Dans les pas de Pierre Rabhi

Les Amanins : les racines d’une utopie réalisée

Fruit d’une rencontre entre un entrepreneur, une enseignante et le paysan philosophe Pierre Rabhi, les Amanins sont nés en 2003. C’est aujourd’hui 55 hectares de champs, prairies et forêts, une école, une ferme et un centre d’accueil dans la Drôme.

Il est presque 9 heures. Les voitures du co-voiturage des parents se garent sur le parking entouré de buis. Les premiers enfants, cartable sur le dos, empruntent le sentier qui les mènent jusqu’à l’école. Un petit bonjour à Flocon et Buti, les vaches et Niouki, le veau. Ce matin encore, la vue sur les contreforts du Vercors est splendide. C’est le quotidien de la trentaine d’enfants de l’école du Colibri et des salariés de la SCOP des Amanins. Et pour quelques jours, celui des enfants des classes découvertes et des groupes d’adultes, réunis en séminaire. Nous sommes sur la commune de la Roche-sur-Grâne, dans la Drôme où voici un peu plus de dix ans, est né ce lieu des Amanins.

©P. Lazik

En cuisine, c’est l’effervescence. Les maraîchers acheminent les dernières salades fraichement cueillies dans les champs de la ferme. Céréales, légumineuses, farine, pain, fromages au lait de brebis, yaourts et crème, fruits et légumes, sirops et confitures, œufs et, de temps en temps, la viande de cochon, d’agneau et de veau sont produits sur place grâce aux 20 hectares de terres cultivables. Chaque jour, entre 50 et 80 repas sont servis dans la grande salle de restaurant de pierre et de bois.  En traversant la cour, on passe devant la buvette la sobriété heureuse, le grand mûrier, l’arbre à palabres des Amanins et l’on retrouve l’école du Colibri, entièrement écoconstruite : isolation paille, toit végétalisé…

©P. Lazik

Comme tous les lundis matin, c’est l’heure de l’atelier philosophie. Les enfants s’installent en cercle dans la salle commune. Dans cette école laïque sous contrat libre, reconnue par l’Éducation nationale depuis juin 2014,  les 35 élèves du CP au CM2 suivent les ateliers philo, vivre ensemble, éducation à la paix… La directrice Isabelle Peloux respecte le programme de l’Éducation nationale mais applique une pédagogie de la coopération et non de la seule compétition. Ici, les élèves apprennent à vivre et  travailler ensemble.

Projet de 3 vies

L’idée des Amanins a germé dans la tête de Michel Valentin, alors chef d’entreprise il y a presque 15 ans. Né d’une mère paysanne et d’un père commerçant, le passionné décédé accidentellement en 2012, a dans la première moitié de sa vie, fait fortune dans la fabrication de palettes en plastique pour la grande distribution. Mais déjà, il consacre son temps libre à cultiver son jardin et à élever des bêtes pour nourrir ses quatre enfants. Au début des années 2000, il croise Pierre Rabhi, pionnier de l’écologie et philosophe. Alors que tout semble éloigner ces deux hommes, ils se retrouvent sur l’essentiel, l’amour de la terre nourricière qu’ils cultivent et les dangers qui la menace. Pour Michel, ce projet est une renaissance.

Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? Quels enfants laisserons-nous à la planète ? 

Rapidement Isabelle Peloux, sa nouvelle compagne, s’associe au projet avec son expérience de l’écologie relationnelle. Leur rêve à tous les trois ? Bâtir une ferme sur les principes de l’agro-écologie et assurer un maximum d’autosuffisance alimentaire. Mais aussi accueillir des enfants à l’école, en classe découverte, des familles en vacances et des groupes en stage et en séminaire.

©P. Lazik

À l’heure de coucher le projet sur le papier, une question taraude les trois protagonistes : Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? Quels enfants laisserons-nous à la planète ? C’est autour de cette interrogation que l’association des Amanins voit le jour en 2004. Michel Valentin investit tout son argent dans l’achat de terres et d’une ferme pour réconcilier écologie et économie, promouvoir la biodiversité, l’agroécologie mais aussi inviter l’écologie de la relation au cœur du projet.

©P. Lazik

Aujourd’hui, les Amanins ont bien grandi. Chaque année, le Centre accueille plus de 500 élèves en classes découverte, 2000 stagiaires et 4500 touristes dans le camping, les cabanes ou les hébergements éco-construits.  Les Amanins sont désormais à la fois une SCI propriétaire du lieu, une association garante de l’éthique et qui gère l’école du Colibri, des classes découvertes, des stages et formations en pédagogie coopérative. Et enfin, une SCOP, qui prend en charge la production et la transformation agricole, mais aussi l’accueil.

Les trois piliers sont la ferme, l’école et l’accueil, explique Delphine Fernandez, chargée de communication aux Amanins. Arrivée en 2008 à l’école du Colibri en service civique, la trentenaire se considère désormais comme entrepreneur salarié. Nous cherchons l’équilibre entre la terre, les hommes et les animaux, affirme-t-elle. C’est la base de l’agroécologie défendue par Pierre Rabhi. Et comme le colibri, chacun fait sa part aux Amanins. Des petits gestes quotidiens au service d’un projet concret dont la portée philosophique rayonne de plus en plus loin.

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6 commentaires

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  1. bonjour, j’aimerais beaucoup vous envoyer un mail pour vos poser une ou deux questions par rapport à ce lieu magnifique (centre et camping), me présenter et discuter des possibilités de collaboration. merci d’avance

  2. BONJOUR, j’habite dans les alpes maritimes, et j’aimerais vous apporter ma part d’aide. Le centre est il « visitable » ? Comment venir y séjourner ? merci et bravo bien évidemment

  3. Je suis enseignante dans la Manche et bientôt à la retraite.je trouve cela formidable et votre projet donne du baume au cœur. Je souhaite faire la route et vous rencontre bientôt et peut être vous offrir mon aide. Merci à vous. Mme Clément

  4. Je rêve qu’un jour mes pas me mèneront sur le chemin du havre de vie authentique de pierre Rabbit la bas dans son hameau !!@

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