#fourchettepower

Réchauffons nos plats, pas le climat

La Terre crame, et si on baissait le thermostat ? Voici une antisèche pour composer un menu réglé sur + 1,5 °C.

Avant de sortir les fourchettes, il est bon de se remémorer quelques chiffres qui pourraient bien nous couper l’appétit (ce qui serait une bonne façon de régler définitivement le problème). En France, le secteur agricole et alimentaire émet environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre (GES) du territoire français, soit 171 millions de tonnes équivalent CO2, loin devant celles liées à l’habitat. La moitié est due à la production agricole : utilisation d’engrais et d’énergie, déjections animales, rots des vaches, explique la très didactique publication Un coup de fourchette pour le climat du Réseau Action Climat. Le reste est lié à la fabrication d’emballages, à la transformation, au transport et à la commercialisation alimentaire (20 %), au déplacement des clients jusqu’au magasin (11 %), au traitement des déchets alimentaires (7 %), etc.

Pour que le tableau soit plus complet, il faudrait ajouter les émissions de gaz à effet de serre liées aux importations mais bon là, déjà on n’a plus vraiment faim.

Alors qu’est-ce qu’on mange ?

1- Des tomates l’été et du maraîcher d’à côté

On se répète mais faut vraiment arrêter les tomates toute l’année (puisque d’abord elles sont dégueu, ne dites pas le contraire). Une tomate produite hors saison sous serre chauffée émet jusqu’à dix fois plus de gaz à effet de serre qu’une tomate produite sous serre non chauffée en saison (c’est-à-dire en plein été, de fin juin à fin septembre, n’essayez pas de nous embrouiller). Allez, terminé les tomates cerise à l’apéro au mois de février : les bâtonnets de carottes trempés dans une purée de pois chiche maison, franchement ça le fait.

2- Des coquillages et crustacés de chez nous

J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est que les crustacés, huîtres et coquillages contribuent à la réduction des GES en absorbant du carbone pour confectionner leur coquille, nous explique le site bonpourleclimat.org qui tient l’info d’une étude Inra. La mauvaise, c’est que si on ne fait rien, notre plateau de fruits de mer sera l’une des premières victimes du réchauffement climatique. En effet, une hausse des températures entraînerait une acidification de l’eau, ce qui est tout à fait contre-indiqué pour la constitution de ces mêmes coquilles. Évidemment, on achète des huîtres de nos côtes et on oublie les crevettes de Madagascar sinon ça compte pas. Évidemment.

3- Du steak de bœuf pas souvent et pas n’importe lequel

Voilà l’ennemi numéro 1 du climat : le rot. Pas le vôtre, même si vous arrivez à dérouler l’alphabet. Non, celui du bœuf, de la vache, du veau ou du mouton qui ont la fâcheuse manie de burper toute la journée, comme ça, sans même s’excuser. À chaque rototo, c’est une bonne dose de méthane (CH4, tu te souviens Caro ?) qui va pourrir l’atmosphère. Quand la vache a, en prime, été élevée à l’intérieur, nourrie au soja issu de la déforestation (la chlorophylle des feuilles absorbe le CO2, rappelle-toi Caro, du coup s’il n’y a plus d’arbres, qui nettoie l’atmosphère, hein ?) ou aux céréales bourrées d’intrants chimiques, alors là vous pouvez carrément oublier votre entrecôte.

En revanche, si vous choisissez de la viande issue d’un élevage local où les animaux peuvent gambader dans des prairies (plus ils ont de place et plus vous gagnez des points, les prairies séquestrent le carbone), ne sont nourris qu’avec du foin, de l’herbe, des légumineuses et des céréales de qualité, selon les calculs de Slow Food, vous économisez 30 % de CO2 par rapport à un élevage industriel. Aussi, sachez qu’un kilo de bœuf bio c’est 1/3 de moins de gaz à effet de serre qu’un kilo en production conventionnelle. Tout ça ne résout pas l’affaire des rots mais ce sont de bons premiers pas. De toute façon si vous voulez être climato-compatible, côté barbaque, il va falloir manger moins mais manger mieux.

4- Des légumineuses fameuses

Ne cherchez pas, ce sont les chouchoutes du climat. D’abord parce que produire un kilo de légumes secs émet 200 grammes équivalent CO2, soit 90 fois moins qu’un kilo de bœuf nourri au soja d’Amérique du Sud. Ensuite parce que, dans les champs, les pois et autres légumineuses absorbent les 78 % d’azote qui composent l’air et le restituent au sol par les racines. Plus besoin d’engrais de synthèse, la plante les produit elle-même. Ça vaut bien la première place du podium pour ces fayots de première, non ? Sauf si vous les achetez congelés bien sûr, dans ce cas, les chouchoutes seront plombées par les gaz fluorés issus de la réfrigération : CFC, HFC, PFC, SF…

5- Des pommes bio locales récupérées en trottinette

Slow food a étudié le verger Verner Andersen au Danemark. Quarante-cinq variétés cultivées en biodynamie sur 5,5 hectares. Au total, 76 tonnes de pommes cueillies à la main chaque année et vendues en direct. Bref, le résultat est sans appel, ce type de culture émet 81 % de CO2 de moins que les pommes de culture intensive. Vous obtiendrez les mêmes scores avec le producteur bio près de chez vous. Une consigne tout de même, ne prenez pas votre voiture pour récupérer vos fruits. Pour limiter les émissions de gaz à effet de serre liées au déplacement du consommateur, l’Ademe conseille d’acheter au moins 2,5 kg de produits par kilomètre parcouru en voiture pour se rendre sur le lieu de vente. Sortez les calculettes.

6- Du beurre bio

1 kilo de beurre bio = 1/4 de moins de gaz à effet de serre qu’un kilo en production conventionnelle. C’est clair, non ?

7- Des gâteaux maison

Ils sont bio, ils sont bons, ils sont tout mignons, mais voilà, va falloir les oublier : vos gâteaux préférés sont emballés individuellement dans du plastique puis empaquetés dans une boîte en carton, elle-même blistée à une autre parce que vous comprenez, cette semaine, il y a une super promotion. Vade retro, la fabrication des emballages et la transformation alimentaire représentent 9 % des gaz à effet de serre émis par le secteur agroalimentaire. Un kilo d’emballage plastique correspond à environ un kilo d’émissions de gaz à effet de serre (fabrication et incinération). Vous cherchez des recettes maison ? Ça tombe bien, on en a plein.

©Thomas Louapre

8- Du pinard naturellement nature

Vous avez besoin d’un verre de jaja pour digérer tout ça. Rappelez-vous avant de lever le coude que 20 % des pesticides utilisés dans l’Hexagone le sont pour la vigne qui ne représente pourtant que 4 % de la surface cultivée. Or qui dit pesticides dit gaz à effet de serre. Et tant qu’à mettre des produits chimiques, les vignerons ne lésinent pas non plus sur les engrais azotés qui émettent du protoxyde d’azote (N2O, tu suis toujours Caro ?). Ce gaz à effet de serre reste le plus longtemps dans l’atmosphère, 120 ans contre 100 ans pour le CO2 et 12 ans pour le méthane. Alors pour boire durable, on préfère les vins biologiques ou nature. Comme ça, on s’assure que les générations futures pourront elles aussi se siffler une bonne bouteille de rosé de côtes-du-roussillon les soirs d’été.

Alors c’est d’accord ?

On passe tous au bio, local, de saison, en direct des producteurs, sans emballage ni gaspillage. Vous verrez, en prime, c’est que du bonheur et c’est meilleur pour la santé ! Et puis limiter le réchauffement à 1,5 °C permettrait qu’il y ait 55 millions de personnes en moins touchées par la faim en Afrique (par rapport à 2 °C). Une paille (recyclable) ?

Pour approfondir

Références

Découvrez 7 fiches pratiques pleines d’astuces pour réduire les gaz à effet de serre de notre alimentation.

2 commentaires

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  1. Petite remarque : les pets des vaches émettent du méthane, qui est un gaz à courte durée de vie dans l’atmosphère (la demi-vie moyenne est de 9 ans (rapport GIEC 2013 p.507)).

    Du coup, la concentration est proportionnelle au flux (en première approximation, si les émissions sont constantes voir Etheridge et.al, Atmospheric methane between 1000 A.D. and present: Evidence of anthropogenic emissions and climatic variability, 1998 par exemple).

    C’est assez logique : les ruminants (et surtout les zones humides, responsables de 60% environ des émissions naturelles, 30 % de l’ensemble des émissions (source : GIEC p.507 aussi)) existent depuis longtemps et pourtant la concentration en méthane n’a pas changé. C’est l’augmentation du flux qui a généré l’augmentation du stock. Si on réduit nos émissions de méthane, on diminue la concentration en méthane (au contraire du CO2 par exemple, qui s’accumule plus ou moins directement (pas uniquement dans l’atmosphère)).

    En fait, ça induit qu’il est possible de faire de l’élevage neutre climatiquement, à condition qu’il favorise des écosystèmes qui stockent plus qu’en son absence. Il est donc recommandé pour le maintien de prairies humides ou d’herbages de façon générale, qui sont de meilleurs stockeurs de carbone que l’écosystème natif (la forêt) (Source : GIEC, L’utilisation des terres, le changement d’affectation des terres et la foresterie).

  2. Super cet article. Bien utile et bien sympa à lire.
    Si je pouvais voir un barème d’impact sur l’environnement directement à coté des produits que j’achète sur mon appli, ça serait le top pour apprendre tout ça au fur et à mesure. Merci :).

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