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Le potager de mon grand-père

Après voir vécu deux ans dans une décharge pour son film Super Trash, Martin Esposito retourne aux sources et s’immerge dans le potager de son grand-père. Son nouveau long métrage vibre au rythme des saisons et célèbre le retour aux principes fondateurs de notre humanité : produire pour se nourrir.

Le film commence au mois d’octobre dans la pénombre de la cave. Vincent compte ses bocaux, évalue ses réserves pour l’hiver. De temps à autre, il en ouvre un, attrape une aubergine ou une tomate séchée, se souvient du goût qu’a la vie, avec ou sans les saveurs de sa femme disparue. « Quand ma grand-mère est décédée en 2013, je me suis installé chez mon grand-père à Antibes, rapporte Martin Esposito, l’auteur du film, petit-fils du personnage principal. Je regardais mon grand-père, j’observais l’étendue de son savoir et j’ai eu le besoin vital de le filmer pour immortaliser cette transmission. »

"Ta grand-mère aurait été fière," lâche Vincent après avoir fini de tout installer dans son potager.

Pendant 18 mois, Martin vit chez celui qu’il appelle Papi tout au long du film en appuyant fortement sur le i comme le font les petits garçons, consigne ses faits et gestes pour pouvoir un jour, lui aussi, reprendre le râteau, pour retrouver ses racines et pour transférer au public cette science qui n’appartient presque plus qu’aux anciens. Avec Vincent, cultiver un potager semble parfois très simple et parfois terriblement compliqué tant il a construit son savoir autour de l’observation de la nature et des années de pratique. L’octogénaire ne retourne pas la terre, laisse les vers de terre s’occuper de tout, cultive avec la lune, forme des buttes, paille le sol. « Il fait de la biodynamie et de la permaculture sans avoir besoin de les nommer, confie Martin. Lui, a tout appris de ses aînés et des heures passées les mains dans la terre. »

L'ultime réussite de Vincent : récupérer ses semences pour boucler le cycle de la vie.

« Mon grand-père passe 80% de son temps entre son potager et sa cuisine », poursuit le réalisateur. Le spectateur aussi. Pendant une heure quinze, on navigue entre ces univers qui forment toute la vie du vieil homme qui approche les 86 ans. A aucun moment, on ne sait dans quelle région on se trouve. La lumière et le figuier et le ciel bleu font penser à l’Italie, l’accent de Vincent aussi. Il n’en est rien, peu importe, ce n’est pas le sujet.

Je te transmettrai ma façon de cultiver », annonce en préambule Vincent Esposito à son petit-fils, mais c’est bien plus que des techniques de jardinage qu’il transmet au spectateur. C’est sa façon de voir le monde, à travers son potager. De respecter la vie, de la conserver comme les semences qu’il récolte précieusement chaque année.
"Un jour je prendrai le relais mais le plus tard possible sera le mieux. Parce que ça voudra dire que mon grand-père ne sera plus capable de descendre au potager."

Au fil des récoltes et des saisons, le film dessine toute une philosophie. Celle de la simplicité volontaire, du retour à l’essentiel, du respect des anciens. Pendant 75 minutes, on patiente, on prend le temps, on écoute les silences nombreux sans jamais s’ennuyer. Et si, au milieu du film, Vincent remet les pendules à l’heure, clin d’œil subliminal à notre société qui a perdu le tempo, Le potager de mon grand-père ne se veut en rien donneur de leçons. Les messages se lisent en creux, sous le regard bienveillant du grand-père sur ses tomates. Chacun y pioche ce qu’il veut, avec une pelle ou une grelinette. A l’heure des superproductions hollywoodiennes, Le potager de mon grand-père est un petit film sur un microsujet. Et surtout un grand film de l’intime d’où l’on ressort apaisé avec la folle envie de lever le pied et de prendre racine.

Le Potager de mon grand-père, en salle à partir du 20 avril 2016.
Projections publiques partout en France, programme à découvrir sur la page Facebook du film.

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