dans un espace identique à une cabine de toilette d’un petit voilier. Il faut également se battre avec l’hygrométrie : le taux d’humidité dans l’air peut monter à 50 % après cuisson des pâtes ou après une douche. Nathalie a découvert grâce à son déshumidificateur électrique que l’on pouvait transpirer jusqu’à 4 litres d’eau par nuit !

Agathe Loriente, tout juste diplômée d’une école d’architecture, construit avec son compagnon une tiny pouvant accueillir 6 personnes… © Anne-Lore Mesnage

Maison open

Dans le hangar, Geoffroy Celard, 27 ans, et sa compagne Automne, 26 ans, en sont au tout début du chantier. Le van leur sert de chambre sur le parking. Après un voyage en Colombie et fraîchement diplômé en architecture intérieure, le jeune homme gagne un concours de conception de tiny house. Depuis, il partage le fruit de ses recherches et ses plans en open source. Savoir c’est pouvoir, c’est pour ça que je donne tout en accès gratuit pour que d’autres puissent en profiter.

Quand il a su qu’un emplacement se libérait dans le hangar, il n’a pas hésité. Il a ramené du bois de chez ses grands-parents agriculteurs, a investi l’argent qu’il avait mis de côté et a signé un partenariat avec son école d’architecture qui finance une partie du projet. Lui non plus n’a pas envie de s’endetter pour se loger.

Un peu plus loin, Frédéric Scocard, lui, est un des derniers autoconstructeurs entré dans l’association. Il s’offre un nouveau départ après une vie à courir après le temps. Il a commencé à réduire ses besoins depuis qu’il s’est installé dans le camping voisin le temps de construire sa tiny.

Frédéric Scocard est un des derniers autoconstructeurs entré dans l’association. © Anne-Lore Mesnage

Agathe Loriente aussi est constructrice. Avec son compagnon, elle bâtit une tiny pouvant accueillir 6 personnes… Elle envisage ensuite de s’y mettre pour d’autres, notamment pour sa sœur, chevrière. Diplômée d’architecture, elle vit la tiny comme une évidence. À ceux qui pensent que le concept de petite maison maintient les gens dans la précarité, Agathe a noté pendant ses études que la grandeur d’un espace ne définit pas son confort. L’espace s’impose comme un marqueur social et un signe extérieur de richesse. Or, ces petits espaces peuvent être très confortables, avec une vision à 360 degrés, une sentiment d’être à moitié dedans à moitié dehors grâce aux nombreuses fenêtres, à un espace extérieur aménagé…

Agathe Loriente souhaite construire d'autres tiny, à commencer par celle de sa sœur. © Anne-Lore Mesnage

On retrouve Nathalie à l’extérieur du hangar. Elle évoque les barbecues de fin de chantier et cette culture de l’entraide, le fait de partager le froid, le chaud, le bruit, les joies, les émotions. Tous sont bénévoles dans de nombreuses associations et pensent ensemble au monde de demain. En se serrant les coudes car les vents sont encore contraires.

6 commentaires

Close

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Je pense que ce qu’elle souhaite dire, c’est que oui, certaines personnes achètent une maison de 200m2 juste pour « faire bien ». Non? Qu’en pensez-vous?

  2. Bonjour,
    Je suis d’accord avec Laure et Anaïs que vouloir de l’espace, ce n’est pas toujours pour être dans le paraître. Je fabrique des costumes de théâtre et il est clair que j’ai besoin de place. J’ai une amie qui est famille d’accueil pour des associations animalières, elle aussi ne pourrait pas faire cette activité dans 15M2. Vous voyez? J’espère que vous allez revoir votre jugement. Merci

  3. bonjour,
    Comme je vous envie, faites et faites profiter de vos acquis pour construire ses mini maisons , bravo a tous

  4. Bonjour Agathe, Je ne suis pas d’accord avec vous que « l’espace s’impose comme un signe extérieur de richesse ». Ce genre de jugement à l’emporte pièce m’ennuie. En effet, vivre dans 15M2 impose d’énorme contraintes incompatibles avec certaines personnes. Je fais de la peinture, ou vais-je stocker tout mon matériel? J’aime recevoir des amis sans leur imposer de dormir dehors….. en télétravail, j’ai besoin d’un espace dédié, pas le micro-canapé du micro-salon. Ne mettez pas tout le monde dans le même panier…. c’est typiquement français de penser que si on vit un peu au dessus des pâquerettes, on est riche.

  5. J admire beaucoup le courage de ces autoconstructeurs.
    Bravo pour leur persévérance et leur imagination.

  6. Message à Agathe Loriente: Vous écrivez « L’espace s’impose comme un marqueur social et un signe extérieur de richesse. » C’est un jugement qui n’est pas toujours correct. Quand on a plusieurs centres d’intérêt comme moi et qu’on aime recevoir des amis pendant plus d’une nuit et bien il faut de l’espace. Une chambre d’amis, une pièce dédiée au cardio avec un rameur et un tapis de course + tapis de yoga, mon atelier de couture/patchwork. Je n’ai pas à dormir dehors l’été parce que l’intérieur de ma maison est invivable. Richesse? je suis non-imposable.

Recevoir le magazine

1 newsletter par semaine.
No pubs, Pas de partage de donnée personnelle

Oui ?

Recevoir le magazine

1 newsletter par semaine.
No pubs, Pas de partage de donnée personnelle