On aime, on soutient

Food transition, filmer l’alimentation, croquer les solutions

De toute notre carrière, c’est le projet de film qui nous tient le plus à cœur. Stéphanie Valloatto et Cyrille Blanc, réalisatrice et chef opérateur à la scène, mari et femme à la ville, sont actuellement au four à bois et au moulin à vent : en pleine campagne de financement participatif pour leur documentaire Food Transition et en repérage dans les champs. Nous les avons suivis chez Élise de la ferme des Mions.

 

Est-ce que vous auriez des agricultrices en transition à nous présenter ?, demande Stéphanie qui compte à son actif déjà une dizaine de films engagés. La réalisatrice dessine actuellement les grandes lignes de son scénario qu’elle cherche encore à alimenter. Et comment ! Dans le réseau de la Ruche qui dit Oui ! presque la moitié des producteurs sont des femmes. Dans notre casting d’agricultrices-modèle, Élise Dormion figure en bonne place. Sur 10 hectares de terres familiales, la trentenaire cultive des céréales bio qu’elle transforme d’abord en farine moulue à la meule de pierre puis en pâtes artisanales.

La Ferme se trouve dans la campagne d’Hazebrouck, dans les Flandres, au pays des maisons en briques et de la carbonade flamande. Cyrille et Stéphanie ont quitté très tôt la capitale pour rencontrer la jeune femme. On n’a pas une équipe de production avec accessoiristes et sunlights, s’amuse Cyrille. On aime prendre le temps pour composer avec le temps justement. Ce premier jour du mois de mars, il est plutôt gris avec une bise qui pousse à se réfugier dans la salle à manger d’Élise. La jeune femme nous reçoit un nouveau-né dans les bras. Éloi est né il y a trois semaines. On lui a choisi ce prénom car c’est le saint patron des agriculteurs. Ça va peut-être nous porter chance. Discrètement, Cyrille, qui a sorti sa caméra, signe le dos de sa femme d’un petit cercle pour l’avertir que l’image tourne. La réalisatrice enchaîne alors les questions en laissant le temps à son interlocutrice de réfléchir, répondre, rebondir. C’était vraiment agréable cette discussion, témoignera Élise à la fin de la journée, c’est rare que les journalistes nous laissent le temps de finir nos phrases.

Élise devant son moulin à la meule de pierre. ©Solenne Mutez

Action vérité

Dans leur documentaire qui devrait sortir au cinéma en novembre 2019, le couple breton, fervent lecteur de l’ouvrage de Jane Goodall Nous sommes ce que nous mangeons, souhaite montrer les initiatives positives, en France et aux États-Unis, à tous les niveaux de la chaîne alimentaire. On y verra des agriculteurs, des éleveurs, des médecins, des scientifiques, des chefs cuisiniers, des acteurs de la restauration collective, des citoyens… Ce seront eux les héros de notre film, précise le caméraman. Pendant près d’une heure trente, les deux pays se répondront, présentant leurs atouts pour changer le monde dans l’assiette, en prenant soin des sols, des animaux, de la santé des humains comme de l’environnement,  mais aussi en donnant les clés pour agir.

Notre ligne de conduite c’est le cinéma-vérité à la Jean Rouch.

On aura réussi notre pari si les spectateurs de notre film sentent qu’il est possible de changer le cours des choses, qu’il y a de l’espoir, explique Stéphanie. Mais aussi s’ils se disent que toutes les histoires qu’on leur a présentées sont bien réelles, que ce n’est pas du cinéma. Notre ligne de conduite c’est le cinéma-vérité à la Jean Rouch. Pour capter ce que Cyrille et Stéphanie appellent les instants magiques, les cinéastes ont développé leurs propres règles. Mettre son interlocuteur en confiance, faire oublier la caméra, être patient. Et là tu captes un regard, un sourire, une phrase magnifique, s’enthousiasme Cyrille.

Confiance et confidences

Pour les deux amoureux, Élise est le témoin idéal. La jeune femme n’est en rien impressionnée par la caméra et, entre deux éclats de rire, nous parle de son grand-père, le premier à avoir eu un tracteur dans la région, du temps de gestation des vaches pareil à celui de la pousse d’un grain de blé, de son mari Antoine plutôt conventionnel qu’elle a réussi à convertir à la bio, du camion Mions, véhicule familial qui transporte aussi bien les enfants que les productions de la ferme, de son souhait d’avoir une vie comme tout le monde avec week-ends et vacances – d’ailleurs, elle reprendrait bien le violon , de ce produit chimique raccourcisseur que les agriculteurs pulvérisent sur le blés pour maîtriser leur hauteur, de son optimisme pour l’avenir… Pendant deux heures, les confidences se suivent et ne se ressemblent pas. Stéphanie accueille les témoignages avec bienveillance, sourit, relance parfois avec une question sans jamais juger ni prendre parti.

De son côté, Cyrille, sans un souffle enregistre les images, j’ai finalement tourné en gros plan, c’était très touchant comme ça. Pour lui, la caméra est un prolongement du regard. Lorsque tu filmes des cultures intensives par exemple, tu ne peux en tirer aucune perspective, l’image est souvent une métaphore de nos esprits.

Il est 16 h 30, les images d’Élise sont dans la boîte, le couple s’apprête à reprendre la route pour enchaîner avec un autre rendez-vous à Paris en soirée. Ce soir, ils iront faire un tour dans une autre campagne, celle qu’ils ont lancée sur KissKissBankBank pour financer leur projet.

Élise devant sa machine à pâtes bio et fermières. ©Solenne Mutez

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Food transition a besoin de votre soutien

La Ruche qui dit Oui ! est fière d’être partenaire de ce film documentaire important et vous invite à en faire autant. L’équipe a besoin de financements pour commencer le tournage. Soutenez le projet sur Kisskissbankbank. Tous vos dons comptent, il n’y a pas de minimum, garantit Stéphanie. Bonne nouvelle, il n’y a pas de plafond non plus, conclut pour s’amuser Cyrille. À bon entendeur.

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