Lait de beauté

Ânes sœurs

Dans un vallon du sud des Landes, Angèle Bazin vit au milieu de ses ânesses. Avec leur lait, récolté à la main, elle réalise des produits de beauté que Cléopâtre aurait sans aucun doute adorés.

Le troupeau compte aujourd'hui 22 ânes : Olive, Victoire, Vénus, Nana, Tequila, Sybelle... © Olivier Cochard

Il est 6 h 30, l’asinerie s’éveille avec la distribution de quelques carottes et pommes, gourmandises ô combien appréciées des animaux à grandes oreilles.
11 h 30, c’est l’heure de rapprocher le tabouret tripode taillé dans le bois, et la première traite du jour va pouvoir avoir lieu, sur fond de musique classique, s’il vous plaît ! A cette heure, il règne un calme absolu et seuls quelques chants d’oiseaux visiteurs perturbent la quiétude des lieux. Angèle Bazin, 48 ans, n’y prête guère attention ; ce qui lui importe essentiellement c’est le bien-être de ses trois ânesses qui lui font don du précieux or blanc.

Les petits sont séparés de leur mère juste pour la journée. © Olivier Cochard

Angèle, vous êtes originaire de l’Ile-de-France et diplômée d’une licence en Sciences économiques et sociales. Ni votre lieu de naissance, ni vos études ne vous prédestinaient à une activité agricole, comment en êtes-vous arrivée là ?

Petite, je vivais avec mes parents dans les Hauts-de-Seine, à Courbevoie. Néanmoins, nous nous échappions à la campagne tous les week-ends et vacances dans le Pas-de-Calais, dans la maison de ma grand-tante. C’est manifestement à ce moment qu’est né mon profond penchant pour la vie en pleine nature. Sitôt le dos de mes parents tourné, je rejoignais la voisine, agricultrice, pour assister à la traite des vaches ! Cette agricultrice, Raymonde Penin, qui m’avait surnommée sa “petite maguette” (comprendre “petite chèvre” en patois picard), parce que je sautillais sempiternellement autour d’elle, m’a initiée à la vie rurale, faite d’odeurs, d’éclats de rires, et de peines.

En septembre 1978, mes parents ont pris la résolution de tout quitter pour s’installer dans le Gers. Nous avons posé nos valises dans un grand bâti embrassant dépendances et prairies (12 hectares). Chien, chat, poules, cailles… Loin d’être démunie, je me suis adaptée avec une rapidité déconcertante à ma vie nouvelle. Comble du bonheur, mes parents m’ont offert un cheval pour mes 16 ans. Dès lors, je n’ai plus pensé qu’à partir, au petit matin, battre la campagne du haut de ma monture. C’est ainsi que, chemin faisant (et n’en déplaise à certains !), j’ai fait la rencontre de celui qui partage encore aujourd’hui ma vie, Jean-Pierre, maréchal-ferrant de métier, venu ferrer mon équidé.

L'asinerie est un projet de couple. Jean-Pierre hier maréchal ferrand est de la partie. © Olivier Cochard
Quand d’aucuns me surnomment “l’ânesse”, je le prends comme un très joli compliment tant j’aime cet animal.

Turs’âne… comment est née l’idée de créer une gamme cosmétique à partir de lait d’ânesse ?

Alors que j’accompagnais encore mon époux lors de certains de ses rendez-vous, des clients nous ont confié leur volonté d’envoyer à l’abattoir les deux ânesses dont ils voulaient se séparer. Sans prendre le temps de la réflexion et en dépit de notre petit lieu de vie de l’époque (un studio !), j’ai proposé de les acheter toutes deux. Un an plus tard, l’une des deux ânesses a mis au monde une jolie petite ânesse que nous avons baptisée Harmonie. Nous avons acheminé ânesse et ânon dans le fameux enclos qui avait accueilli mon cheval quelques années plus tôt et ils entretenaient la pelouse.

Nous appréciions le caractère tellement attachant des ânes, néanmoins, nous n’avions pas pensé un seul instant à créer une activité avec nos compagnons à grandes oreilles. C’était sans compter sur la rencontre d’une productrice de lait d’ânesse, à l’occasion d’un festival équin. Captivée par son discours et subjuguée par la qualité des cosmétiques de sa fabrication, j’ai commencé à réfléchir à la possibilité de créer une activité agricole nous permettant à la fois de réaliser notre vœu de construction d’une maison à ossature bois en pleine nature et une éventuelle reconversion pour nous deux (le métier de maréchal-ferrant étant très dur physiquement, impossible d’exercer celui-ci toute une vie durant !). Avec un ami artisan savonnier à proximité, à l’évidence, l’aventure se présentait sous de bons augures !

Je vous épargne la suite, qui n’est pas des plus enthousiasmantes : recherches de terres agricoles sur notre commune que nous ne voulions pas quitter, démarches administratives et notamment prêts bancaires, renseignements sur cette activité “marginale”… un manifeste parcours du combattant.

Chaque ânesse est traite à la main et produit maximum 1,5 litre de lait par jour. © Olivier Cochard

Vous avez aujourd’hui 22 ânes, de quoi est faite une journée à l’asinerie ?

La journée commence tôt, vers 6 h 30, pas pour traire mais pour séparer les mères productrices de leurs ânons, seulement le temps de la journée. Puis, 4 heures plus tard, a lieu la première traite et ensuite une traite toutes les 4 heures. Après la dernière traite du soir, vers 18 h-19 h, nous remettons les mères avec leurs petits qui pourront téter de nouveau jusqu’au lendemain.

Vous semblez extrêmement soucieuse du devenir des ânons que vous élevez et qui sont adoptés… Le lien semble très fort…

Forcément, je passe tellement de temps avec eux ! Je dis toujours que je serais incapable de regarder une ânesse dans les yeux en sachant que son ânon est malheureux quelque part, par ma faute ! Mes ânesses me font une totale confiance, je m’engage donc de toutes mes forces à bien gérer l’avenir de chacun de leurs ânons. Combien de fois j’ai refusé une vente sous un prétexte fallacieux parce que la personne ne m’inspirait pas confiance !

Qu’est-ce qui fait la particularité du lait d’ânesse ?

Sa composition, proche de celle du lait de jument, l’éloigne des autres laits animaux (beaucoup plus gras). Incroyablement riche en vitamines, oligo-éléments et sels minéraux, sa composition particulière en fait un excellent revitalisant pour l’organisme, à consommer en cure à l’occasion des changements de saisons. Sa richesse permet aussi et surtout de lutter naturellement contre la déshydratation et le vieillissement de la peau, ce qui nous amène à cette célèbre légende qui veut que Cléopâtre en ait fait son fameux secret de beauté !

Le lait est confié à un voisin artisan savonnier qui le transforme en produits de beauté. © Olivier Cochard

31 produits cosmétiques, bonbons et maintenant glaces au lait d’ânesse, votre offre s’enrichit sans cesse…

Oui, car mes clients, anciens ou récents, souhaitent toujours des nouveautés. Force est de constater que ce besoin toujours renouvelé est, pour moi, source de motivation.

Un commentaire

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  1. Du sérieux, de très bons produits, une écoute personnalisée pour que l’on reçoive les produits nous correspondant vraiment….
    Merci Angèle pour votre sérieux et votre gentillesse…
    Cécile

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