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Troupeau en cours !

La vache nantaise revendique ses origines

Nantais, quels sont les animaux symboliques de votre ville ? L’éléphant et le canaris, paraît-il ! Et pourtant, la vache nantaise retrouve progressivement sa place d’antan en colonisant les friches urbaines de la ville.

Benoît Rolland prend soin du troupeau de l'association l'Étable nantaise. Il aimerait que de jeunes éleveurs s’installent grâce à ces vaches. © Thomas Louapre

Pour représenter Nantes, il y a l’éléphant. Ce mastodonte mécanique de fer et de bois arpente l’île de Nantes chaque week-end. Les fans de foot vous parleront eux des canaris, surnom qualifiant l’équipe locale. Bientôt, la vache nantaise rejoindra-t-elle la ménagerie ?

Proche de la disparition il y a quarante ans, la race a été sauvée par une poignée d’amoureux qui ne voulaient pas voir s’éteindre ce patrimoine vivant. De 150 000 animaux après-guerre, il n’en restait plus que 50 dans les années 1980, mais aujourd’hui nous recensons plus de 1000 animaux, se réjouit Benoît Rolland, éleveur à Bouguenais et président de l’association l’Étable nantaise qui œuvre à la sauvegarde de cette race locale.

À l’époque, la race a été sélectionnée pour s’adapter aux zones humides de la région nantaise. Un des troupeaux de l’association broute aujourd’hui sur la zone Natura 2000 de l’Île Heron sur la Loire. © Thomas Louapre

Maintenant que la race est sauvée, l’association se fixe comme but de professionnaliser l’élevage de la vache nantaise pour la pérenniser sur le long terme. À l’image de Benoît Rolland, quelques éleveurs l’ont intégrée dans leur ferme, mais il en faudrait bien plus pour s’assurer que les efforts réalisés jusque-là ne soient pas perdus à l’avenir. La vache nantaise a été initialement sauvée par des retraités et des passionnés, mais aujourd’hui nous voulons installer des nouveaux éleveurs et construire une filière locale pour valoriser la viande, souligne le président.

Dans ce but, pour continuer à renouveler la race, un troupeau « tampon » est géré par des salariés et éleveurs bénévoles de l’association : Il peut accueillir les vaches des paysans qui partent à la retraite ou des éleveurs qui ont trop de jeunes femelles, explique Benoît Rolland. Lorsqu’un jeune voudra s’installer, nous pourrons ainsi lui fournir une quinzaine d’animaux pour débuter.

Le troupeau tampon de l’Étable nantaise compte aujourd’hui 30 bêtes et l’objectif est d’en atteindre une centaine. Pour cela, l’association cherche à se voir confier les zones Natura 2000 et les friches urbaines par les collectivités. En matière de surface, ce n’est pas la place qui manque. Rien que sur l’agglomération nantaise, il y aurait 5000 hectares de terres en friche, avance l’éleveur. Certaines zones sont des marais, donc les bovins représentent la seule possibilité d’entretien. Et si l’association récupère trop de terres en gestion, cela permettra de créer des exploitations directement sur ces surfaces. L’objectif est d’installer trois jeunes par an sur le département, dont un dans la métropole. Il a été atteint pour l’année 2021.

La nantaise descend historiquement de la race poitevine ou vendéenne. Elle a la robe crème avec le mufle et les cils noirs. © Thomas Louapre

Ce qui plaît à Benoît chez cette vache, c’est sa génétique bien particulière. Celle-ci n’a pas été entachée par la sélection des dernières années dans le but de produire plus de lait ou d’obtenir une croissance plus rapide. C’est une vache rustique et adaptée à notre terroir, qui peut manger tous types d’herbes. C’est le résultat du travail de dizaines de générations d’éleveurs qui ont sélectionné la race selon le contexte local avec ses marais. Sur le plan gustatif, l’éleveur promet une viande de haute qualité. La croissance lente de la race lui donne un goût très apprécié.

Déplacer un troupeau de nantaise peut s’avérer sportif…. © Thomas Louapre

En passant à travers les mailles d’un standard de sélection recherchant des animaux calmes, la vache nantaise a gardé son petit caractère bien à elle ; effectivement en approchant de la parcelle, une certaine vivacité se dégage. Les animaux courent, sautent et se chamaillent. Quand nous devons les changer de parcelle, si elles sont d’accord pour venir, ça se fait tout de suite. Sinon ce n’est pas la peine, nous pouvons revenir le lendemain, s’amuse l’éleveur. Pour autant, de son passé d’élevage en milieu périurbain autour de Nantes, elle a gardé l’habitude de côtoyer l’homme. Elle reste curieuse, voir taquine avec les visiteurs qui passent sur le chemin de l’autre côté du fil.

Quand les Nantais rencontrent la nantaise

Pour la sauvegarde de la vache nantaise, chacun met sa pierre à l’édifice. Même la Mairie de Nantes a ses propres animaux. Sur les bords de Sèvre, Violette, Lavande et Myrtille, trois vaches nantaises entretiennent les prairies inondables au cœur de la ville. Ce sont un peu les ambassadrices de la race auprès des Nantais. Chaque jour, elles voient défiler des autoroutes de passants. Un vrai bonheur pour les enfants de pouvoir côtoyer ces animaux et leurs voisines Highlands à poil long.

Au cœur de la ville, trois nantaises entretiennent les prairies inondables des bords de Sèvre. © Thomas Louapre

Ici, pas d’éleveurs pour s’occuper des vaches, mais des jardiniers. Ce sont Joël et Fabrice, les salariés de la ville de Nantes, qui en ont la garde. Nous assurons une surveillance quotidienne pour vérifier que tout va bien. Nous apportons le fourrage et nous remplissons les abreuvoirs, précise Joël, ancien employé de la grande distribution et reconverti avec bonheur auprès de ces dames.

Joël et Fabrice sont régulièrement questionnés par les passants au sujet des vaches. © Thomas Louapre

La tâche peut sembler simple en apparence, mais ces prairies ne sont pas inondables pour rien. Lors des grandes marées, l’eau remonte par la Loire et jusque dans la Sèvre. Les vaches nantaises ont beau être adaptées aux zones marécageuses, lorsque l’eau monte de plus de 1,5 mètre en quelques heures, c’est trop pour elles. Il faut alors déplacer les animaux sur des parcelles plus hautes pour éviter toute noyade. Quand il faut passer sur des chemins remplis de promeneurs avec les 8 Highlands, c’est du sport, assure Fabrice.

Ces déplacements sont également source d’inquiétude pour les Nantais qui s’étonnent de ne plus croiser Violette et ses copines. Souvent, il y a plein de gens qui viennent nous demander où sont passées les vaches. Il y a aussi beaucoup de demandes autour des naissances à venir. Quand un veau arrive, c’est un peu l’événement, s’amuse Joël.

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