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Purin et compagnie

L’ortie au chevet des plantes

En Loire-Atlantique, Jean-Claude Chevalard exerce une profession hors du commun. Il fabrique des macérations de plantes (des purins) pour protéger les cultures. Rencontre.

Prononcez son nom et, à coup sûr, les visages grimaceront. Pour beaucoup d’entre nous, elle est associée à quelques mauvais souvenirs d’enfance. Une chute ou une erreur botanique lors d’une balade en forêt et voici que les gratouillements insupportables commencent. Mais l’ortie est bien plus que cette plante urticante que l’on connaît tous puisque l’on sait désormais qu’elle recèle de nombreux bienfaits (pour votre jardin, votre santé…).

Dans le Val de Loire, elle est partout. Au bord des routes, au pied des murets, dans les sous-bois et, bien sûr, le long de la Loire. C’est à Anetz, à une cinquantaine de kilomètres de Nantes, que Jean-Claude Chevalard a installé sa société, J3C Agri, en 1999. Une entreprise de fabrication et vente de préparations végétales comme il en existe très peu en France (autour de cinq).

La Loire à Anetz, à quelques kilomètres à l’Est d’Ancenis.

Avant ça, il a travaillé sur le projet pendant plusieurs années. Ni agriculteur ni agronome, il travaillait dans l’industrie mécanique. « J’avais pas mal d’amis dans des fermes bio qui se sont mis à parler de l’ortie. Ils testaient parfois divers purins. Ça m’a tout de suite intéressé ! » Jean-Claude part alors aux quatre coins de la France pour rencontrer des agriculteurs fabriquant leur propre purin d’ortie. « Ou plutôt macération de plantes », insiste-t-il.

« J’ai parcouru 300 000 kilomètres pendant quatre ans. Alsace, Normandie, sud de la France… À l’époque, c’était encore confidentiel, les gens ne savaient pas bien ce qu’ils faisaient. Ils ne constataient pas forcément les résultats. Les fermentations n’étaient pas toujours maîtrisées, des petites bêtes apparaissaient lors du processus… »

Jean-Claude fabrique, avec quatre employés, 400 000 litres par an de diverses macérations de plantes.

Parallèlement, après le décès de son père, il teste ses propres recettes dans le verger familial. « Mon père, lui, n’était pas du genre à mettre du purin d’ortie, plutôt à sortir le soir pour tuer les bestioles qui rôdaient autour », sourit-il. Aujourd’hui, Jean-Claude fabrique, avec quatre employés, 400 000 litres par an (chiffre de cette année) de diverses macérations (ortie, prêle, consoude, fougère), vendues en grande majorité à des agriculteurs mais aussi à quelques jardineries, horticulteurs, paysagistes et particuliers.

Jean-Claude Chevalard, devant les cuves de fermentation.

Préparations sous la lune

L’ortie est récoltée dans le Val de Loire par des producteurs de plantes médicinales. Elle débarque ensuite séchée et coupée, empaquetée dans des grosses bottes, à l’atelier d’Anetz. Entre 20 et 30 tonnes chaque année ! Elle est ensuite mise à fermenter, selon le calendrier lunaire, dans des cuves remplies d’eau de pluie (un million de litres par an !). « Le tout, après, est de bien contrôler la fermentation », précise-t-il. En gros, si ça sent mauvais, alerte ! Ce jour-là, dans l’entreprise, l’odeur qui émane de la dizaine de cuves est en effet prégnante mais pas désagréable. « Il faut faire attention à la température, c’est comme pour la fabrication du vin, finalement ! » En une semaine environ, le produit est terminé. « À la fin, l’absence de bulles ou de mousses signale que la fermentation est terminée. » Le liquide est alors filtré et la matière restante deviendra compost.

L’ortie séchée est mise dans de grandes cuves pour le processus de macération.

Reste alors à vendre cette macération de plantes. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, la grande majorité des clients de J3C Agri cultivent en agriculture conventionnelle (pour 95 % d’entre eux), notamment en céréales, et non en bio (5 %). « Cela s’explique notamment par le matériel. Souvent, les bios n’ont pas de pulvérisateurs. Or, pour utiliser les macérations, c’est indispensable ! »

Puis, les discussions avec les agriculteurs sont indispensables. « D’abord, il faut mettre le produit au bon endroit et au bon moment. Ensuite, parfois, avec les macérations, il peut, au début, y avoir une légère baisse de rendement. Mais c’est à comparer avec la baisse d’utilisation de produits phytosanitaires et donc la baisse des coûts globaux », détaille-t-il, donnant l’exemple d’un céréalier dans la Beauce qui a ainsi diminué de moitié sa consommation de fioul en un an. « Son comptable n’en revenait pas et lui maintenait qu’il avait oublié de lui fournir une partie des factures de fioul », rit-il. Car qui dit utilisation de macérations de plantes dit, petit à petit, moins de travail du sol, moins de passages des machines agricoles pour traiter en général… « Il faut à peu près sept ans pour désintoxiquer le monde végétal. »

L’atelier conçoit aussi des macérations de consoude, prêle et fougère.

Médecine préventive

Les précieux liquides sont utilisés en préventif plutôt qu’en curatif. Le but ? Provoquer la floraison, renforcer le végétal « pour qu’il soit en bonne santé ». Jean-Claude Chevalard donne l’exemple de clients cultivateurs de colza : « Avec eux, on travaille au semis puis à la levée. Des pulvérisations de macérations sont réalisées dès la levée, pour un bon développement racinaire. » L’important, selon « l’orticien » (marque créée et déposée par J3C Agri), est donc d’intervenir bien en amont des floraisons. Aider le végétal avant qu’il ne fleurisse, car le jour où le bourgeon sort, s’il y a un souci, c’est trop tard. « Pour le colza, c’est en novembre que cela se passe ! Alors évidemment, parfois, quand on explique cela, ça rigole. »

À Savenay, toujours en Loire-Atlantique, David Piriou, maraîcher, est ravi des macérations qu’il utilise depuis l’hiver passé : « C’est simple, grâce à ça, fini les pourritures qui envahissaient les pieds de nos salades d’hiver ! Cela nous a permis d’arrêter le traitement chimique. »

Je n’ai rien inventé, tout ceci n’est rien que du bon sens. Du bon sens paysan qui est malheureusement, parfois, passé à la trappe...

Se mettre aux macérations d’ortie et consorts ouvre à une autre façon de travailler et d’appréhender la terre. « On est notamment en relation avec des agriculteurs qui travaillent leurs sols autrement : non labour, semis direct, techniques culturales simplifiées… En bref, le mouvement de l’agriculture de conservation. Certains m’appellent jusqu’à vingt fois dans l’année pour me parler de l’avancement, des changements et c’est tant mieux, c’est avec eux qu’on avance ! », raconte-t-il. « Je n’ai rien inventé, tout ceci n’est rien que du bon sens. Du bon sens paysan qui est malheureusement, parfois, passé à la trappe… »

Et voici le précieux liquide, qui pourrait se confondre, sans l’odeur, avec de la bière…

La recette

Première étape, ramasser des orties ! Il va de soi qu’il faut exclure les zones polluées (et ne surtout pas s’approvisionner au bord des routes).

Prévoir 100 grammes d’orties séchées et hachées pour 10 L d’eau de pluie (1 kilo de fraîches pour 10 L d’eau) et commencer la macération.

Puis, contrôler la température la journée… et la nuit. L’atelier J3C Agri est maintenu à 17/18° C.

Si ça sent mauvais ou que des bêtes apparaissent, vous pouvez recommencer…

S’il n’y a plus de bulles ou de mousses, c’est le moment de filtrer (en général, après une semaine environ). Attention, bien filtrer sans laisser de matières, sinon la fermentation recommence. Nuance quand même : « Un tout petit peu de mousse peut aussi ne pas être un mauvais signe, c’est le savoir-faire et l’expérience qui guideront », précise Jean-Claude Chevalard. Le liquide est à conserver dans un récipient hermétique.

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