Musique botanique

Et la fougère chantait

Vous aimez chanter ? Si vous êtes en quête de nouveaux sons, peut-être aurez-vous envie de pousser la note… avec des plantes ?

Vous avez joué du rock, chanté du jazz, écouté du classique, dansé sur du rap, travaillé au rythme du folk… mais avez-vous déjà entendu parler de la musique des plantes ? Ce 27 mai, leur son doux et cristallin s’élève dans le ciel printanier du Parc Floral de Paris, guidant les pas du visiteur intrigué vers une grande scène où elles se partagent l’espace, en compagnie d’un piano à queue et d’un synthé. Étrange expérience que ce concert proposé par Jean Thoby dans le cadre du premier Festival international de musique émise par les plantes, créé à son initiative.

J’avais hésité entre devenir biologiste, pépiniériste ou musicien. J’ai réussi à mêler les trois.

Déjà à l’origine de conférences sur les cultures bio ou l’adaptation des plantes aux changements climatiques, ce pépiniériste landais s’est intéressé à leurs capacités musicales en rencontrant une équipe de scientifiques italiens, concepteurs d’un drôle d’appareil transformant les ondulations en mélodies. Il s’est alors équipé du fameux boîtier (dont il est également revendeur pour la France) et, depuis, organise régulièrement des concerts botaniques, espérant convaincre le grand public que la plante est bien loin d’être un simple objet de décoration. J’avais hésité entre devenir biologiste, pépiniériste ou musicien. J’ai réussi à mêler les trois, se félicite celui qui se présente désormais comme un musiniériste.

À première vue, l’affaire est toute simple : le boîtier est relié à la plante par deux pinces de connexion, posées l’une sur le feuillage, l’autre sur les racines. L’appareil enregistre ainsi la différence de polarité entre les deux capteurs, qu’il transcode en sons. Et s’il est nécessaire, pour la rendre audible, d’ajouter à cette structure musicale une couleur particulière – contrebasse, orgue, chœur, etc. –, la partition en elle-même est bien celle de la plante, assure le pépiniériste, précisant au passage que plus la plante est ancienne, plus son activité électrique est forte et donc son répertoire intéressant.

Concert à la fougère

Ce jour-là, l’aïeule est une majestueuse fougère, star des concerts botaniques depuis que Jean Thoby les a initiés en 2014. Et pour illustrer la capacité des plantes à s’harmoniser à l’environnement qui les entoure, Laure, jeune chanteuse qui « a sympathisé avec la fougère », rejoint la scène pour un singulier duo avec la filicophyte. Rien de plus naturel pour elle, qui se produit toujours avec cette même fougère et évoque une connexion leur permettant de se répondre l’une l’autre comme deux partenaires bien rodés.

 

 

Sacrément sensibles, les plantes n’offriraient d’ailleurs pas la même partition selon l’atmosphère (réceptivité du public, calme ou agitation) et le profil de la personne présente en cas de face-à-face : elles jouent différemment selon que l’on est musicien, manuel, ou malade par exemple, affirme ainsi Jean Thoby, qui a appris à reconnaître le langage des plantes et ce qu’il exprime de l’homme. Sans pouvoir offrir de validation scientifique, il a même observé des effets thérapeutiques auprès de volontaires que la musique botanique aiderait à se sentir mieux. Et imagine déjà des applications médicales, certain que la plante capte les ondes de la personne et que cette interaction peut être bénéfique aux individus souffrants.

Boîte à musique

L’idée peut sembler folle, elle reçoit toutefois le soutien de quelques scientifiques – notamment Hervé le Bouler, chargé de recherches à la direction scientifique de l’Office national des forêts (ONF), qui accompagne Jean Thoby et sa femme Frédérique dans leurs investigations. En attendant d’éventuelles avancées, ceux qui pourront s’offrir le fameux boîtier capteur de musique des plantes (730 €, disponible à la vente sur le site de Jean et Frédérique Thoby) pourront toujours tester les capacités musicales de leur géranium.

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