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Aux colibris absents

Écologie : mais pourquoi est-ce si dur de s’y mettre ?

Réjouissons-nous du répit que notre mise à l’arrêt générale a accordé à la planète pendant le confinement : tous les indicateurs n’en sont pas moins au rouge (et je ne parle pas de vin). Quels sont les freins cognitifs qui nous empêchent de passer à l’action ?

Pandémie, incendies, canicules, rapports déprimants du GIEC… Non ce n’est pas les mots-clés du prochain film de Roland Emmerich mais bien l’état actuel de notre douce planète. Bienvenue en 2020 ! Inutile d’être un grand manitou de la climatologie pour affirmer que l’environnement n’est pas au top et que le mode de vie d’un petit nombre d’humains y est pour beaucoup. L’écologie n’est plus un sujet farfelu et on ne peut plus vraiment se dire qu’on ne savait pas. Pourtant, à part quelques petits gestes laborieusement effectués par certains, il semble encore difficile de trouver l’impulsion pour un changement à l’échelle collective. Mais pourquoi ce processus est-il si dur à enclencher ?

Premier obstacle : les autres (donc nous)

Faire des efforts, c’est bien joli mais est-ce que c’est la peine de se motiver tout seul à arrêter de prendre l’avion, de manger de la viande, de fumer des clopes, de boire du vin au sulfite, et de commander ses livres sur Amazon (je vous laisse choisir l’ordre de priorité) si tout le monde continue sans rien changer. Et voilà notre premier grand obstacle : les autres. Ou plus précisément l’interaction spéculaire pour piquer sa théorie au philosophe Jean-Louis Vullierme qui l’a surtout appliquée au maintien des dictatures. Selon lui, une dictature reste en place parce que les individus spéculent sur le fait que les autres individus ne se rebelleront pas, ce qui invalide leur motivation à échelle individuelle. Il vous suffit de remplacer dictature par ce que vous voulez (capitalisme, surconsommation, pizzas à l’ananas), et ça fonctionne. Écologiquement parlant, ce qui nous empêcherait d’agir serait donc de spéculer sur le fait que les autres n’agissent pas. Bonne nouvelle toutefois, les dynamiques d’interaction spéculaire peuvent aussi prendre un tournant inattendu radical et positif si tant est qu’on parvienne à spéculer sur le fait que les autres agissent et qu’il faut donc agir aussi de notre côté.

La théorie de la grenouille

Rien de tel qu’une petite fable pour un peu de pédagogie (même si celle de la grenouille n’est pas le genre de fable qu’on raconte à ses enfants avant de dormir)… Si l’on immerge une grenouille dans une casserole d’eau tiède et qu’on la fait progressivement bouillir, la grenouille ne captera pas l’entourloupe et se laissera bouillir jusqu’à ce que mort s’ensuive dans l’inconscience la plus suicidaire. Si en revanche on lui offre un bain d’eau bouillante, elle aura le réflexe de bondir et de fuir au loin, dans un monde où l’on ne fait pas subir ce genre d’expériences à ses congénères vivants. Cette allégorie quelque peu cruelle ne raconte rien d’autre que notre propre comportement face au dérèglement climatique qui se met en place trop progressivement pour qu’on lui accorde une réelle urgence. En revanche, la pandémie mondiale dans laquelle nous avons été brutalement plongés pourrait avoir un impact de par son caractère inédit, global, et foudroyant, qui s’apparente à l’eau bouillante dans laquelle la grenouille rechigne à tremper ses cuisses.

La dissonance cognitive est une stratégie qui consiste à rendre cohérents nos actes en nous donnant des bonnes raisons de faire ce qu’on fait.

Un cerveau périmé

Dans le cerveau on connaît le cortex, le cervelet et le système limbique pour les plus aventureux. Mais on connaît moins de striatum, héros du dernier ouvrage de Sébastien Bohler, Le Bug humain, dans lequel le neurologue nous apprend que ce fieffé coquin d’organe a inscrit dans nos gènes une nécessité de satisfaction immédiate. Au départ, c’était vachement pratique pour se nourrir et nous filer un coup de motiv pour aller chasser ; aujourd’hui, c’est surtout vachement pratique pour commander des McFlurry via Deliveroo afin d’agrémenter notre plateau télé devant Netflix. Alors forcément dans ces conditions, on a un peu de mal à voir plus loin que le bout de notre nez et, pour citer notre cher François Gemenne (auteur de L’Atlas de l’Anthropocène, le must-have de toute bibliothèque qui se respecte) : Si on me dit que je dois perdre 10 kilos d’ici 2030, je sais parfaitement que je continuerai à boire trop de bière jusqu’en 2029. C’est tout le problème de nos objectifs de long-terme pour le climat. C’est pourquoi il nous faudrait intégrer des objectifs immédiats qui devront se maintenir sur le long terme.

À ces principales causes d’inertie s’ajoutent bien sûr l’état de dissonance cognitive (comme nous en parlions dans cet article), une stratégie qui consiste à rendre cohérents nos actes en nous donnant des bonnes raisons de faire ce qu’on fait, quand bien même ce serait en désaccord avec nos valeurs, genre pas flinguer climat (ex : Si, si, la côte de bœuf c’est bon pour la santé, j’ai toutes les raisons d’en manger le matin au p’tit déj’). Toutes ces explications montrent toutefois que le changement passe par la collectivité et doit s’effectuer sur le plan structurel. Agir à son niveau c’est un début, mais tant que le kérosène ne sera pas taxé, que les produits seront suremballés, que les richesses ne sont pas mieux distribuées (breaking news : les riches polluent plus, c’est un fait, y’a pas que moi qui le dit, y’a Hervé Kempf), que nos désirs ne seront plus axés vers l’achat d’un SUV ou d’une semaine de vacances au ski. Jean-Marc Jancovici estime qu’on devrait s’imposer l’équivalent d’un coronavirus par an (pour le confinement qu’il implique) pour réduire suffisamment nos émissions de GES jusqu’en 2030, n’est-ce pas le moment de s’y mettre pour tout le monde ?

3 commentaires

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  1. Petite precision : Jean-Marc Jancovici estime qu’on devrait s’imposer l’équivalent d’un coronavirus SUPPLEMENTAIRE par an : SOIT une crise covid19 en 2020, 2 crises en 2021, 3 en 2022, etc…

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