Slow devant !

Envie de ralentir ? Traversez la France à pied !

Tout va trop vite. Alors pourquoi ne pas ralentir pendant quelques semaines dès que l’occasion s’en présente ? C’est ce que Pierre Hérant a fait en traversant la France, tente sur le dos et godillots aux pieds, par un itinéraire qu’il vous recommande. Après, c’est certain, rien ne sera plus comme avant.

Devenir un escargot qui prend son temps en portant sa maison sur son dos. ©Pierre Hérant

Mieux vaut tourner sept fois sa langue dans sa bouche

Deux types de cadeaux sont offerts à l’heureux (ou au malheureux) collègue qui part à la retraite : soit un rocking-chair, une tondeuse à gazon, un barbecue ou équivalent, ce qui en dit long sur sa forme physique, soit une planche de surf, un parapente, un GPS de trail ou équivalent, ce qui est plus flatteur. Ouf ! on m’a offert un super sac à dos.

Dans l’euphorie du moment, j’ai prononcé une phrase malheureuse : Avec lui je vais réaliser un vieux projet : partir de mon domicile à Nice, passer dans mon village natal en Touraine et poursuivre jusqu’au Mont-Saint-Michel.

Une fois dégrisé, j’ai pris conscience de l’énormité de la tâche : 1500 kilomètres au bas mot et près de trois mois de marche jour après jour. En contrepartie, partir sans revenir pointer le lundi matin, c’est la possibilité de goûter enfin à la lenteur, de prendre le temps de siroter un café ou une bonne bière, et de faire quelques détours sans regarder sa montre ou son agenda.

©Pierre Hérant

Trouver sa voie

En quittant mon domicile, les premiers kilomètres sont difficiles à parcourir, le sac pèse comme pas possible sur mes épaules et La Manche est encore loin. Cap au nord-ouest d’abord, en suivant les sentiers de grande randonnée GR 5, GR 510, GR 4, et GR 46 jusqu’à l’Indre.

Seul problème, ce sont les mêmes traits de peintures rouge et blanche qui balisent les 60 000 kilomètres de sentiers de grande randonnée partout en France. Attention donc aux bifurcations. Lorsqu’apparaitront des flamands roses, des cigognes ou des vaches landaises, il sera plus que temps de faire le point !

Peu à peu je progresse, remontant la vallée du Var par les crêtes, traversant les gorges du Verdon, surmontant le mont Ventoux, me dépêtrant des autoroutes et des voies TGV de la vallée du Rhône, franchissant les gorges de l’Ardèche, escaladant les montagnes d’Auvergne et réchappant de la Creuse et de l’Indre.

Après Châteauroux, il n’y a plus sur mes cartes qu’un embrouillamini de petites routes et de sentiers de pays. Mais quelques chemins de pèlerinage ont été tracés vers le Mont-Saint-Michel il y a des siècles. Reste à trouver le bon.

Comme des tubes de surf, les tunnels de verdure des chemins creux. ©Pierre Hérant

Point d’étape

Après avoir fait un bon bout de traversée, croisé des vaches par milliers, quelques rares fermiers et quasiment pas de randonneurs, après m’être goinfré de plats du terroir qui valent vraiment le détour, comme les gnocchis à la daube de Villars-sur-Var, la fougasse aux anchois de Castellane, la truffade du Cantal, le fondu creusois et bien d’autres encore, j’ai la confirmation que je tiens plutôt bien le choc

De plus, j’ai maintenant découvert ma mission pour l’avenir : revivifier tous les villages moribonds en détournant les marcheurs des chemins de Compostelle, trop irrigués en pèlerins et en euros, pour les amener ici, sur cette traversée en diagonale, la seule qui vaille.

Ainsi Antoinette, 82 ans, Lucien, 71 ans, Ernestine, 64 ans et bien d’autres septua et octogénaires que j’ai rencontrés, retrouveront leur joie de vivre en concoctant à nouveau leurs spécialités-maison, en vendant leurs miches odorantes sorties d’un authentique four à pain ou encore en taillant une belle part de jambon cru du cochon Ernest qui a eu une belle vie dans le pré derrière la ferme.

Après la traversée de l’Indre, ça ne fait que descendre ou presque. Je tire plein ouest en traversant les étangs de la Brenne, une planète inconnue peuplée d’oiseaux aquatiques, et ouvre bien les yeux car il n’est pas question de rater Le Grand-Pressigny, mon village natal du sud de l’Indre-et-Loire.

©Pierre Hérant

Passeport pour le paradis

A partir de Tours, exit les balises rouges et blanches. J’emprunte le Grand Chemin Montoix, une voie de pèlerinage presqu’oubliée, ce qui me permettra de passer une nuit sur le Mont, dans l’une des cinq cellules de moines de la Maison du pèlerin, avec vue imprenable sur la baie.

Pour cela, je brandis mon credencial dans chaque bistrot, restaurant ou boulangerie en demandant un bon coup de tampon en même temps qu’une petite mousse, une tartine de rillettes bien gratinée ou une boule de pain rustique.

Après 1500 kilomètres de sentiers au travers de 15 départements, au cours desquels j’ai admiré des paysages inoubliables et bivouaqué dans plein d’endroits magnifiques, j’aperçois enfin la silhouette du Mont-Saint-Michel.

Il n’est pas question pour moi d’y arriver par la route. Un vrai pèlerin se doit de traverser la baie. J’apprends ainsi que les sables mouvants ne sont pas une légende.

Quand, crotté, suant et ravi, je franchis les portes des remparts 73 jours après mon départ, j’ai gagné mes galons de Miquelot. Une chambre m’attend à la Maison du pèlerin, le ciel est d’un bleu immaculé sur le Mont-Saint-Michel et l’Archange, en haut de sa flèche, brille comme un soleil.

La dernière balise : objectif en vue ! ©Pierre Hérant

Mes conseils pratiques

J’ai fait cette traversée de la France en 70 jours de marche et 3 jours de repos, du 24 avril au 5 juillet 2017.

J’ai ensuite écrit un récit complet de cette longue marche où chacune des étapes est commentée :  L’autre pèlerinage – À pied par les sentiers, de Nice au Mont-Saint-Michel. Il fournit les coordonnées GPS de tous mes bivouacs et gîtes, de mes coups de cœur, de mes bons plans, des recettes de terroir collectées au passage ainsi que la liste intégrale et le poids au gramme près de mon équipement.

Je n’ai pas organisé les étapes avant mon départ, ne sachant pas précisément où j’allais passer et n’ai jamais réservé de gites plus de deux jours à l’avance.

La tente et le réchaud transportés dans mon sac à dos m’ont permis beaucoup d’improvisation et évité de rechercher chaque soir un nouvel hébergement.

Tout l’itinéraire est modulable.

Bien évidemment, il est très raisonnable de couper le trajet en tronçons et d’en faire un bout à chaque fois que possible, en respectant autant que faire se peut la continuité de la traversée.

37 commentaires

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  1. Bof le lien pour acheter sur Amazon, personnellement, je n’utilise pas, je chercherai le livre ailleurs. Bien à vous

    1. Bonjour Isabelle, merci pour votre message et pour votre intérêt pour « L' »autre » pèlerinage ». J’ai auto-édité ce livre car il est quasi-impossible de trouver un éditeur si l’on n’est pas déjà connu. De ce fait, il n’est malheureusement pas disponible en librairie.
      Je vous suggère de m’adresser un message sur pierreherant.PH@gmail.com et je vous proposerai une solution pour l’envoyer à votre adresse sans que vous passiez par Amazon.
      Très cordialement, Pierre

  2. Bonjour « Marmet » (c’est la seule dénomination qui apparaisse)
    Merci pour votre sympathique réaction à l’article. Je comprends que vous ne vouliez pas passer par Amazon. Merci de m’adresser un message à pierreherant.PH@gmail.com afin que je vous précise en retour comment vous pourrez recevoir le livre à votre adresse sans recourir aux services d’Amazon.
    Très cordialement, Pierre

    1. Bonjour Dom, j’avais emporté le livre de Sylvain Tesson avec moi pour comparer nos impressions respectives sur les quelques étapes du GR 4 et du GR 46 que nous avons faites « ensemble ». Nous nous sommes rencontrés à Entrevaux, séparés au pied du Mont Ventoux, retrouvés un moment dans les gorges de l’Ardèche, revus et perdus de vue à nouveau dans les monts d’Auvergne, rejoints avant Châteauroux et nous nous sommes définitivement séparés (en bons amis 😊) à Châteauroux. Ce fut une belle expérience que de rechercher ainsi sur le terrain les traces d’un de mes auteurs favoris de récits de voyage.
      Très cordialement, Pierre

  3. Merci pour votre commentaire. C’est effectivement le bon moment pour réaliser ce beau projet. Vous envisagez probablement un autre type de traversée, mais les détails que j’ai donnés dans mon livre et dans ses annexes sur l’itinéraire suivi et mon équipement vous serons sans doute utiles.
    Adressez-moi un message sur pierreherant.PH@gmail.com afin d’échanger nos adresses pour l’envoi du livre. A bientôt. Très cordialement, Pierre

  4. Bonjour
    A la retraite depuis 1 mois, j’envisage très sérieusement de réaliser ce genre de voyage itinérant, probablement en me limitant à l’hexagone pour commencer. Les seules hésitations concernent deux points : le tracé, qui ne me vient pas spontanément (il faudrait que je trouve un fil conducteur, mais ça va venir), et la logistique à emporter (autonomie complète ou pas, qui conditionnera le poids du sac).
    Puis-je profiter de ce que vous proposez dans une de vos réponses, à savoir vous adresser le chèque directement ?
    Merci

  5. Quelle belle aventure ! Ça me donne envie de repartir…j ai fait paris-compostelle au printemps dernier et voulais partir à assise cette année mais ce ne sera probablement pas possible à cause d une aponévrosite plantaire qui n est toujours pas guérie…alors l année prochaine j espère !

    1. Merci Chrystelle. Paris-Compostelle, c’est énorme ! J’ai croisé une balise en Lozère qui indiquait Saint-Jacques : 1475 km puis une avant Le Mans indiquant : Saint-Jacques 1655 km via Tours, qui m’ont à chaque fois beaucoup impressionné. Donc un très grand bravo à vous ! Je vous souhaite de guérir rapidement pour pouvoir repartir.
      Très cordialement, Pierre

  6. Bonjour tout est dit dans les commentaires beau parcours le but est important mais c.est le chemin l’essentiel . Au vu de vos publications vous semblez être en condition physique pour entreprendre un tel périple . Bravo les photos sont superbes et les chemins loin des tracés habituels , cela donne envie ….allez un peu d’entraînement et lire votre livre merci

    1. Merci beaucoup Edwige pour votre beau commentaire. Je vous souhaite beaucoup de plaisir à lire ce livre qui vous donnera probablement des fourmis dans les jambes et une très grande envie de marcher sur ce chemin.
      Très cordialement, Pierre.

    1. Merci beaucoup Manu pour votre intérêt pour mon livre. Je vous suggère de m’adresser un message sur pierreherant.PH@gmail.com et je vous proposerai de choisir entre différentes solutions pour vous le procurer. Très cordialement, Pierre

  7. Merci pour votre commentaire et votre question. J’ai effectivement toujours eu dans mon sac le livre « Sur les chemins noirs », afin de comparer mes impressions à celles de Sylvain Tesson sur plusieurs étapes où nous avons « marché ensemble » à presque deux années d’écart.
    Si vous ne voulez pas passer par Amazon, je vous enverrai le livre à l’adresse postale que vous me préciserez sur pierreherant.PH@gmail.com. Je vous répondrai en vous indiquant mon adresse postale, à laquelle vous enverrez un chèque de 9,50 €.
    Très cordialement, Pierre

  8. Ca me plairait bien mais pas de nuit sous la tente, un lit quelque part … et puis 1 ou 2 compagnons de route, et en avant peut-être ?

  9. Magnifique !
    Un seul regret : pourquoi faire pointer le livre sur le site du vilain Amazon ! Tellement en contradiction avec la démarche et la marche aussi…

    1. Merci de votre commentaire, Claire. J’ai eu beaucoup de réticences avant de passer par Amazon mais il est quasi-impossible de se faire publier si l’on n’est pas déjà connu. Sur ce point Amazon apporte un véritable plus en permettant à des personne comme moi d’accéder à un lectorat par l’auto-édition. En fait, la qualité de l’impression est du meilleur niveau qui soit et le prix de vente est fixé par l’auteur ce qui m’a permis de le positionner le plus bas possible pour ce type d’ouvrage broché, afin de privilégier sa diffusion (et peut-être trouver un éditeur).
      Voila, c’était mon argumentaire de vente😊.
      Très cordialement, Pierre

    1. Bonjour Franee. J’ai rencontré sur mon parcours un randonneur qui avait prévu de faire la totalité du GR4 depuis Royan jusqu’à Grasse par portions d’une dizaine de jours chaque année. Il était reparti cette fois-çi d’Aubusson. C’est une bonne façon de faire, qui mérite d’y réfléchir lorsqu’on est dans la vie active.
      Très cordialement, Pierre

  10. Donc, un chemin parallèle, à peu de choses près, aux « chemins noirs » de Sylvain Tesson!
    J’ai hâte de lire votre récit… mais je n’ai pas envie de passer par Amazon.
    Comment faire?

  11. bonjour
    cette aventure donne vraiment envie, mais quel dommage de renvoyer sur Amazon pour commander le livre … il n’y a pas d’autres points de vente ?

    1. Bonjour Elisabeth,
      Merci pour votre commentaire. Je n’ai malheureusement encore trouvé ni éditeur, ni distributeur. Si vous ne voulez pas commander sur Amazon, je peux vous adresser mon ouvrage à un coût de 9,50 € à l’adresse postale que vous m’indiquerez sur pierreherant.PH@gmail.fr. Je vous indiquerai mon adresse pour envoi du chèque en retour.
      Très cordialement, Pierre

  12. Ah mais je n avais pas vu qu’ il y avait les renseignements pour acheter le livre ! Super !
    Bravo et merci encore pour cette bouffée de grand air pur …la photo du petit chemin comme une vague en rouleau est trop belle

    1. Bonjour Mylène,
      Merci pour votre commentaire. J’ai pris la photo du « tube de surf » dans la Mayenne, là où j’ai vu les plus beaux chemins creux de toute ma traversée.
      Je vous invite à visiter ma page auteur sur Amazon (taper Amazon Pierre Herant) et à feuilleter les autres ouvrages que j’ai publiés sur mes treks en Himalaya et au Japon ainsi que le roman « Le Kôan de le Porte Secrète », un Da Vinci Code qui se déroule à Nice et en Provence.
      Très cordialement, Pierre

  13. Félicitations !!!
    Quelle belle marche, quel beau projet réalisé 🙂
    Hâte de découvrir le livre+++
    Merci pour ce partage.

    1. Merci Adeline pour votre commentaire. Puisque vous aimez beaucoup la marche, je vous invite à feuilleter les autres livres que j’ai publiés sur mes treks dans l’Himalaya (le second tome sera édité dans une vingtaine de jours) ainsi que dans les Alpes japonaises et sur le mont Fuji.
      Très cordialement, Pierre

  14. Moi aussi je suis tentée de partir à pieds et traverser la France … Mon problème est de porter car j’ai un dos en vrac … qui a des astuces ???
    en tous cas bravos à vous !!!

    1. Merci pour votre commentaire. J’ai fourni dans mon livre la liste intégrale de mon équipement pesé au gramme près. Cela permet de voir ce qui pèse le plus lourd et qu’il faut éviter d’emmener en trouvant une autre solution.
      Quelques idées :
      – vous pouvez réduire le poids du sac jusqu’à 6 – 7 kg en étant draconien sur votre équipement et en dormant toujours en gîte ou chez l’habitant.
      – vous pouvez tirer une remorque de randonnée à condition de réaliser une traversée ne passant pas par les montagnes.
      – vous pouvez adopter les principes de la marche ultra-légère (MUL) en recherchant sur les sites Internet consacrés à la MUL toutes les astuces de fabrication de sac à dos, tente, réchaud, sas de couchage, etc… ultra légers.
      Je n’évoque pas une traversée avec un âne, même si plusieurs l’ont déjà fait 😊.
      Par ailleurs un sac de grande qualité (le mien était un Osprey antigravity) permet de porter sans fatiguer ni le dos ni les épaules par un appui quasi exclusivement sur les hanches.
      En tout cas, ne renoncez pas avant d’avoir essayé tout cela.
      Très cordialement, Pierre

  15. Bravo ! Ça donne envie. Mon mari sera à la retraite cette année et un projet de ce type mais nettement moins ambitieux naît dans mon esprit.

    1. Bonjour Elisabeth. Merci pour votre commentaire. Si vous le souhaitez, vous pouvez m’écrire sur pierreherant.PH@gmail.com afin d’en discuter.
      Un bon conseil, soyez ambitieux. Ce n’est pas la longueur ni la durée de la marche qui sont difficiles, c’est seulement la décision de partir. Après, plus rien ne vous arrêtera.
      Très cordialement, Pierre

    1. Merci Aurélien. Lorsqu’on rêve d’un projet, la moitié de celui-ci est déjà réalisé.
      Nous avons la chance unique d’habiter un hexagone qu’on peut traverser en partant de n’importe quel point de son contour et en allant tranquillement jusqu’en face. Il y seulement à bien choisir ce point.
      Très cordialement, Pierre

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