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Roule ma frite

J’vous sers un plein de chichis chauds ?

Frites, beignets, churros, chichis, l’été connaît sa valse d’acides gras que le circuit classique des ordures ménagères, à l’instar de notre estomac, ne peut digérer. Sur l’île d’Oléron, l’association Roule ma frite 17 recycle les huiles de friture pour faire tourner les voitures.

©Olivier Cochard

Une navette nommée barquette

Ils s’appellent respectivement José et Renée, souffrent d’ostéoporose et d’une blessure à la cheville due à une chute de vélo et comptent parmi les bénéficiaires directs de la ténacité des 4 salariés de la petite entreprise Roule ma frite 17. Quand on aborde avec eux le sujet du recyclage des huiles végétales usagées qui alimentent le bolide qui les emmène partout, ils ne cachent leur enthousiasme ni leur reconnaissance :

« Quand nous avons la chance d’avoir des enfants ou des petits-enfants, ils ne vivent pas toujours sur l’île. De fait, il n’est pas toujours évident de rester indépendant, d’autant que le supermarché, c’est pas la porte à côté ! Heureusement, nous pouvons compter sur Édouard et sa barquette pour nous emmener, au besoin, jusqu’au marché ou chez le poissonnier !»

La barquette d’Édouard, c’est le camion de la ville de Dolus qui transporte partout travailleurs saisonniers, demandeurs d’emploi, personnes âgées, bénévoles des Restos du cœur. Pour en bénéficier, il suffit d’appeler Édouard, natif de l’île, qui effectue son service civil. Toute la journée, doté d’un sourire affable et d’une ponctualité sans faille, il déplie et replie l’escalier escamotable, soutient les voyageurs le temps de la montée ou de la descente et maintient le lien social.

Des fishs + des chips = du carbu. ©Olivier Cochard

Derrière cette belle idée : Grégory Gendre, ancien cadre chez Greenpeace. Enfant du territoire insulaire et sensibilisé au problème du recyclage, il s’est inspiré d’une initiative allemande (reprise dans un premier temps à Marseille), a fondé l’association Roule ma Frite 17, label de collecte d’huile usagée, voilà maintenant 9 ans. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’île ne manque pas d’huile ! En effet, les touristes friands de friture sont légion sur l’île d’Oléron pendant la haute saison. La population passe aux beaux jours de 20 000 à 200 000 habitants.

Premiers adeptes. ©Olivier Cochard

Le plein d’huile

Francis et Évelyne Lucas, propriétaires du Merluchon, lieu plébiscité de restauration sur le pouce du port de la Cotinière (qui proposent un fish and chips roboratif à la sauce oléronaise à base de pommes de terre locales et de merluchon fraîchement débarqué !) comptent parmi les convaincus de la première heure. « La collecte nous évite, gratuitement ou presque, d’apporter nos huiles usagées en déchetterie ! s’enthousiasment les restaurateurs. Au-delà de l’aspect environnemental (ce déchet et sa combustion dans un moteur ne génèrent aucun gaz) et des économies engendrées (le nettoyage des réseaux d’assainissement coûtait auparavant quelque 10 000 euros à la Communauté de communes), l’action de Roule ma frite se veut également sociale. C’est fabuleux de se dire que l’huile usagée de nos fish and chips permet la circulation d’une navette dédiée au déplacement de personnes âgées isolées et esseulées ! Comment ne pas adhérer à l’idée d’exploiter cette ressource gratuite et dont nous ne savons que faire ? »

©Olivier Cochard
Nous venons encore de franchir une nouvelle étape en établissant un partenariat avec le Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs. On dirait bien qu'après 9 ans d'acharnement, les choses sérieuses commencent. 

Collecter sur les lieux mêmes de gisement les huiles alimentaires usagées, c’est ce à quoi s’emploie chaque jour Romain, qui effectue quotidiennement ses tournées en fourgonnette et transforme méticuleusement ce précieux liquide depuis l’Écopôle de Dolus-d’Oléron, station de filtration financée par la Communauté de communes qui tourne à plein régime. Après avoir collecté les huiles usagées, vient l’étape de la décantation en cuves, processus naturel qui permet de dissocier le dépôt : détritus alimentaires, huiles de palme ou de coco, des huiles de tournesol, colza, olive… Le tout suivant un procédé de filtrage écologique.

©Olivier Cochard
En 2015, ce ne sont pas moins de 50 000 litres d'huile qui ont été collectés en porte à porte auprès d'adhérents professionnels du Pays Marennes Oléron.

Huile sur le feu

Simple comme bonjour de trouver des débouchés aux huiles purifiées ? Oui et non. Difficile de faire son beurre face à la loi de ce nouveau marché ! D’autant que les acteurs de cette juteuse filière n’ont ni le même profil, ni les mêmes desseins.

À juste titre, Romain enrage ainsi à l’encontre des poids lourds de la filière qui achètent l’huile là où son association la récolte sans contrepartie ! « Véolia propreté (filiale de Total) a lancé sa première usine de biodesel à Limay (78) en s’associant au géant producteur Lesieur ! L’huile est ainsi transformée par un procédé chimique de transestérification puis séparée en esther pour carburant et en glycérine. Vendue à des compagnies pétrolières, elle entre pour 7 % dans le gazole fossile. Quota qui permet à la multinationale de bénéficier de «grasses» subventions. Idem pour la chaîne de restaurants McDonald’s qui a plongé dans le bain de ses huiles usagées dès 1999 afin de les commercialiser.»

©Olivier Cochard

Le dispositif originel a tout de même fait des petits (Roule Ma Frite 44, 08, 31, 64, 16, 87 et 22, dernier en date) au point de lui permettre de se structurer en fédération (Résoléo).

Cependant, si les idées pour recycler le liquide doré abondent, en dépit d’une directive européenne favorable, la loi française interdit son utilisation excepté pour les agriculteurs, pêcheurs et collectivités territoriales.

« La réglementation est floue à ce sujet, il existe une sorte de vide juridique entre les lois européennes qui encouragent plutôt la pratique et la loi française qui l’interdit pour des raisons évidentes de fiscalité ! Aussi, tentons-nous patiemment de développer d’autres usages à coup d’amendements, de dérogations, peu ou prou entendus.»

L’huile récupérée alimente aujourd'hui les véhicules de 3 communes d'Oléron, les chariots élévateurs du port, le camion de l'association, ainsi que la fameuse navette de la mairie de Dolus.

«Ceci représente 30 % de l’huile que nous collectons et, faute de repreneurs français, le reste part pour l’Espagne. En effet, il y a quelques mois de cela, une société barcelonaise a manifesté un vif intérêt pour nos huiles transformées. Si transporter l’huile de friture sur des kilomètres est absurde, il nous fallait nécessairement trouver repreneur. On a peine à comprendre que la France ne se décide pas à valoriser cette ressource naturelle de notoriété publique qui se vend aux enchères outre-Atlantique ! » Manquerait-il un peu d’huile dans les rouages de nos politiques publiques ?

10 commentaires

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  1. une possibilité…

    ne rien dire et utiliser ces huiles recycles pour se chauffer, pôur alimenter nos camionnettes, nos autos, produire de l Electricité…

    une maison avec un vieux moteur de 205, quelques échangeurs et on produit elec + chaleur avec très bon rendement et coût / entretien réduit…

  2. Comme à votre habitude c’est un très bel article. Le contenu et le contenant sont parfait, vos sujets sont toujours si intéressants, et si bien écrits ! Merci à vous pour ces informations de qualité 🙂 et longue vie Oui ! Et bravo à ces Hommes qui découvrent chaque jour de nouveau moyen pour préserver notre (encore un peu jolie) planète !!

  3. Bjr,

    juste une petite modif à prendre en compte dans votre article, je travaille dans une filiale de Lesieur et je tiens juste à vous dire qu’il n’y a plus aucune subvention donné pour la production de ce BioDiesel.
    En attendant, cela reste une bonne initiative donc bravo à Oléron.

  4. Bonjour a tous, il existe aussi un « roule ma frite 66 » a Villeneuve de la raho, avec un responsable et des bénévoles très sympas. Voir le site. Bonne journée.

  5. Cet article est intéressant mais comment peut-on dire que la combustion de l’huile ne produit pas de rejet gazeux !? (car il produit forcément du monoxyde de carbonne et du CO2)…

  6. Bonjour Martine,

    Je répondrais dans un premier lieu en soutenant tous nos producteurs et artisans ! Et dans un second temps, l’union faisant la force, peut-être pourrions-nous manifester notre soutien à l’association via une pétition à grande échelle ? Si vous avez d’autres idées, nous sommes preneurs ! Très belle journée.

    1. Est-ce que le ministre actuel de l’écologie n’est pas un adversaire de l’exploitation des énergies fossiles?
      Est-ce que recycler les déchets que nous produisons n’est pas la manière la plus intelligente de produire de l’énergie?
      Vous devriez peut être l’interpeler en créant un pétition de soutien derrière vous sur change.org pour que la loi n’interdise plus l’utilisation courante de ce carburant?

  7. C’est effectivement absurde de ne pas en profiter chez nous et de lui faire faire des kilomètres ! Mais certains hommes d’affaires et hommes politiques en France n’y trouveraient plus les avantages qu’ils ont à nous imposer l’utilisation des carburants « classiques » et surtout surtaxés ! Pauvre France ! Heureusement que certains sont plus responsable. Malheureusement, ces pauvres bougres dont les idées et les pratiques sont les meilleures ont souvent des bâtons dans les roues. Qu’attendons nous pour foncer dans ce genre de pratique et rejeter les dictats qu’on nous imposent !!

    1. C’est Don Quichotte qui se bat contre des moulins å vent.
      Comment aller individuellement à l’encontre de tous ces lobby ?

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