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Gros temps pour les algues

Les algues vont-elles aussi toucher le fond ?

Dans le monde entier, l’extraction et la production d’algues explosent, faisant émerger tout un tas de risques et dérives. Plongeon au cœur de la mer.

©Thomas Louapre

Les mers et les océans sont surexploités, vidés, abîmés. On savait que la surpêche des poissons et des crustacés menaçait leurs stocks, on savait aussi que ces excès endommageaient les coraux, les fonds marins et les grands mammifères. Voilà maintenant qu’une nouvelle ressource menace de causer les mêmes nuisances dans les années à venir si son exploitation reste peu durable : les algues.

Les algues sont utilisées dans l'agroalimentaire mais aussi dans les cosmétiques et la pharmacie ou même certaines peintures et adhésifs

Depuis les années 1970, on trouve régulièrement de nouveaux débouchés aux algues marines. Elles sont utilisées dans l’agroalimentaire, directement ou en tant qu’additif, mais aussi dans les cosmétiques et la pharmacie ou même certaines peintures et adhésifs. À tel point que selon un récent rapport des Nations-Unies, la production et la récolte d’algues a représenté un chiffre d’affaires de 6,4 milliards de dollars en 2014. Selon ce rapport, le phénomène s’accélère depuis une dizaine d’années et cette industrie a désormais un poids considérable dans de nombreuses économies en développement ou émergentes, notamment la Chine, l’Indonésie ou les Philippines. Mais, s’alarment ses auteurs, cette expansion rapide peut entraîner des conséquences imprévues écologiques et sociétales. 

Les algues bretonnes menacées

La France connaît bien ces questions. Certes, avec 70 000 tonnes produites chaque année, notre pays se situe seulement au dixième rang mondial, très loin derrière la Chine. Mais la culture de l’algue y est ancienne et les questions sur la préservation de cette ressource se posent depuis plusieurs décennies maintenant, notamment en Bretagne. C’est le cas pour les bancs de maërl, ces accumulations de quelques centimètres d’épaisseurs d’algues calcaires rouges sur les fonds marins. Le maërl est exploité depuis des siècles pour sa formidable concentration en calcium et en oligoéléments. Dans les années 1970, son extraction a explosé, atteignant jusqu’à 250 000 m3 par an en Bretagne où l’on recense une trentaine de bancs. Problème : la croissance de cette algue est très lente et cette surexploitation a conduit à une extinction de plusieurs sites, jusqu’à l’interdiction totale de l’activité en 2011.

©Thomas Louapre

Des inquiétudes et des menaces ont aussi pesé sur la production d’autres algues bretonnes, les laminaires, qui sont brunes, grandissent très rapidement et sont longues de plusieurs mètres. Exploitées depuis deux siècles, elles ont également connu à un boom de production dans les années 1970 au point que des questions se posent sur leur durabilité. Les goémoniers se sont organisés et la profession a mis en place certaines règles pour éviter les dérives : limite du nombre de bateaux et de leur taille, quotas sur les débarquements en début de saison, quand les algues sont encore en phase de croissance…

Tout cela reste insuffisant aux yeux de l’association Robin des bois qui tirait la sonnette d’alarme en 2006 en s’appuyant sur un document de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) et du Cedem (Centre de droit et d’économie de la mer) qui estimait que l’algue avait en quelques années quasiment disparu de la baie de Seine, et régressé le long de la côte sud de la Bretagne en cédant la place à l’espèce compétitrice Saccorhiza polyschides.

Scarlette le Corre, productrice durable ©Thomas Louapre

La cartographie à la rescousse

Dix ans plus tard, l’exploitation est sous contrôle selon Philippe Le Niliot, Directeur adjoint du Parc naturel marin d’Iroise. Aujourd’hui 35 bateaux goémoniers ramènent à terre environ 65 000 tonnes de deux sortes de laminaires par an. La première laminaire s’appelle Laminaria digitata, et se trouve entre la surface et six mètres de profondeur : « Nous avons mené un travail de cartographie avec l’Ifremer et le Shom (Service hydrographique et océanographique de la Marine). Nous estimons que l’exploitation est durable puisque le milieu est stable ». La laminata hyperborea est elle exploitée depuis quelques années seulement, et se trouve plus en profondeur.

Philippe Le Niliot nous explique : Nous avons travaillé pendant deux ans avec les professionnels. Ils ont collaboré puisqu’ils savent que si le travail est mal fait tout peut disparaître très vite. Nous avons mis un quadrillage en place qui consiste à exploiter des bandes alternativement d’une année sur l’autre. Il y a aussi des zones totalement fermées pour des raisons environnementales, là où la biodiversité associée est très importante et là où l’on trouve de nombreux blocs indispensables aux crustacés. Nous avons publié ce travail dans une revue scientifique, il nous faudra encore quelques années pour en tirer un bilan définitif.

Pour rester ou devenir soutenable, la production d'algues devra s'appuyer sur les exemples bretons.

Pour rester ou devenir soutenable, la production d’algues devra s’appuyer sur ces exemples bretons encore en construction. Le rapport des Nations-Unies citait également d’autres pistes à explorer : sensibiliser contre l’utilisation illégale d’algicides et de pesticides, éviter l’introduction d’agents pathogènes ou de nouvelles espèces lors de la mise en culture dans de nouvelles régions ou encore veiller à la diversité génétique des algues exploitées, en créant par exemple des banques de semences…

3 commentaires

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  1. Je ne suis pas d’accord avec quand vous affirmez en introduction : « Voilà maintenant qu’une nouvelle ressource menace de causer les mêmes nuisances dans les années à venir si son exploitation reste peu durable : les algues. »
    Je pense au contraire, et l’article semble bien le démontrer, que c’est justement si l’exploitation est durable que l’accumulation de nuisance est à craindre. Vous n’avez donc pas l’ai d’être convaincu par le danger, c’est dommage !

  2. On aimerait mieux comprendre comment et pourquoi ces algues sont utilisées.
    Et même si c’est un peu à côté du sujet: ne pourrait-on pas exploiter les algues vertes qui profilèrent en Bretagne ?

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