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Pionnier des forêts comestibles, Gilbert Cardon s’est éteint

Il avait conçu et planté dans son jardin une véritable jungle d’arbres et plantes comestibles. Il a formé et inspiré des milliers de jardiniers et permaculteurs. Hommage à ce visionnaire généreux décédé il y a quelques semaines.

Gilbert Cardon lors d'un cours de jardinage dans son salon, à Mouscron, en 2015. © Thibaut Schepman

Quand j’étais petit, je rêvais du paradis terrestre. Les fruits, le miel qui coule, on aurait qu’à ouvrir la bouche pour que ça tombe dedans. Ce sont les idées qu’on avait. Et c’est ce que j’ai essayé de faire quand je suis devenu adulte. Je trouve qu’il faudrait réaliser, en tout cas il faudrait qu’on essaye de réaliser les rêves qu’on avait quand on était petit.

Ces mots sont ceux de Gilbert Cardon, un jardinier belge exceptionnel qui roulait les « r » et avait le sens de la formule. On les entend au tout début de La jungle étroite, un joli documentaire réalisé en 2013 par Benjamin Hennot et consacré à Josine et Gilbert Cardon. Ce couple est parvenu depuis les années 1970 à une prouesse : faire pousser une forêt où tout est comestible. Le tout, non pas sous les Tropiques, mais dans leur jardin de 1 800 m² à Mouscron, en Belgique.

Gilbert Cardon est décédé le 13 novembre 2020. Cet ancien ouvrier employé d’une usine de pigments chimiques a fait prospérer chez lui pêle-mêle plus de 2 000 variétés d’arbres, du néflier du Japon aux figuiers en passant par les pommiers, pêchers et nashis. Le long de leur tronc et à leur pied s’épanouissent plusieurs milliers d’espèces de plantes comestibles.

 

Quand nous avions visité son jardin, en 2015, Gilbert nous avait assuré : On ne peut pas bien cultiver si on n’a pas dans l’idée qu’il faut partager, avec la nature, avec les oiseaux et les vers de terre et surtout avec les gens. Toute son œuvre suit cette logique. Sa porte était ouverte aux visiteurs tous les jeudis après-midi et chaque dimanche. Il proposait à qui le souhaitait des cours gratuits de jardinage naturel. Il y recommandait notamment de refuser de considérer une maladie, un insecte ou une limace comme un ennemi, et incitait plutôt à apprendre à cohabiter avec eux. Des pucerons dégustent la sève de vos plantes ? Gilbert proposait de planter des fèves, des plantes qui attirent encore plus de pucerons. Ainsi viendront en masse les prédateurs des pucerons : les coccinelles. Ces deux populations finiront par se réguler et vous, vous mangerez des fèves. C’est bon, les fèves.

Le salon de Gilbert et Josine est devenu au fil des années une géante grainothèque, une bibliothèque contenant 6 500 variétés différentes de légumes. Ces graines sont achetées en gros, mises en sachet par des bénévoles et ainsi distribuées à bas prix aux adhérents des Fraternités ouvrières, une association d’éducation populaire cofondée par le couple.

La grainothèque des Fraternités ouvrières. © Fermes ouvrières

Ces idées et mises en pratique ont infusé et inspiré des milliers de jardiniers, entre beaucoup d’autres Charles Hervé Gruyer, le fondateur de la ferme du Bec Hellouin, ou encore l’inventeur des grainothèques en libre-service, Sébastien Wittevert. Interrogé sur la façon dont il souhaitait que soit entretenu son jardin après sa mort, Gilbert Cardon répondait : Des personnes m’ont dit que toute chose naît et toute chose meurt. Depuis, je ne m’en fais plus. Il faut même peut-être que je m’en aille pour que quelque chose redémarre, et peut-être quelque chose de mieux. Ce qui est malheureux, c’est qu’il faut des cercueils. Moi, j’aimerais mieux être enterré dans mon jardin directement, servir de nourriture et être recyclé. »

Son héritage est toujours accessible et vivant, notamment grâce au beau documentaire évoqué ci-dessus et grâce à la mise en ligne de nombreux cours de jardinage dispensés par Gilbert Cardon. Ses leçons sont d’une grande clarté et pleines de joie. On conseillera notamment à tous les débutants en jardinage de regarder son cours consacré à l’art des semis :

 

Dans ces vidéos on entend également Michel, l’un des bénévoles les plus érudits et actifs de l’association. Début janvier, ce dernier confiait combien les membres des Fraternités ouvrières étaient « sous le choc » et expliquait que, vu le contexte sanitaire, l’association ne pourrait avancer pour l’instant autrement qu’au ralenti. Mais déjà, il envisage la reprise des distributions de semences. Et l’on sait que c’est par les graines que démarrent et reprennent toutes les belles aventures jardinières.

Dans le jardin de Gilbert et Josine Cardon. © Fermes ouvrières

2 commentaires

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  1. Merci de m’avoir fait découvrir ce merveilleux jardinier. Je souhaite qu’il y ait un successeur competent parmi tous les participants avec lesquels il a partagé son savoir au cours de sa vie

  2. Merci à ce Monsieur et sa famille Qu il repose parmi ses arbres qu il a chéri depuis si longtemps.
    Chapeau bas pour celle belle leçon d d’humanité

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