Le secret de la corne de bouse et autres subtilités de l’agriculture « biodynamique »

Bouse de corne pour préparation 500 en biodynamie
Bouse de corne pour préparation 500 en biodynamie

Pourquoi les carottes aiment-elles la lune ? Qu’est-ce que la bouse de corne ? Depuis quand les plantes regardent-elles le calendrier ? Petit tour d’horizon des secrets et mystères de l’agriculture biodynamique en 6 lettres.

 

Le rituel de la bouse de corne ©Philippe Betschart
Le rituel de la bouse de corne ©Philippe Betschart

A comme ancêtre de l’agriculture biologique
L’agriculture biologique doit en grande partie son existence à l’agriculture biodynamique. En juin 1924, huit mois avant sa mort l’autrichien Rudolf Steiner, à la fois philosophe et scientifique, donne une conférence pendant une semaine à une centaine d’agriculteurs réunis au château de Koberwitz, près de Breslau, dans l’actuelle Pologne. Il parle alors de terre vivante qui interagit avec des forces cosmiques, d’approche holistique, de lien entre le paysan et sa terre (ses propos sont  consignés dans Agriculture, fondements spirituels de la méthode biodynamique). Il y définit l’agriculture biodynamique comme une agriculture qui « assure la santé des plantes et du sol pour procurer une alimentation saine aux animaux et aux hommes. » Ca ne vous rappelle rien ?

C comme corne de bouse
Dans la littérature de Steiner, on retrouve 6 préparations incontournables numérotées de 500 à 507 qu’il faut administrer aux cultures. La pièce maîtresse est sans doute la P500, la préparation de bouse de corne. Une bouse de vache gestante (on ne chie pas pareil quand on a un petit dans le ventre) est introduite dans une corne de vache et enterrée dans le sol pendant tout l’hiver. La bouse fermente et se transforme en humus. Au printemps, on démoule la corne, récupère l’or brun que l’on dilue dans de l’eau de pluie. On pulvérise alors le mélange au moins une fois par an sur l’ensemble des terres accessibles du domaine. Objectif ? Agir au niveau du sol, le rendre plus fertile, stimuler la germination des graines… Les préparations 502 à 507 sont plus classiques, proches des tisanes de nos grand-mères. Elles sont élaborées à base d’achillée, de camomille, de pissenlit, d’ortie, d’écorce de chêne et de valériane.

D comme Demeter
Le label officiel de la Biodynamie s’appelle Demeter et est reconnu dans plus de 50 pays (il existe aussi le récent label Biodyvin pour les vins uniquement). Pour pouvoir l’afficher, une exploitation doit forcément avoir reçu l’estampille AB. Mais elle doit aussi aller plus loin. Les certificateurs exigent une rotation des cultures et le respect des rythmes de la nature. L’agriculture intensive, même bio, est proscrite. On préfère les semences auto-produites aux achats de graines fussent-elles biologiques. Les animaux doivent être nourris au moins à 80% avec les produits de la ferme et ne sont pas défigurés. On n’écorne pas les vaches, on ne coupe pas les becs des poules. Aussi, avec Demeter, on ne mélange pas les genres. Quand on est biodynamique, on l’est forcément à 100%. A propos, ça veut dire quoi Demeter en grec ? C’est la déesse de l’agriculture et des moissons. Forcément.

L comme Lune
Il y a des jours, il y a des lunes. Et des influences cosmiques qui rythment les cultures. En agriculture biodyamique, la lune dirige les travaux des champs. Une lune croissante (chaque jour le croissant est de plus en plus grand) est le moment où la montée de sève sera la plus forte. Il y a aussi des questions de printemps lunaire, où l’on en profite pour greffer et récolter les fruits qui peuvent se conserver. A l’inverse, les jours et les nuits d’automne lunaire, l’heure est à la plantation, au repiquage, au rempotage mais aussi à la taille. En biodynamie, les jours de pleine lune sont particulièrement convoités. On dit même que les semis faits avant la pleine lune produisent des carottes particulièrement bonnes. « La croissance se fait d’une façon plus harmonieuse, les fruits sont pleinement mûrs, développent leur arôme caractéristique et nourrissent ainsi le corps, l’âme et l’esprit. »

N comme nombreux ?
Ils sont combien les agriculteurs français à être labellisés en biodynamie ? Moins de 500 (dont 2/3 de viticulteurs), sur près de 10 500 hectares, soit seulement 1% des surfaces agricoles bio. Une paille ! Retrouvez-les ici.

V comme verdict
Fumeuses les théories de Steiner ? Esotériques ? Certes les détracteurs existent et personne n’est vraiment sûr de comprendre rationnellement comment les préparations du philosophe opèrent. N’empêche, il semblerait que l’alchimie fonctionne. Claude et Lydia Bourguignon, deux grands spécialistes en microbiologie des sols constatent : « sans qu’on puisse l’expliquer, l’activité biologique du sol s’accroît en profondeur avec la bouse de corne. Cela ressemble à de la sorcellerie, pourtant le résultat est là : les composts évoluent plus vite, la microfaune et les oligoéléments sont plus nombreux, les sols mieux aérés et les racines plus profondes ».

Dans la bande dessinée Les Ignorants d’Etienne Davodeau, initiation croisée d’un viticulteur et d’un auteur de BD, Richard Leroy ne prétend pas maîtriser totalement les théories de Steiner, les histoires de planètes, de lunes ou de dilutions mais résume assez bien la situation. « Je ne suis pas chercheur, ni biologiste, et encore moins sorcier, je suis vigneron. Je sais une chose : les vins qui me parlent le plus sont issus de la biodynamie. Ceux qui m’ont fait découvrir la biodynamie sont tous des gens de grande valeur sur le plan humain : attentifs, respectueux, humbles, ça compte vachement. »

25 commentaires

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  1. […] Pour recevoir l’estampille Demeter,  il faut avant tout être labellisé AB. Et en prime, utiliser des préparations pour enrichir le sol, travailler selon les rythmes lunaires, ne donner aucun traitement synthétique à ses animaux. Bref, adopter les principes de la biodynamie. […]

  2. Bonjour
    J’ai souvent acheté des vins, ayant le label « bio », et je les ai trouvé imbuvables. D’autre part,
    j’avais l’intention de commander du Marcillac (pierres rouge) du domaine Laurens. Mais après votre article, je me pose des questions. Pouvez vous me répondre précisément. Merci

    nota : je met un livre qu’il faut lire

  3. Peut-être que ça marche en remplaçant la corne par autre chose, par exemple un pot en terre cuite ou crue d’ailleurs.
    Et peut-être que de la bouse de vache non gestante marche bien aussi.

    En fait, on ne sait pas, alors il faut essayer, mais plutôt dans une démarche scientifique il me semble, qu’ésotérique, sinon c’est la porte ouverte à beaucoup de choses.
    Quant à savoir pourquoi il a écrit ça ce cher Rudolf, cela me semble mystérieux. Je ne crois pas qu’il ait essayé plein de combinaisons (avec ou sans corne, gestante ou non, plus d’autres options non évoquées), donc écrire une chose précise sans grande justification, c’est vraiment étonnant.

    1. Exactement, Thierry. La question principale n’est pas de savoir si ça marche, mais de comprendre que Steiner n’a pas pu inventer et expérimenter une telle quantité de recettes aussi curieuses, compliquées et inconnues, où une infinité de combinaisons aurait dû être essayées pour aboutir à la bonne.

      Laissons de côté le rôle de la lune, phénomène à la fois bien connu depuis toujours et mesurable, cet astre ayant une force d’attraction considérable dû à sa masse.

      La recette de la corne de bouse, par exemple, dont vous ne dîtes pas qu’en plus elle est dispersée en quantité infinitésimale sur une grande surface, surtout si elle fonctionne, semble assez clairement d’origine surnaturelle.
      Elle n’est pas seulement non-scientifiquement découverte ou démontrée (car en effet on pourrait à l’avenir expliquer un phénomène naturel aujourd’hui non compris), mais cette recette est aussi non-expérimentale et non-traditionnelle. Elle débarque d’un coup, toute faite. C’est soit une escroquerie soit une recette « révélée » spirituellement. Or, à lire l’ésotérique Steiner, on comprend que ce n’est ni le Créateur ni ses anges qui la lui on accordée, comme ce fut le cas avec la très humble et très priante Hildegarde de Bingen, par exemple.
      J’en conclu que c’est probablement par « spiritisme » que Steiner s’est procuré ces recettes. Et le spiritisme, ça se paye CHER, car c’est le diable qui se joue de vous sous des apparences souvent philanthropiques.

      Un conseil : ne jouez pas avec ça.

      NB : je suis paysan bio et au-delà du cahier des charges bio.

  4. Les théories fumeuses de Steiner continuent de s’immiscer l’air de rien , y compris parmi des gens très bien, qui malheureusement leur donnent ainsi une caution et une audience malvenues.
    Mais Steiner et l’anthroposophie, braves gens, c’est entre autre ceci:
    http://gregoireperra.wordpress.com/2012/07/28/lien-vers-un-article-faisant-le-point-sur-le-racisme-de-rudolf-steiner-et-celui-des-ecoles-steiner-waldorf-aujourdhui/
    et ça craint…
    C’est mieux de le savoir, après chacun ses choix…

  5. La biodynamie est à ranger dans le même sac que l’homéopathie, l’astrologie et autres pseudo-sciences.

    Rudolf n’est pas absolument pas un scientifique, comme vous l’écrivez. Ses principes relèvent de la mystique, pas de la science.

    Il suffit d’aller lire le cahier des charges Demeter pour s’en rendre compte :
    – « les connaissances de la science spirituelle indiquent que des composants d’origine minérale, végétale et animale peuvent être métamorphosés sous les effets d’influences cosmiques/terrestres durant le cours de l’année et se transformer en préparations dotées de force. » : science spirituelle, un bel oxymoron…
    – les préparations à utiliser en biodynamie : écorce de chêne dans un crâne d’animal, ou camomille dans un intestin de vache, etc.

    Concernant la bouse de corne, allons donc directement à la source et citons Steiner : « Ayant enfoui la corne de vache remplie de fumier, nous conservons dans celle-ci les forces que la corne de vache avait l’habitude d’exercer à l’intérieur même de la vache, à savoir réfléchir l’éthérique et l’astral. » « [La corne étant] entourée de terre, tous les rayons qui vont dans le sens de l’éthérisation et de l’astralisation convergent et pénètrent dans la cavité qu’elle constitue. » No comment.

    Par ailleurs, aucune étude n’a jamais pu prouver la supériorité de l’agriculture biodynamique sur l’agriculture biologique.

    Elisabeth Tessier aux champs, en somme.

    1. Réaction: perso je trouve que la science meme avec une conscience est une ruine de l’ame…que n a t on détruis ou railler au nom de la science, pour finalement ce rendre compte qu’elle ne fait que des decouvertes qu’elles invalident,que chacune de ces decouvertes est une rededouverte de ce que le bon sens connaissais deja…la science n’est à mes yeux que l’ego de lhomme qui se seduit lui meme…donc pitié ne me parlez plus de sicence cest elle qui detruit notre monde, qui nie l’homme au profit de la technologie, qui fagocite les savoir du monde en rejettant celle qu’elle ne comprends pas…pitié la science est un cancer de la connaissance…

    2. ben si, ça fonctionne; essayez donc – si vous avez un jardin – et vous constaterez les résultats
      croire ou ne pas croire, là n’est pas la question; ESSAYEZ en suivant bien « la recette »
      Il y beaucoup de choses encore inexpliquées et qui donnent des résultats, alors …….
      il faut de décrisper, aussi, ça fait du bien, s’interroger, se remettre en question

    3. Steiner malgré son petit côté fumeux à certainement laissé trainer ses oreilles au bon endroit pour parler d’agriculture: chez les paysans eux-mêmes, où la connaissance et l’observation de la nature sont indispensables à la survie quotidienne. J’ai travaillé dans quelques lieux reculés de pays en développement avec des paysans, où Steiner n’est pas plus connu que la neige. Là, tout le monde vous dira qu’il est tout à fait normal d’atteindre la bonne phase de la lune pour planter ceci ou cela.
      Essayez…vous verrez…

    4. Bonjour Guillaume.
      Je me permets de contester votre dernière phrase: « Par ailleurs, aucune étude n’a jamais pu prouver la supériorité de l’agriculture biodynamique sur l’agriculture biologique.  »

      Je ne sais pas s’il y a eu des études dessus; cependant, il y a déjà une différence énorme entre les labellisations « bio » et « Demeter »: le mouton bio peut venir de nouvelle-zélande et avoir été nourri aux céréales américaines avant d’être vendu en France. Le mouton Demeter a été nourri a 80% minimum de produits venant de la ferme française d’ou il sort…

      Donc le bilan carbone n’est pas le même.

      Clairement Steiner n’est pas un scientifique, c’est un philosophe, et les explications proposées par l’antroposophie sont complètement délirantes d’un point de vue scientifique cartésien: appel systématique à des choses non observables et encore moins reproductibles (énergie, corps astral et cie).
      « Et pourtant ça marche » ! L’expérience de nombreux paysans, depuis un petit siècle, me suffit pour prêter une attention respectueuse à ce mode de culture. C’est pas seulement un truc de 68ards new age, il y a des exploitations qui marchent comme ça depuis 30 ans et, en général, quand un paysan s’accroche à un truc alors que ses voisins le prennent pour un fada au début, c’est que ça marche. Sinon il change, ou son exploitation coule.

      Mon opinion est simplement qu’on ne comprend pas encore comment ça marche (et les explications scientifiques sont probablement à mille lieues des explications esotériques actuelles). Mais qu’on ne comprenne pas quelque chose ne l’empêche pas d’exister, loin de là. Thésard en dynamique non linéaire, je constate tous les jours des comportements de mon modèle que je n’explique pas… pas encore au moins.

      A côté des trucs qui semblent un peu hallucinés, comme la dynamisation, l’influence planétaire etc. il y a tout de même un paquet de développements sur la vie microbienne du sol, les apports en M.O, etc. dont l’agronomie et l’agroécologie comprennent aujourd’hui l’importance. Je pense que le reste suivra tot ou tard.

    5. @ Guillaume
      En parler, c’est bien, mais prétendre juger une activité qui perdure depuis 90 ans, activité de gens qui ne sont pas assis sur une chaise, mais travaillent aux champs, préparent le sol, sèment, accompagnent la croissance et récoltent, investissent une année de travail pour obtenir une récolte qui les payent de leurs taxes, investissements, et de tous leurs efforts, plus de quoi vivre, ce qui n’est pas rien, est d’une arrogance sans limite, en plus d’être stupide, le tout en se basant sur un raisonnement étroitement cartésien et accroché à une science qui nie ce qu’elle ne peut mesurer, ce en quoi elle vous ressemble.
      Bertrand

    6. Bonjour,
      Excellent raisonnement, explications simple mais factuelle et beau finale.
      Merci pour votre expression qui me semble si juste…
      Cordialement,
      Philippe

    7. @ Bertrand

      « Ayant enfoui la corne de vache remplie de fumier, nous conservons dans celle-ci les forces que la corne de vache avait l’habitude d’exercer à l’intérieur même de la vache, à savoir réfléchir l’éthérique et l’astral.  »

      D’accord avec vous Bertrand, mais ne vous énervez pas, vous allez gâcher votre astralité esotéthérique.

    8. En parler, c’est bien. L’essayer c’est mieux. Bienvenue dans le monde des futurs convaincus par l’expérience.

    9. Bonjour Guillaume,
      Vous avez raison de rappeler que d’un point de vu scientifique, la biodynamie n’est pas validée. Cependant, étant donné que cette pratique existe, il nous a semblé intéressant d’en parler.

  6. « Une lune montante (chaque jour le croissant est de plus en plus grand). » Grossière erreur, toute la famille Steiner et Maria Thun initiateurs du mouvement biodynamique se retournent dans leur tombe! Par pitié, qu’on ne confonde plus lune montante et lune croissante dans des publications pseudo scientifiques. C’est facile de copier, il suffit juste de recopier juste, juste, juste!

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