Il revient...

Le revival du cornichon français

Dans votre frigo, un bocal de cornichons attend sagement la prochaine raclette. Il y a de très fortes chances pour que vos petites cucurbitacées aient été cultivées en Inde… Mais des acteurs différents et motivés tentent de faire vivre le cornichon 100% made in France.

Longtemps, la Bourgogne fut une terre de cornichons… Jusqu’à ce que, dans les années 2000, une vague de délocalisation déferle sur la petite cucurbitacée française. D’après les chiffres du ministère de l’Agriculture, seulement 1 424 tonnes de cornichons ont été cultivées en France en 2015. Une goutte d’eau en comparaison avec l’océan des 135 634 tonnes de concombres ou les 320 516 tonnes de choux-fleurs… Mais certains bossent d’arrache-pied pour sauver, voire relancer le cornichon frenchie. C’est ainsi que dans le village de Chemilly-sur-Yonne, une famille a maintenu et développé son activité : aujourd’hui, Florent et Henri Jeannequin, père et fils, sont les derniers producteurs de France à maîtriser toute la chaîne de production, du semis à la livraison, en passant par la mise en bocaux.

 

L’histoire démarre avec le grand-père, Marc Jeannequin. Agriculteur, il commence à cultiver des cornichons. La demande croît, et il créé en 1955, avec d’autres producteurs, une Sica (Société d’intérêt collectif agricole), pour fournir la conserverie locale, qui changera plusieurs fois de propriétaire au cours des décennies suivantes. Dans les années 1970, son fils Florent s’installe sur l’exploitation et augmente encore les volumes de production. Mais en 2009, c’est la fin des cornichons : Unilever, qui a racheté Maille-Amora, délocalise l’approvisionnement en Inde et ferme l’usine de conditionnement d’Appoigny, dans l’Yonne.

« Tout s’est arrêté du jour au lendemain. Cela représentait 140 hectares et une trentaine de producteurs. Et donc, beaucoup d’emplois, notamment saisonniers », se souvient Florent Jeannequin. Pourquoi toutes les grandes marques ont-elles pris la poudre d’escampette vers l’Asie ? « Le cornichon demande énormément de main d’œuvre pour la cueillette, qui n’est pas mécanisable »… CQFD. En effet, sur un même pied, chaque cornichon pousse tranquillement à son rythme : il faut donc passer chaque jour, voire plus, pour ramasser de fins calibres.

Mais, tel le dernier des Mohicans, Florent Jeannequin va être le seul à continuer dans l’Yonne. « J’avais déjà le savoir-faire et l’outil de travail. Et j’ai voulu mettre en place une production plus raisonnée », explique-t-il. Pendant quelques années, il vend ses fruits (car oui, le cornichon est un fruit) « en frais » à des particuliers et à un importateur allemand. Et en 2012, son fils Henri et lui décident de mettre leurs bébés cucurbitacées en bocaux. Ils commencent par travailler avec un prestataire, puis montent finalement leur propre conserverie…

Installée juste à côté de leurs champs, cultivés sans pesticides ni herbicides. Le père, qui continue à produire des céréales et à élever des vaches à viande, s’occupe de l’exploitation, de la récolte, du calibrage, du nettoyage. Le fils gère les recettes, la mise en bocaux, la commercialisation. Ensemble, les deux font les livraisons ou les salons. Et c’est un beau succès… Un certain nombre de chefs, et pas des moindres, s’approvisionnent auprès cette jeune Maison Marc (du nom du grand-père, si vous avez bien suivi !) : Yves Camdeborde, Cyril Lignac ou encore Guillaume Gomez, le chef de l’Elysée. Les 70 000 bocaux produits en 2015 ont aussi largement été écoulés dans des épiceries fines et fromageries.

Les cornichons ont besoin de beaucoup d’eau et d’une température entre 15 et 35° C.

Cornichons sarthois

Mais de grands groupes bossent aussi sur le cornichon frenchie. Sur un créneau bien différent : « Reflets de France » (Carrefour) vend par exemple des cornichons cultivés à Connerré, dans la Sarthe. Il y a aussi les tout récents « Cornichons Français »

Voilà l’histoire : comme ses concurrents, le groupe Reitzel, qui produit notamment des cornichons pour des marques distributeur, se fournit majoritairement en Inde. « Les cornichons ont besoin de beaucoup d’eau et d’une température entre 15 et 35° C. En France, on avait une récolte par an, ce qui ne suffisait plus à répondre à la demande. En Inde, il est possible de faire trois récoltes par an », souligne Emmanuel Bois, directeur général France de la société, qui insiste sur la traçabilité et la mise en bocaux 100 % française. Mais l’entreprise a décidé de refaire pousser une partie de ses cornichons dans l’Hexagone… « Avec notre propre marque, le Jardin d’Orante, nous voulons relancer une filière française du cornichon », précise-t-il.

Comment ça marche ? « Pour créer une filière, il faut des volumes et un prix de vente accessible. Nous avons établi une relation tripartite : nous garantissons des revenus aux agriculteurs, même en cas de perte des récoltes. Et nous avons des accords avec des distributeurs, pour qu’ils s’engagent à avoir des marges raisonnables (nous avons réduit nos marges d’un tiers) et à mettre en avant les bocaux », explique Emmanuel Bois. Reitzel lance donc le projet avec deux agriculteurs, Eric Gouard, dans le Loir-et-Cher, et Olivier Corbin, à Dollon, dans la Sarthe.

Celui-ci explique : « Depuis 1977, ma famille produit des cornichons. Dans les années 1990, nous avons arrêté les petits cornichons, mais j’avais continué les gros cornichons malossol. » 2016 sera l’année du come-back du cornichon extra-fin, le préféré des Français et le plus délicat à récolter. Après une phase de tests avec des agronomes, les premières graines sont semées au printemps. « L’usine est à quelques kilomètres. On récolte le matin, on livre l’après-midi, et les cornichons sont mis en bocaux dans les 24 heures. Mais cette année, la météo ne nous a pas aidés… », raconte Olivier Corbin. La récolte est moins bonne que prévue, mais un total de 50 tonnes de cornichons sont cueillies sur les deux exploitations. C’est une réussite : des 120 000 bocaux prêts en septembre et distribués dans des grandes et moyennes surfaces, il n’en reste plus un seul dans les entrepôts.

L’objectif pour l’année prochaine ? « J’aimerais atteindre 300 000 bocaux. Pour cela, nous cherchons de nouveaux producteurs », déclare le directeur général France de Reitzel. Et du côté des producteurs ? « Ici, nous allons doubler la taille des parcelles de cornichons, pour aller jusqu’à 4 hectares », explique Olivier Corbin, qui cultive aussi des céréales et des légumes. En outre, « nous avons des projets pour l’année prochaine, comme moderniser l’arrosage goutte à goutte. Et faire des essais de palissage, pour faire pousser les cornichons à la verticale et améliorer le confort de récolte ».

Alors, est-ce que le cornichon local pourrait renaître en plus grande quantité en France ? « Pourquoi pas ? Cela a marché à une époque. Mais il y a de gros investissements à faire », répond Florent Jeannequin. Il faudrait aussi un temps clément – cette année, la météo catastrophique a obligé les Jeannequin à recommencer les semis sur les parcelles inondées – et des mangeurs motivés par les petites cucurbitacées françaises. À la prochaine raclette, pensez-y à deux fois…

7 commentaires

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  1. Bonjour, j’ai vu le reportage sur les cornichons qui poussent en Inde du Sud avec un maximum de pesticides, insecticides, sulfate, sulfites etc…
    Je suis écoeurée et toute la famille et mes amis(es) le sont également.
    Je cherche à acheter 2 ou 3 kg de cornichons de tous calibres. Mon mari aime les petits extra-fins et moi les gros pour faire « Malossols ».
    Donc cornichons de jardin bio sans aucun pesticide etc…
    Merci de me répondre, je ne sais pas si c’est la saison pour les acheter. Merci à tout le monde.
    Bonne fin de journée
    Patricia Retail

  2. Qui veut m’en vendre des cornichons j’en cherche environ 3 kg pour mettre moi-même en bocaux Même de la vente en ligne à prix résonable

  3. je produit moi même mes cornichons car je trouve que le gôut n’est pas le même que les recettes industrielles, par contre si le prix est correct ,je les achèterai volontier nature en france de provenance de l’agriculture raisonnée, mais oû?

  4. J’avais appris que 90% des cornichons vendus en France venaient d’Inde.
    Heureuse de voir que la production française existe ! je vais me mettre en quête de trouver des cornichons français !

  5. Comsomnateur amateur et même petit producteur dans mon jardin je suis content de voir qu’il existe une production française et suis partisan de l’encourager

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