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Filature de 200 ans d’âge

Arpin, les toiles du berger

Là-haut sur la montagne savoyarde, on file une bonne laine locale chez Arpin depuis huit générations. Le secret de la filature qui défie l’industrie textile ? 70 bergers partenaires, des machines comme on n’en fait plus, et une bonne dose de transmission.

Arpin
Là-haut sur la montagne, Arpin.

Quand Sarah, tisserande de 25 ans, a fait ses premiers pas il y a plus de trois ans chez Arpin, elle a tout de suite compris qu’entre la théorie potassée durant ses années BTS Tissage et la pratique maison, il allait falloir prendre un nouveau pli. Nous travaillons sur des machines qui pour certaines ont plus d’un siècle. C’est ce savoir-faire que je suis venue chercher quand j’ai intégré la maison. Je rêvais d’y travailler depuis que j’avais vu un reportage à la télévision présentant cette entreprise hors du commun… A Séez (prononcer Sé), village voisin de Bourg-Saint-Maurice en Savoie, on entre dans ces ateliers vieux de 201 ans comme on ferait un voyage dans le temps, saisi par la beauté des lieux. À l’aplomb de la façade en pierre, coulent les eaux limpides du torrent Versoyen, d’où une partie de l’électricité utilisée par l’entreprise provient encore.

Au XIXe siècle, le tissage du renommé “drap de Bonneval“ a fait la réputation de la maison, qui mise aujourd’hui aussi sur de nouvelles créations.
Filature Arpin
Filature Arpin

À tous les étages, on découvre plusieurs machines classées au patrimoine national français. Le batteur (1865), le loup (1930), la cardeuse (1928), l’ourdissoir, des foulons, un dégorgeoir… Toutes sont encore utilisées et font partie intégrante du patrimoine de l’entreprise, au même titre que l’expertise de Jacques Arpin. Ce maître lainier représentant la huitième génération de la famille fondatrice est l’un des piliers de la filature. Charge à lui de choisir la laine, laver la fibre dans les règles de l’art, la faire sécher et la mélanger pour obtenir différentes nuances naturelles de couleurs… Jacques s’approchant de la retraite, nous venons de lui trouver un jeune successeur, ce qui n’a pas été chose facile car il n’existe aucune école formant à ce métier rarissime, et qu’il faut compter cinq années d’apprentissage pour maîtriser les différentes étapes de production, souligne Éric Forestier, directeur de cette petite entreprise de quatorze salariés.

Filature Arpin
©Stephen Clément Filature Arpin

Fabrication slow, naturellement écolo

Pesée, lavage, séchage au galetas (le grenier traditionnel) de la fabrique, aération quotidienne à la fourche, démêlage, cardage, tissage… N’en jetez plus ! Des ballots de laine brute à la naissance d’une étoffe de haute qualité, pas moins de 24 étapes véritablement manufacturées sont nécessaires. Comptez un mois et demi pour terminer un tissu, un timing divisé par dix dans une industrie classique. Cette fabrication douce, sans traitement chimique ni séchage express, conserve toutes les propriétés naturelles de la laine. Isolante, respirante, déperlante, anallergène… Celle tissée chez Arpin – 20 000 mètres linéaires chaque année – est de surcroît ultra-locale, fournie exclusivement par 70 bergers des alpages des vallées alentours : Tarentaise, Beaufortain, Maurienne et Val d’Aoste.

Ancrée dans le terroir savoyard, notre production ne pourrait absolument pas être délocalisée, ce serait l’échec assuré !, sourit Sarah. Car le tissage Arpin est le fruit d’un procédé tirant parti de paramètres locaux comme le taux d’humidité, le climat et les caractéristiques des laines du coin bien sûr… Autre singularité maison, les vieilles dames à tisser que l’on croirait sorties d’un film d’époque. Certaines machines comme notre Vieux Jacquard sont à surveiller comme le lait sur le feu, impossible de s’éloigner pendant qu’elle travaille, remarque Éric Forestier. En contrepartie, le dessin tissé par la machine est unique et produit un drap si résistant qu’il a été porté par les guides de Chamonix et l’explorateur polaire Paul-Émile Victor.

Notre production ne pourrait absolument pas être délocalisée en Chine, ce serait l’échec assuré !

Équipe multigénérationnelle

En 2018, les tissus Arpin trouvent plutôt leur place au coin du feu, du côté de la déco haut de gamme, de l’hôtellerie et du prêt-à-porter raffiné à l’esprit montagne. Récemment, c’est le créateur américain très en vue Virgile Abloh, bras droit créatif de Kanye West et nouveau directeur de Vuitton Homme, qui est venu faire son shopping de tissus à carreaux… Il a eu un coup de cœur, confie fièrement le directeur. Il faut dire qu’à côté des coupons et des plaids tradis, un vent de jeunesse souffle sur la fabrique de Séez depuis qu’une jeune styliste imagine de nouveaux tissages, de la petite bagagerie à une ligne de prêt-à-porter chic et sportive à la pointe de la mode.

Pour se donner plus de liberté créative, une machine à tisser (un peu) plus récente est venue compléter la flotte, et pour la première fois, de la laine mérinos en provenance du sud de la France, plus souple, est parfois utilisée. Mais l’ambition des jeunes arrivés dans l’équipe reste de perpétuer ce savoir-faire unique, tout en élaborant des produits qui répondent aux besoins et aux envies de notre époque, souligne Sarah. Et quand nous imaginons ces nouvelles créations, la question posée est la suivante : est-ce possible de les fabriquer avec nos fils et sans rien renier de notre mode de production ?

N’hésitez pas à pousser la porte de la filature, elle est régulièrement ouverte à la visite…

Infos auprès de savoie-mont-blanc.com ou sur arpin1817.com

8 commentaires

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  1. Les gestes des tisserands sont calmes précis, sûrs.
    Les machines ronronnent et travaillent fidèlement.
    Belle coopération entre l’homme et la machine pour la fabrication de ce drap de laine, noble et saine matière obtenue dans la concentration et l’harmonie.
    Ici pas de précipitation, mais calme et mesure et le travail anoblit l’homme.

  2. C’est dommage que cette entreprise utilise encore de la vraie fourrure pour ses vêtements, qui en plus ne sont pas à la portée de tout le monde (699 euros le manteau, 349 euros le cardiagan…)

  3. Parler d’un savoir français c’est bien, mais en voyant sur le site que certains vêtements ont de la fourrure et donc cautionner la maltraitance animale, cela dénote avec le principe de la ruche où nous pouvons trouver des producteurs qui respectent l’animal, non?

    1. Ce serait de la maltraitance que de ne pas tondre les moutons!Il faut arrêter de dire n’importe quoi! on respecte l’animal justement en le tondant!!!

  4. J’ai visité l’atelier, un été il y a deux ans. j’ai trouvé cela très intéressant, impressionnée de voir des machine qui ont 150 ans, fonctionné toujours. C’est un vrai métier d’art! Bonne continuation .
    Haude

  5. Film extrêmement intéressant. Il est nécessaire que cette filature perdure pour la qualité du produit, les emplois également.

  6. bonjour,
    je regrette de ne pas avoir trouver cette adresse pour leur donner les quelques toisons de laine de nos brebis récoltées avant le décès de mon père et dont j’ai dû me séparer ensuite. Cela m’aurait plu de savoir qu’elles auraient été bien « traitées » – je trouve magnifique de poursuivre cette production avec autant d’amour du savoir faire et des traditions. Longue vie à la Maison ARPIN

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