On se tient au courant

L’électroculture, un truc d’allumés ?

Pour planter des antennes au milieu du jardin, il faut vraiment être disjoncté. Pourtant, c’est ce que faisaient nos papys avant l’essor de l’agrochimie. Tremblez, chantres des nitrates : les ondes du potager reviennent en force.

Coup de tonnerre au potager

Le jardin de Michel Sendra a bien changé en deux ans. Une dizaine de buttes, bien alignées et soigneusement encadrées de planches, profitent du repos hivernal. Les jeunes fruitiers n’ont plus besoin de tuteurs, quelques blettes sortent leur tête du paillis et un couple d’oies fait mine de monter la garde. Tout a l’air à sa place dans le plus beau des potagers occitans. Tout, sauf cette antenne plantée au milieu du jardin. On dirait un hérisson de ramoneur sur un tube de cuivre relié au sol par un fil électrique. Aïe, ça devait arriver : Michel s’est mis à l’électroculture !

Pyramide de Pierro. Photo du site http://www.permaculteurs.com

« Ensemble des techniques visant à stimuler la germination ou le développement des plantes à l’aide de moyens électriques », nous apprend un des rares livres contemporains sur le sujet (1). Et ça marche, ça ? « La première année, j’avais planté des tomates, des topinambours, quatre conneries pour essayer, avec un décalage d’un mois de plantation sur les autres buttes, et bien ça avait rattrapé le retard, raconte Michel. Finalement, des topinambours, j’en ai eu deux cagettes pleines avec seulement deux ou trois pieds, j’hallucinais ! Ça m’a motivé, j’ai continué et l’an dernier j’ai eu de meilleurs résultats que dans les autres buttes en arrosant moins. Je le referai encore cette année, je pense mettre plein de petites antennes dans les autres buttes. » Comme l’antenne précitée, elles seront bricolées avec de la récup’ en s’inspirant de vidéos sur Internet, et testées empiriquement.

Avant l’essor phénoménal de la chimie, l’utilisation de l’électricité et des ondes promettait un avenir radieux à l’agriculture.

L’agriculture vintage du futur

Dès le début de la domestication des courants électriques, en 1748, l’abbé Jean Antoine Nollet, précepteur du Dauphin et premier professeur de physique expérimentale à l’Université de Paris, remarque que les plantes poussent plus rapidement à proximité de capteurs électriques, et réalise des premiers essais. À sa suite, en 1783, l’abbé Bertholon, auteur de l’essai De l’électricité des végétaux, invente le premier outil d’électroculture : l’électrovégétomètre. Une science expérimentale est née.

Jusqu’à 1912, plus de 450 savants documentent la question. Cette année-là, la France héberge le premier Congrès international d’électroculture à Reims. Dans son discours inaugural, le délégué de l’Académie des Sciences s’enthousiasme pour cette discipline qui est « pleine de promesses pour l’avenir et mérite toute notre attention ». Les « fertilisateurs » de l’ingénieur Justin Christofleau, bardés d’antennes et de fils, se vendent dans le monde entier. Plus de 150 000 exemplaires sortent des usines jusqu’à la fin de la production en 1939, dont le très perfectionné Électro-magnétique-terro-céleste. À vos souhaits.

Le maïs de Thierry Cavaillé est "dynamisé" sous sa pyramide en cuivre de 7 mètres de côté.

Et puis… plus rien, ou presque. Après-guerre, l’intensification de l’agriculture se fait exclusivement à l’aide de tracteurs et d’intrants chimiques. Organismes de recherche officiels, chambres d’agriculture, presse spécialisée, tout le monde oublie l’électroculture. Sauf une poignée de résistants basée à Pessac, en Gironde, qui reprend les recherches dans les années 60 et dénonce une campagne de discrédit menée par les industriels de l’agrochimie. Leurs descendants partagent aujourd’hui leurs expériences sur internet en s’adressant directement aux agriculteurs et aux jardiniers, soulevant curiosité, espoir ou scepticisme.

Pas besoin d’être une tête d’ampoule

Pourtant, quand on y regarde de plus près, ce n’est pas si farfelu ni si compliqué que ça : « On ne fait qu’amplifier des phénomènes électriques naturels », explique Yannick Van Doorne, un ingénieur agronome belge installé en Alsace dont le site internet fait référence dans le milieu de l’électroculure. Comme il le rappelle, les courants électriques sont déjà présents à faible intensité dans le sol (courants telluriques) et à plus forte dose dans l’air. C’est l’électricité des orages, qui peut atteindre plusieurs millions de volts. On peut citer aussi les rayonnements cosmiques (un flux continu d’ions venus principalement du soleil et dont l’atmosphère terrestre filtre la plus grande partie) et le champ magnétique terrestre, eux aussi parfaitement mesurables.

L’électroculture agit comme une pompe électrochimique naturelle, permettant d’attirer et de remonter l’eau du sous-sol vers les racines .

Ce que les hackers du  XVIIIe siècle ont remarqué, c’est l’étonnante vitalité des plantes que  l’on soumet à une intensification de ces phénomènes, sans en deviner la cause. Aujourd’hui, on met notamment en avant l’électro-osmose, à savoir le déplacement d’un liquide sous l’action d’une force électrique. « L’électroculture agit comme une pompe électrochimique naturelle, permettant d’attirer et de remonter l’eau du sous-sol vers les racines », écrivent Maxence Layet et Roland Wehrlen dans Électroculture et énergies libres. Ce même phénomène d’électro-osmose serait à l’origine de l’ascension de la sève dans les plantes et dans les échanges d’éléments nutritifs entre les racines et le sol.

Tests à conditions égales sans et avec électroculture chez Thierry Cavaillé dans le Lot-et-Garonne.

« De manière générale, tout ce qui stimule les courants électriques est bénéfique aux plantes et à la vie du sol », assure Yannick Van Doorne, qui avoue ne pas toujours comprendre ces phénomènes dans le détail et faire parfois des essais sans effets. « En même temps, se justifie-t-il, on a pas toujours besoin de savoir. Quand vous faites chauffer de l’eau dans une bouilloire électrique, vous ne vous posez pas la question de savoir comment ça marche ! » Un point pour l’empirisme. Balle au centre.

En prise avec le réel

Quand on rentre dans le champ de l’électroculture, il n’y a qu’à se baisser pour ramasser les témoignages de récoltes faramineuses. Il y en a autant que d’outils différents, aux noms sortis d’un dialogue de Star Trek : enceinte coaxiale, orgonite, antenne Lakhovsky, quantatron cosmotellurique… Sans aller jusqu’à la stratosphère, on peut voir à Fréjus, dans le Var, le maraîcher Julien Guiraud faire pousser ses tomates sous une pyramide en tube de cuivre : « J’ai fait des tests sur radis, carottes et navets cultivés dans et hors de la pyramide, à quelques mètres dans des buttes de permaculture constituées de la même façon, explique-t-il. La santé et la dimension des légumes, en particulier du feuillage, étaient nettement améliorées sur les sujets cultivés sous pyramide. J’ai aussi pu comparer des plants de courgettes qui sont devenus rapidement plus gros que ceux cultivés à côté et plantés plus d’un mois avant. Ils étaient également bien plus résistants à l’oïdium en fin de saison. »

Dans le Lot-et-Garonne, Thierry Cavaillé utilise depuis deux ans une pyramide de cuivre de 5 mètres de côtés pour « charger » ses sacs de céréales avant de semer. Idem pour Laurence Auvray, qui a vu sa plus belle récolte de maïs en 2014 à Gosné, en Ille-et-Vilaine, après avoir laissé les grains deux mois sous une pyramide : « Au début, on l’a fait pour rire, et à la fin, ça a décuplé la récolte. On avait trois épis par pied quand les voisins en avaient un ; et au lieu de remplir un silo comme d’habitude, on en a rempli deux. Il en restait, on ne savait pas où le mettre ! » À Crosmières, dans la Sarthe, les maraîchers de l’Amap du Clos Vert ont planté en 2010 des antennes magnétiques cosmotelluriques le long de leur champ. Avant de récolter des carottes d’un kilo et des patates douces de 2 kilos et demi.

Yannick Van Doorne anime des stages d'initiation à l'électroculture. Le courant passe bien.

« C’est encore marginal mais ça se développe très fort, il y a un élan », assure Yannick Van Doorne, qui a fait du conseil en électroculture son métier depuis 2012 et a formé des centaines de personnes dans ses stages. « Dans le public de mes conférences, il y a 10 ans, ils étaient tous un peu moqueurs, raconte-t-il. Maintenant, quand il y en a un qui se moque, les autres le reprennent. Je n’ai plus de temps à perdre avec les gens à convaincre, j’ai assez de travail pour aider les convaincus à s’équiper. » Attention, les illuminés prennent leur revanche et l’exception pourrait bien, un jour, redevenir la norme : « C’est forcément de la base que ça repartira. Plus les engrais et pesticides deviennent chers, plus les agriculteurs vont expérimenter de nouvelles choses. C’est en période de crise qu’un nouveau système comme celui-ci, durable et écologique, peut émerger. »

15 commentaires

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  1. Bonjour, j’ai commencé à me faire des pyramides « Khéops » en cuivre il y a très longtemps mais toujours de petites tailles –> max 40cm de base. Je plante aux 4 angles et honnêtement ça fonctionne. Une année j’en avait fabriqué en carton (faces pleines) et en baguettes de bois (brochettes) de base 10cm –> ça fonctionne aussi, 1 plante par pyramide mais ça se détériore très vite, une saison maximum. Aujourd’hui je voudrais me fabriquer une grande pyramide d’1m de base mais pas en cuivre par respect pour les habitants du sol. Puis-je employer par exemple du bois (bambou…) ou du fer à béton ? Mes petites pyramides sont aux pieds des plantes, là, la grande sera au-dessus, n’y aura-t-il pas de « déperditions de l’énergie « ? Quelqu’un a-t-il déjà essayé ?
    Même question pour l’antenne : le fil de cuivre est-il OBLIGATOIRE ? Ne peut-il être remplacé par un fil de fer ?
    Merci pour vos réponses.

  2. Super cet article, lu avec grand étonnement !!
    Et quel plaisir de tomber sur ton nom par hasard en le lisant…
    Marion, une vieille camarade Disco 🙂

  3. Bonjour Jean-Marc,
    Nous publierons très prochainement une méthode pour tester l’électroculture chez soi, avec des conseils d’agriculteurs qui la pratiquent depuis des années.

  4. Bonjour,
    c’est très intéressant et j’ai bien envie de le tester…
    Pour un potager familial comment doit être installée cette « antenne » et comment la fabriquer?
    Peut-on trouver des plans ou des conseils sur le sujet?
    Est-ce compatible avec la permaculture?
    Merci d’avance.

  5. bravo pour ce bel article bien documenté qui devrait être diffuser sur des sites comme terre de lien ou d’autres ainsi beaucoup de monde meme les gens des villes souhaiteraient s’initier et surtout demanderaient des comptes aux gros céréaliers….sans commentaire…elle est là à nos portes la prise de conscience qui se décuple un peu plus chaque jour…..
    nous changeons de monde , les cœurs et les envies ont évoluées vers un vouloir mieux, beau, et surtout on tend vers la qualité et non plus la quantité !!!!! la paix vous accompagne tous dans la lumière du cœur…..

  6. Un grand merci pour cet article !
    je vais diffuser et tester cette méthode avec mes légumes !
    Continuez à nous faire découvrir ces méthodes cachées …!

  7. Le monsieur à besoin d’onde pour faire pousser des topinambours? A mon avis le problème vient d’ailleurs…
    Les connaissances sur les champs électromagnétiques n’ont rien à voir avec celles d’y à 200 ans…

  8. Toutes les antennes doivent elles être en cuivre ?
    sachant que celui ci doit être utilisé avec parcimonie pour éviter de contaminer les sols…?

    1. Bonsoir Pascal,

      Très bonne question. Il est recommandé d’utiliser du cuivre, qui est un bon conducteur. Pour les installations avec des fils enterrés, les installateurs avancent une durée de fonctionnement d’une quinzaine d’année avant que les matériaux ne commencent à se détériorer. Ce n’est pas négligeable et la question de pollution des sols se pose. Mais elle est aussi à mettre en regard des épandages conventionnels et même biologiques (souffre et sulfate de cuivre).

  9. Il y a deux questions qui me turlupines :
    – si le champ électrique accélère la circulation de la serves et donc la remontée des nutriments, ça ne remplace pas engrais ou autre méthode plus écolo pour régénérer les sols.
    – est que c’est raisonnablement étendable sur de nombreux champs ? (consommation de kg de fer, d’électricité, autoproduction de courant sur site par éolienne, contraintes d’explorations et d’usage de moyens mécanisés…)

    Après, si c’est juste pour le jardin familial, ça reste amusant 😉

    1. Bonsoir DB,
      Les méthodes semblent complémentaires, d’autant que le but de l’électroculture est en partie d’influencer l’action de la plante elle-même, pas seulement d’augmenter la disponibilité du sol en nutriments.
      Pour les grandes surfaces, il existe des dispositifs avec des fils enterrés ou des antennes disposées le long des champs. Les installateurs avancent une durée de fonctionnement d’une quinzaine d’année avant que les matériaux ne commencent à se détériorer. Et nous parlons ici d’électroculture passive, qui capte les ondes de l’air et n’a pas besoin d’être branchée.

  10. Bonjour,

    Connait-on l’effet de ces courants électriques sur la qualité des fruits et légumes ? N’y a-t-il pas perte des vitamines, etc. ?
    Merci de la précision.

    Cordialement,

    1. Bonjour Alexandre,

      Laurence Auvray s’est posé la même question et elle a fait analyser son maïs par la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB). Les résultats, que nous avons pu consulter lors de la rédaction de l’article, ont montré un maïs d’excellente qualité, très nutritif.
      De manière générale, les personnes interrogées ont aussi mis en avant la qualité gustative des fruits et légumes électrocultivés (surtout les fraises, miam !), mais ce sont des jugements personnels.

  11. Wouha !!! c’est génial. cela donne vraiment envie d’en savoir plus pour mettre en pratique. Pour notre maisonnée, c’est l’info qui arrive au bon moment car nous devons agrandir notre jardin pour en faire profiter autour de nous et finalement nous devrions pouvoir augmenter la production sans augmenter la surface donc le travail.

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