Lu vu bu

100 jours sans supermarché et sans douleur

Journaliste au Figaro, Mathilde Golla s’est lancée le défi de ne plus passer par la case supermarché pendant 100 jours et de ne manger qu’en circuit court. 100 jours d’enfer ou 100 jours de paradis ? La jeune femme raconte…

Il y a deux ans, vous vous êtes lancée le défi de 100 jours sans supermarché, pourquoi, vous avez perdu un pari ?

Même pas, l’idée m’est venue après une rencontre avec un éleveur laitier dans la Manche. Jean Médard, le voisin de ma mère, fils, petit-fils et arrière-petit-fils de paysan, avait décidé d’arrêter l’activité alors qu’il n’était pas encore à la retraite. Il m’a présenté la réalité de son métier : travailler sans jamais prendre un jour de congé et vendre son lait à perte à la grande distribution. Il incarnait à lui seul toute la crise agricole actuelle. Jean a été mon déclic, j’ai eu envie de me passer de supermarché et de montrer au plus grand nombre que c’était possible, même quand on n’y connaissait rien, comme moi.

100 jours, c’était long ? Ou c’est passé comme dans un rêve ?

Franchement c’est passé à toute vitesse. D’abord parce que je partais de rien et qu’il me fallait tout découvrir. Chaque semaine j’ai testé des choses différentes : des marchés de producteurs, des Amaps, la Ruche qui dit Oui !, des sites internet, des épiceries coopératives. Se fournir en circuit court est vraiment un excellent moyen de lutter contre la routine.

Le moment où vous avez failli craquer, c’était quand ?

Le soir où je n’avais plus de papier toilette. Vivre sans supermarché exige de s’organiser, il faut anticiper un tout petit peu, ce soir-là je n’avais pas d’autre issue. Et puis il y a un jour aussi où je me suis ruée sur le distributeur de cochonneries de mon journal, j’avais une envie irrépressible de Mars. Personne n’est parfait.

Votre plus belle découverte dans cette expérience ?

La première fois où j’ai mangé un yaourt fermier, j’ai tout aimé, la texture et le goût qui évolue au fil des jours. J’ai ré-appris à manger de façon plus sobre, à ne pas camoufler les aliments sous tout un tas d’artifices. Un œuf à la coque tout simple avec une tartine de beurre salé c’est délicieux.

Est-ce que vous avez perdu toute sociabilité pendant 100 jours ?

Au contraire, quand on achète en circuit court on a une histoire à raconter derrière chaque produit. Chaque repas a été l’objet de questions, de discussions. Et puis pendant toute cette expérimentation j’ai été en contact avec beaucoup de gens sur les réseaux sociaux. Ils m’ont énormément appris, donné des tuyaux, je n’ai jamais été aussi active sur Twitter.

Photo Astrid di Crollalanza ©Flammarion

Est-ce que faire ses courses en circuit court prend beaucoup plus de temps ?

Effectivement, parce que l’on fait plus de choses soi-même. J’ai par exemple fabriqué ma lessive, mes produits ménagers et même mes cosmétiques, avec plus ou moins de réussite d’ailleurs. Mon ami n’a jamais voulu utiliser mon dentifrice.

Et au niveau du porte-monnaie, on s’y retrouve comment ?

Ça a été la grande surprise et j’y ai même consacré un chapitre dans mon livre : la note est moins salée en circuit court. Toutes choses égales par ailleurs et tous postes de dépenses confondus, ma facture a été réduite de plus de 10% en court-circuitant la grande distribution. Évidemment j’ai cuisiné davantage, je n’ai acheté aucun plat préparé, aucune pizza ni même de pâte à tarte. Certains produits faits main sont carrément moins chers. J’ai déboursé 6,50 euros pour un an de lessive.

Qu’est-ce que ça a changé dans votre vie ?

Tout et je ne reviendrai plus jamais en arrière. J’ai tellement appris. J’ai découvert le bonheur de manger en conscience, de savoir ce que l’on met dans son assiette, qui a produit nos aliments, pourquoi, comment. Aujourd’hui, j’ai inversé la tendance, je ne vais plus au supermarché qu’en dernier recours.

Vous dédiez votre ouvrage à votre fils Martin, qu’est-ce que vous avez envie de lui dire ?

Mon fils a 11 mois et je lui souhaite de connaître d’autres chemins que celui de l’alimentation industrielle. Je veux l’aider dès sa petite enfance à bien se nourrir. Aujourd’hui, je lui prépare toutes ses purées, lui fais manger des yaourts de la ferme. Une fois, je n’avais pas le temps et lui ai donné un petit pot industriel, il a tout vomi. Peut-être une façon à lui de me dire qu’il était solidaire de mon défi…

 

Pour approfondir

Références

« Après une rencontre décisive avec un producteur et la découverte des dommages causés par la grande distribution sur le monde agricole, j’ai décidé de me passer des supermarchés pour consommer exclusivement en circuits courts. Ce qui était un défi a bouleversé mes habitudes. »

2 commentaires

Close

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Un immense Merci!
    Facile à lire, ce livre nous conforte dans l’idee Que Oui c’est possible, il donne envie de se mettte en marche!
    Je l’ai partagé avec mes enfants et neveux et nièces qui eux aussi sont prêts pour le changement

Recevoir le magazine

1 newsletter par semaine.
No pubs, Pas de partage de donnée personnelle

Oui ?

Recevoir le magazine

1 newsletter par semaine.
No pubs, Pas de partage de donnée personnelle