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Vivre à Notre-Dame-des-Landes

Greg, le zadiste qui s’enracine

Depuis janvier 2018, Notre-Dame-des-Landes n’est plus une zone à défendre mais un territoire où l’on fait vivre le collectif, l’écologie et l’autonomie. Parmi les 150 habitants, Grégoire Minday est de ceux qui ont choisi de rester pour cultiver l’avenir.

Sous la haie, les bâtons. ©Thomas Louapre

Pour rejoindre les 15 vaches de son troupeau, il faut passer par le chemin des bâtons, là où le 8 octobre 2016, près de 40 000 personnes sont venues planter le leur pour sceller dans le sol le serment collectif de venir en cas d’agression de la zone les reprendre. 

Aujourd’hui, la végétation a recouvert ces milliers de bouts de bois hier enchevêtrés pour faire front contre un aéroport dont personne ne voulait. Une pancarte “Nous sommes là, nous serons là” se laisse ensevelir par la nature qui, dans le bocage, a tous les droits.

Il y a sept ans, Greg était là. De temps en temps. On l’aperçoit lors de l’opération César, la tentative échouée d’évacuation du site. On le retrouve dans les manifestations ici et ailleurs. Puis au tribunal où, en 2014, il est condamné à un an de prison ferme pour soupçons de dégradation. À l’issue du verdict, il s’échappe et s’installe dans la ZAD à Saint-Jean-du-Tertre, un mandat de recherche à ses trousses (qui lui vaudra six mois de prison en 2016).

Greg, sur le toit de la ferme de Saint-Jean-du-Tertre à la pointe ouest de la ZAD. ©Thomas Louapre

La force du territoire

Aujourd’hui, Greg est toujours là. Dans son bleu de travail, le visage buriné par la vie, il va rendre visite à Ma Dalton, Camille et à toutes ses vaches à qui il a donné un prénom. Il y en a des beiges, des rousses, des noir et blanc, des jersiaises, des croisées… Ce sont des bêtes que l’on m’a offertes, il y a eu des croisements, bientôt des nantaises devraient venir agrandir le troupeau. Cette race à faible effectif connaît le territoire, aime les plantes qui y poussent… 

L’éleveur autodidacte parle comme s’il avait toujours été agriculteur. Il vient pourtant d’un autre monde, là où l’herbe est moins verte qu’ailleurs. Il a connu le BTP, le béton armé, l’anonymat de la grande ville, la taule. Quand tu mets un doigt dans la ZAD, c’est difficile de résister. Il n’y avait pas grand chose qui me retenait à Paris. Avant, je me sentais étranger partout, je n’avais pas d’attache. Ici, j’ai découvert l’espoir, la force, le collectif. Il y avait pour moi quelque chose à construire. J’y ai rencontré ma compagne et j’ai même eu envie de faire des enfants. Aujourd’hui, le trentenaire en a trois. Ils ont l’air heureux, sourit-il.

L’élevage comme ancrage

Ce métier d’agriculteur, Greg l’a découvert avec l’opération Sème ta ZAD lancée en 2013 pour occuper durablement le territoire. Il commence par cultiver des céréales, s’investit dans les travaux forestiers avec le collectif Abricadabois puis, petit à petit, se constitue un troupeau. Les terres étaient occupées et gérées en commun, tout était pensé ensemble. On était là pour contrer l’individualisme, le chacun pour soi. C’était une tentative politique assez inédite, c’est incroyable que ça ait marché.

En tant qu’agriculteurs, on rend un service à la communauté.

Pendant cinq ans, si tout est complètement hors la loi, rien n’est hors sol. Greg accueille les bêtes qu’on lui donne, les installe sur les parcelles achetées par Vinci aux agriculteurs qui ont préféré vendre que résister. Les animaux n’ont pas de boucle, ne sont enregistrés nulle part, restent dehors toute l’année. Quand il faut manger une bête, l’abattage a lieu directement dans les champs. On tuait de temps en temps une vache au fusil directement dans les prés et puis on faisait la découpe à la ferme. On prenait notre temps, faire mourir un animal ce n’est pas rien. Greg détaille ce rituel qui relie la mort au vivant : il n’y a plus de place pour la mort des bêtes dans notre culture, pour tout l’affect que ça engendre. On improvisait par défaut. Le matin, on faisait du yoga, on se retrouvait tous ensemble, on allait parler à la vache…

À côté de la ferme de Bellevue, le hangar du Grand Troupeau Commun qui accueillera bientôt les vaches nantaises de Greg. ©Thomas Louapre

Dans le droit chemin

Depuis l’abandon du projet d’aéroport en janvier 2018, il faut se remettre dans le sillon de l’administration. L’heure est à désormais aux papiers, aux autorisations officielles, à la régularisation. Le département de Loire-Atlantique est redevenu propriétaire des 895 hectares de terres rachetés à l’État. Des conventions d’occupation temporaires ont été allouées aux agriculteurs zadistes. Valables un an, elles devraient se transformer prochainement en baux de fermage classiques. Les vaches ont été officiellement déclarées et portent désormais de belles boucles à l’oreille.

Grégoire, de son côté, a obtenu le sésame pour s’installer et dispose de trois ans pour valider ses acquis et devenir officiellement agriculteur. Tous les membres de la Bocagère, la coopérative dont il fait partie, se sont fait labelliser en bio. Enfin, grâce à la nouvelle loi Egalim, l’abattage à la ferme de manière expérimentale est possible dans le département. Maintenant que mon activité est régularisée, le gros de mon métier, c’est la paperasse. L’éleveur prend quand même le temps d’aller se poster au milieu de son troupeau pour observer un changement d’attitude ou de comportement. Quand on soigne les animaux à l’homéopathie, il faut bien les connaître.

La production agricole de la ZAD sert notamment à fournir La cagette des terres, un réseau de ravitaillement des luttes du Pays nantais.
Dans la ZAD, 4 exploitations historiques ont résisté au projet, 5 exploitants individuels se sont créés et 2 collectifs ont émergé : Potes de foin et la Bocagère.©Thomas Louapre

Apaisé, enraciné dans un territoire qui est désormais le sien et pour toujours, Greg s’emploie à faire pousser ses chimères. Je ne pense pas qu’il y ait de modèle unique pour l’agriculture. Toutes les personnes qui sont venues dans la ZAD avec des idées préconçues sont reparties avec. Ici, le dogme, ça ne prend pas. Il faut savoir entrer en symbiose avec toutes les facettes du bocage. Le zadiste souhaite porter haut et fort les couleurs agricoles défendues depuis le début de la lutte : être plus nombreux à vivre du travail de la terre, ne pas exploiter la nature mais être en harmonie avec elle et, enfin, chercher une nouvelle façon de vivre de la terre. Si je travaille, c’est pour une œuvre collective, pas juste pour casser ma croûte. Zadiste un jour, zadiste toujours.

4 commentaires

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  1. Cet article est très intéressant! C’est super de connaitre l’après. Bravo à Greg pour son travail et sa persévérance.

    Adeline du blog Mes idées naturelles

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