L'innovation est dans les champs

Sa spiruline fait un tabac

Elle ne pousse pas que sur les rives des lacs birmans. La spiruline connaît aussi les plateaux de la Beauce et la cathédrale de Chartres. Découverte au Gué-de-Longroi.

Une roue à aube orchestre un petit clapotis dans une eau bleu-vert. La chaleur est humide, le mercure flirte avec les 40 degrés. Nous sommes en Eure-et-Loir, au cœur de la Beauce. Aucun flamant rose n’est jamais passé par là. Sous une serre qui, en Hollande, est utilisée pour faire pousser des tulipes, Dominique Guérin cultive une toute petite algue. Bleue comme les yeux de son frère qui l’accompagne dans cette aventure, torsadée comme une pâte fusilli : la spiruline. Championne du monde en terme de nutrition, on la place sur la deuxième marche des aliments les plus complets de la planète après le lait maternel. Ce n’est pourtant pas l’aspect humanitaire qui a motivé le quadragénaire à se lancer. Plutôt une histoire de chaudière.

L’Organisation mondiale de la santé estime que la spiruline est l’aliment le plus complet de la planète.
La spiruline, de la famille des cyanobactéries, est présente sur Terre depuis 3 milliards d’années.

Rappelons qu’à la base, Dominique cultive des clopes à quelques kilomètres de Chartres. Plus précisément du tabac sur 60 hectares et des céréales sur 270. « Nous avons, dès l’origine, équipé l’exploitation d’un séchoir indispensable pour les feuilles de tabac. Il y a quelques années, nous avons remplacé la chaudière à gaz par une chaudière qui tourne au bois de palettes que l’on récupère à moins de 15 kilomètres à la ronde ». Seulement voilà, l’investissement est écolo mais coûte bonbon et ne tourne qu’une partie de l’année, de juillet à octobre.

« C’est pour cela qu’on a cherché une utilisation complémentaire pour la chaudière. » Dominique aurait pu cultiver des fraises hors-sol en février mais l’eau de source coulant aux pieds de la ferme, il a préféré rejoindre le camp de la centaine de spiruliniers français. « Au début, je n’y connaissais rien », confie celui qui ne peut plus se passer de sa cuillère de spiruline quotidienne. Qu’importe, de stages en rencontres, l’agriculteur finit par ouvrir son premier bassin de microalgues en 2014.

Chez les spiruliniers, les souches des micro-algues se transmettent comme le levain des paysans boulangers. Celle de Dominique vient d’Angoulême.

Eau bénite des dieux de la nutrition

Aujourd’hui, les bassins du Gué-Longroie s’étendent sur 12 000 m2 et ressemblent à des piscines d’un bleu-vert  profond dont on aurait limité l’accès à des êtres de moins de 10 centimètres de haut. Les roues à aube servent à agiter l’eau et l’ombrage est contrôlé pour que les algues ne risquent aucune insolation. Pour reproduire le milieu naturel des lacs du Tchad, l’eau est légèrement salée, à raison de 5,5 grammes de sel par litre quand la mer en concentre 35 grammes.

1 500 tonnes de spiruline sont consommées en France chaque année alors que seulement 50 tonnes sont produites dans l’Hexagone. Ici, Dominique produit 1,2 tonne.

Et si, dans la nature, les algues se nourrissent de minéraux dissous et partiellement des excréments des flamants roses et autres bestioles qui trainent dans le coin, chez Dominique, les algues attendent la pitance faite de nutriments agréés bio et d’urée (c’est très propre bien que très proche de la pisse) pour pousser. « Cette partie azotée ne peut être labellisée en bio, explique l’agriculteur. On travaille avec la Fédération des spiruliniers pour développer un cahier des charges bio propre à la filière ».

La spiruline gagne 30% de son poids chaque jour.

Spaghettis verts

Comment ça se pêche une algue de quelques dixièmes de millimètres à peine ? La récolte s’effectue tous les deux jours vers 5 heures du matin. Une pompe plongée dans le bassin aspire le liquide et, par un jeu de tamis, délivre une pâte verdâtre. Celle-ci passe alors dans une sorte de machine à spaghetti pour former des filaments entreposés sur des tamis de séchage. Après quelques heures dans le séchoir à basse température (moins de 35 °C), la spiruline ressort allégée de 80 % de son poids initial. Elle sera alors réduite en poudre dans une sorte de gros moulin à café.

 

« Mon père (85 ans) a mis longtemps avant d’avouer que son arthrose avait diminué grâce à la spiruline », se réjouit Dominique devenu le premier consommateur de son algue bleue. Le passionné conseille d’en prendre 3 à 5 grammes par jour, le matin à jeun, dans une eau tiède citronnée. Est-ce grâce à la spiruline qu’il ne fait pas ses 49 printemps ? Plus que s’il fumait tous ses champs de tabac, en tous cas.

9 commentaires

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  1. Produire de la spiruline localement, c’est bien, mais quand on en vient à sa production pour optimiser l’utilisation d’un sechoir à tabac, je suis plus réservé…
    Et l’alibi du recyclage de palettes n’est pas suffisant !
    Quand on produit 60 hectars de tabac et quelques 240 de céréales, sans doute arrosés de quelques pesticides, je suis encore plus dubitatif !
    Bref, ma spiruline, je préfère l’acheter à une petite exploitation « paysane » dans les Cévènes.
    Cela me donne l’impression de soutenir un projet humain plutôt qu’une exploitation industrielle basée sur le rendement…
    A bon entendeur !

  2. Quelles sont les vertus de la Spiruline ? L’article parle de cuillerées mais souvent ce produit est vendu en gélules. Quelle est la différence ?

    1. Les gellules achetées en magasin bio/bien être sont rarement des produits issues de production faites en France. Nous en réalisons en ce qui nous concerne chez Azur Naturel uniquement sur demande et elles sont faire manuellement. Les vertues de la Spiruline sont multiples et vous trouverez sur le site de la fédération française toute les sources fiables pour vous documenter. Sébastien producteur de Spiruline artisanale a Grasse.

  3. Bonjour,
    1,2 tonne pour 1200 mètres carrés de bassins ? Cela semble très faible (2,7 g/j/m²) par rapport aux ratios habituels de rendement de la culture de spiruline (plutôt entre 4 et 6) a fortiori avec les technologies disponibles en France (agitation automatisée etc ..). Les bassins fonctionnent-ils toute l’année ? ou sont-ils au repos l’hiver (ce qui pourrait l’amener autour de 4,6) ?

    1. COMPLÉMENT ! L’article mentionne même 12.000 m² ce qui semble considérable (et n’a d’équivalent par exemple que dans des endroits comme Hawaï)… n’y-a-t-il pas une erreur et n’est-ce-pas plutôt 1.200 m² (ce qui est déjà beaucoup pour de la spiruline). MAIS sur le site internet du centre il est indiqué 6 bassins de 65mx6m soit 390m² par bassin soit 2340 m². Bref pas très clair…

  4. Bonjour,
    J’espère que la spiruline n’est pas séchée avec le tabac.
    C’est écolo, la culture du tabac?
    Non, c’est mortel.

    Bonne journée, sans tabac.
    Podesta

  5. Bonjour
    Est ce que Philippe Gerin fait de la vente directe de spiruline?
    A t-il un site ou l »on peut commander?
    Merci
    Patricia Vandenberghe

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