Inspirations des champs

Fraises, quand l’agroécologie porte ses fruits

Dans l’assiette, difficile de faire plus consensuel que la fraise, dès les premiers beaux jours, elle est dans toutes les bouches. Dans les champs, elle divise davantage. Si beaucoup la cultivent hors-sol et hors saison, d’irréductibles agriculteurs choisissent une voie plus écologique.

Cédric Duthoit est une star dans son fief, Nomain, petit bled du nord de la France. Sa ferme de polyculture (céréales, tomates, courgettes, fraises, …) est située dans une voie sans issue d’un coin paumé et pourtant il y a toujours du monde. Ses clients font parfois des dizaines de kilomètres pour venir acheter ses fraises. Côté débouché, il fournit ses clients fidèles et ça lui suffit. Produire plus et embaucher, c’est pas son truc à Cédric. Il préfère privilégier la qualité pour fidéliser son public. Son truc ? L’agroécologie. Cela fait d’ailleurs plusieurs saisons consécutives qu’il n’a pas eu recours une seule fois aux pesticides ou aux insecticides. Une question de chance ? Pas vraiment, plutôt le respect de règles bien établies dont il serait périlleux de déroger. Cédric explique…

La fraise est le fruit préféré des Français : 67,3 % des Français la citent comme leur fruit préféré (devant la cerise), mais 58 % se trompent sur sa pleine saison, selon un sondage réalisé pour le magazine LSA.

Règle n° 1 : ton champ tu ne quitteras pas

Cultiver des fraises en agroécologie exige une attention de tous les instants pour détecter le départ d’une maladie ou l’arrivée d’une colonie d’insectes et pouvoir neutraliser tout ce petit monde naturellement. C’est évidemment plus facile quand vous n’avez qu’une petite parcelle de fraises et que vous pouvez y consacrer pas mal de temps. Chaque jour, je dois parcourir et inspecter chaque tunnel, chaque rang pour détecter le moindre problème. La maladie en agriculture, c’est comme un départ d’incendie. S’il est pris à temps ou trop tard, ça change tout. Je m’intéresse aussi de près aux technologies appliquées à l’agriculture. Avec des capteurs ou un drone, je détecterai encore plus tôt qu’aujourd’hui le moindre problème ou besoin de la plante et pourrai agir mieux et plus vite. Le « traitement numérique » (big data – smartfarming) plutôt que le « traitement chimique » ? Cela pourrait bien être l’agriculture de demain.

Règle n° 2 : les cultures tu alterneras

Chaque année je change de parcelle pour cultiver mes fraises. La racine du fraisier met 5 ans pour se décomposer. Il faut laisser le temps à la terre de retrouver la fertilité la plus propice à une nouvelle culture de fraises. J’attends donc 7 ans pour remettre des fruits sur une parcelle où j’en ai déjà cultivé. Je pratique la rotation avec d’autres cultures pour ne pas épuiser ma terre. J’ai conscience qu’elle est mon premier capital.

La fraise est aussi l'un des fruits réputé le plus traité, car l'agriculture intensive doit répondre aux volumes considérables et aux prix bas négociés par la grande distribution qui représente à elle seule plus de 60% des ventes.

Règle n° 3 : dans des cages à lapin tu ne les rangeras pas

Quand certains essayent de produire le maximum de fraises possible sur un minimum de terres, je pratique à peu près l’inverse. Je cherche surtout à laisser l’espace suffisant à la plante pour se développer, limiter la contamination et le développement des maladies. Et puis, c’est agréable de travailler confortablement dans mes serres.

Règle n° 4 : du soleil tu te méfieras

L’ami et l’ennemi de la fraise : c’est la chaleur. Il lui en faut pour qu’elle pousse et qu’elle mûrisse mais une chaleur excessive nuit à sa qualité. Je dois donc cueillir le matin avant que les fraises mûres ne prennent un coup de chaud, deviennent molles et se conservent très mal. C’est la raison pour laquelle je cultive aussi sous de petits tunnels très faciles à ventiler. En étant tout seul sur l’exploitation, je peux cueillir l’après-midi sans que les fraises n’aient souffert de la chaleur.

Règle n° 5 : la diversité tu apprécieras

Depuis plusieurs années, je cultive plusieurs variétés qui produisent d’excellents résultats dans notre région. En fraises de pleine saison, c’est la « Darselect » et la « Dream » dont je suis très satisfait. En fraises tardives (fraisier remontant), c’est la « Cijosée » qui me permet d’avoir une petite production étalée entre la mi-juin et la mi-octobre quand la météo dans le Nord est propice.

Règle n° 6 : avec ton chien tu travailleras

Ça ne fait pas pousser mes fraises plus vite, ça ne les rend a priori pas meilleures non plus. Mais moi, ça me plait. J’adore travailler avec mon chien Laïka, même s’il me fait perdre un peu de temps parfois. Et allez savoir ? C’est peut-être ce plaisir que je prends à cultiver mes fraises avec mon chien qui les rend si bonnes. Tout simplement.

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