De la bonne herbe

Gazon maudit : 5 conseils pour le remplacer dans les jardins

Il est vert fluo, souvent tondu au millimètre près, n’accepte aucune espèce de pâquerette ou pissenlit. Le gazon, champion des pesticides et grand ennemi de la biodiversité, mériterait bien d’être remplacé. Vous nous suivez ? Vous verrez, l’herbe est plus écolo à côté.

En France, plus de 8 jardins sur 10 comprennent au moins une petite pelouse. Cumulés, ces espaces gazonnés représentent 640 000 hectares, soit l’équivalent du département de la Drôme, rien que ça ! Que leur reproche-t-on ? D’abord, ils sont à la fois très souvent arrosés, mais aussi alimentés en engrais voire en désherbants sélectifs et en prime, ils sont tondus très régulièrement.

Parlons-en, justement, des tondeuses. On en compte plusieurs dizaines de millions dans les garages et abris de jardins français. Les modèles à essence polluent énormément l’air : jusqu’à 93 fois plus d’émissions de particules par litre d’essence consommé qu’une voiture, selon une étude californienne citée il y a quelques années par le New York Times dans un article au vitriol contre les tondeuses. Les tondeuses électriques et mécaniques sont elles aussi néfastes, puisqu’elles entraînent chaque année des milliers de blessures et que les tontes, trop souvent jetées avec les ordures ménagères, encombrent les déchetteries et finissent incinérées ou enterrées.

Mais la liste des reproches à faire aux pelouses ne s’arrête pas là. À force de la tailler et d’y lutter contre les soi-disant “mauvaises herbes”, la pelouse ne fleurit jamais et demeure quasiment la seule espèce sur son espace. On est très loin d’un écosystème classique où les fleurs, les feuilles et les différentes hauteurs de végétaux constituent des refuges et des ressources pour les oiseaux et les insectes. Pour beaucoup de spécialistes, les pelouses gazonnées de nos jardins n’ont donc pas plus d’intérêt pour la biodiversité qu’un parking et ont même un bilan carbone négatif.

Mais alors, que faire de votre carré de pelouse ? Rien que le fait de vous poser la question est une bonne première étape. La réponse idéale ne sera pas forcément de l’éradiquer entièrement, surtout si vous ne voulez pas vous fâcher avec votre mari Francky qui pratique le yoga pieds nus sur gazon ou avec votre grande fille Domitille qui y joue aux quilles. Voici donc, dans l’ordre, nos cinq conseils et solutions.

Étape 1 : Faites-en moins !

Une pelouse n’a pas forcément à ressembler à un green de golf. Attendez donc que votre gazon dépasse les 10 à 12 cm pour le tondre. Et pas trop ras, de grâce, 6 cm c’est déjà bien bas. En prime, il formera un couvert végétal plus long et donc plus résistant à la chaleur. Même conseil pour les arrosages : moins c’est mieux. Ce n’est pas parce que votre pelouse jaunit en été qu’il faut l’arroser cinq fois par jour. C’est un phénomène normal qui la plupart du temps ne nuit pas à la plante et ne l’empêchera pas de repousser dès que les pluies reviendront. Pire, des arrosages trop fréquents vont décourager l’enracinement de la plante et la rendre dépendante à votre tuyau. Si vous tenez vraiment à asperger, faites-le plutôt en début de matinée ou en fin de journée et préférez des arrosages conséquents et éloignés. Enfin, le simple fait de ne pas arracher ou intoxiquer les herbes venues là sans invitation va permettre à de nombreuses variétés de s’installer, comme le trèfle, le pissenlit, l’oxalis, les plantains, les pâquerettes ou même certaines mousses, champignons. Promis, elles n’envahiront pas une pelouse dont les brins d’herbes sont longs. Les papillons, hérissons et autres mésanges apprécieront.

Étape 2 : Observez, réfléchissez

Les bases sont posées, vous venez de gagner grâce à nous des heures précieuses en réduisant vos arrosages et vos tontes. Profitez-en pour observer et pour réfléchir. Si la pelouse ne tient pas ici ou là, est-ce parce que ce grand arbre qui est à proximité pompe toute l’eau ? Si, oui faut-il la remplacer, et par quoi ? Est-ce plutôt parce que le sol est trop pauvre ? Dans ce cas, vous pourrez le couvrir de vos tontes et feuilles mortes pour l’enrichir en matières organiques. Ou est-ce parce que vous vivez dans une région très chaude et ensoleillée ? Dans ce cas, si vous tenez vraiment au gazon, mieux vaut opter pour des variétés adaptées, comme nous vous l’expliquons plus bas.

Étape 3 : Reconfigurez

Après ce temps de réflexion, vous pouvez bâtir votre plan d’action et, peut-être, choisir de réduire un peu la surface gazonnée de votre terrain. Les solutions sont infinies. Au plus près de votre logement, vous pouvez placer quelques fleurs, en massif ou en pot. Dans un coin dont l’ensoleillement est adapté aux plantes que vous voulez produire (et vice-versa) vous pouvez bien sûr démarrer un petit potager. Dans les parties les plus éloignées, vous pouvez laisser les herbes pousser à leur guise, jusqu’à devenir une sorte de prairie que vous faucherez éventuellement une fois par an. Si vous voulez trouver votre chemin dans ces herbes folles, optez pour la technique des pas japonais. Enfin n’oubliez pas les mares, les haies, les vergers ou les petits tas et collines rocailleuses, qui peuvent occuper chacun seulement quelques mètres carrés. Vous pouvez les concevoir en fonction de leur capacité à accueillir tels ou tels insectes et oiseaux (voyez par exemple ici la démarche de Joseph Chauffrey dans son mini jardin à Rouen).

Étape 4 : Semez, plantez

Une fois le plan établi dans votre tête ou même sur papier, il est temps de mettre les mains dans la terre. Si vous tenez toujours à votre monoculture de gazon, libre à vous, mais choisissez une variété adaptée à votre terroir et à votre climat comme on le disait plus haut. Pour un pelouse plus diversifiée et intéressante, optez pour des espèces locales et indigènes. De nombreuses associations et centres de conservation pourront vous conseiller dans toute la France. On vous invite à vous tourner vers les conservatoires botaniques, les centres régionaux de ressources génétiques et les pépiniéristes qui arborent le logo “Flore locale”. N’hésitez pas, selon votre terroir, à vous renseigner sur les plantes couvre-sol qui ne nécessitent ni taille ni arrosage, comme le lierre ou certains géraniums et sedum. Une étude menée aux États-Unis a montré que les gazons constitués d’espèces indigènes nécessitent beaucoup moins de tontes et d’arrosages et pas de fertilisants.

Étape 5 : Faites-en moins (bis), et laissez faire la nature

Une fois votre intervention – la plus réfléchie possible – opérée, il est temps de reposer votre esprit et vos outils. En effet, plusieurs études menées par un consortium de recherche sur la biodiversité dans les jardins ont montré que plus l’on jardine, plus l’on intervient sur son terrain, plus la biodiversité du milieu tend à décliner. Ce n’est pas facile, mais il faut donc apprendre à ne pas faire grand chose. En prime, cela vous permettra de contempler les rapides et impressionnants progrès de la biodiversité sur votre terrain. Le même consortium confirmait les intérêts du laisser-faire dans une autre étude, qui indiquait que les gazons anciens et riches d’espèces variés peuvent accueillir des centaines d’espèces végétales et animales. Vous pourrez suivre les traces de l’entomologiste britannique Jennifer Owen, qui a inventorié depuis les années 1980 l’ensemble des espèces accueillies dans son jardin de 700 m2, à Leicester. Elle en a tiré un très beau livre, La faune d’un jardin : une étude de trente ans, dans lequel elle raconte comment elle a repéré 2 673 espèces différentes, dont 474 plantes, 1 997 insectes, 138 araignées et cloportes ou 54 espèces d’oiseaux. Votre jardin est un écosystème riche, unique et magnifique, profitez-en !

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Merci à Lygie Harmand pour ses belles illustrations.

3 commentaires

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  1. Bonjour,
    Quelques remarques sur l’introduction de l’article:
    – Les fertilisants bien utilisés et correctement choisis ne sont en rien négatifs pour l’environnement. Il m’apparait même plutôt normal de vouloir enrichir la terre que j’ai appauvri avec mes cultures. Par exemple, un léger apport de composte (et oui, le composte est un fertilisant!) en fin d’automne est tout à fait bénéfique à la faune du sol et permet en outre de recycler des déchets ménager.
    – Si les tondeuses thermiques ont un rendement moteur inférieur à celui des voitures, c’est un peu gros de dire qu’elles « polluent énormément l’air »: il faut garder à l’esprit les échelles de grandeurs. En considérant la durée d’utilisation des voitures et des tondeuses, c’est un comme accuser les mômes qui pissent dans la mer d’être responsable du réchauffement des océans.
    – Si les déchetteries décident d’incinérer les déchets de tontes plutôt que de les composter, j’ai un peu de mal à attribuer la faute aux pelouses. De même si je me blesse en réparant ma tondeuse, j’incriminerai ma maladresse… pas mon gazon.
    Pour le reste, je trouve les conseils donnés très justes. « Observer la nature et en faire le moins possible » devrait être la devise de tout jardiniers.

  2. je suis entièrement d’accord, et je vous propose même d’avoir une nouvelle pelouse tous les automnes, sans effort et gratuitement: dès la mi juin, en condition sèche , ne plus tondre et votre pelouse va monter à graines (environ 25 cm de haut ).Surtout ne pas arroser et la laisser se dessécher complètement. vers la fin août, dès qu’une bonne pluie est annoncée (15-20 mm), tondre juste avant pour répartir les graines sur le sol.
    Celui-ci étant chaud et humide, les graines en surface vont germer. Cela fait une vingtaine d’année que je ne ramasse plus la pelouse et que je pratique le ressemis et j’ai la plus verte pelouse du quartier, sans engrais, sans désherbant.

  3. Bonjour
    J’aurai voulu savoir chez quel éditeur était le livre de Jennifer Owen et où puvait on le trouver .
    Merci

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