Mon petit pottok

Chevaux au vent

Petits chevaux postés sur la montagne basque, les pottoks font bien plus qu’animer la carte postale. Héritages du paléolithique, ils entretiennent la tradition et la montagne.

©Manon Nougier

Voilà une heure que l’on marche sur la crête du massif de Baigura dans l’arrière Pays basque. Il est encore tôt, la montagne est à nous. Pas une habitation à l’horizon, juste quelques vautours qui profitent du vent pour s’élever toujours plus haut. 

Sous une lumière divine et un vent qui l’est beaucoup moins, Didier Dublanc, éleveur de pottoks, cavale devant, le pas sûr malgré un récent accident de voiture qui aurait pu l’empêcher à jamais de marcher. Arrivé au col, il disparaît dans les broussailles. On attend. On entend. D’abord un tintement de cloche qui monte de la vallée, puis une polyphonie plus pressante signalant l’arrivée d’une dizaine de pottoks. Dans ce massif, j’ai quinze femelles et un étalon, précise l’éleveur qui possède en tout une cinquantaine de têtes. Les autres sont dans la Soule, vous savez, là où les gens sont un peu comme ça, mime-t-il en tapant son bâton sur la roche dure.

©Manon Nougier
15 chevaux pour 15 hectares, le terrain de jeu du troupeau est impressionnant.

Liberté

Désormais regroupés, les chevaux basques, toisant péniblement les 1,30 mètres au garrot, commencent leur ballet aérien. Leurs robes noires, pie, baie ou alezan tournoient, leurs crinières s’ébouriffent, certains se couchent sur le dos, d’autres se mettent à courir. Ce sont des animaux libres mais pas sauvages, explique l’éleveur qui pour les faire monter leur a donné quelques friandises équines. L’hiver, il leur rend d’ailleurs visite tous les jours, pour voir si tout se passe bien. Très rustique, le pottok ne craint ni la pluie ni le vent. Dès les premiers froids, sa fourrure s’épaissit. Mais à la mauvaise saison je leur apporte des boules de foin. Didier rappelle qu’il leur administre les vaccins obligatoires, les vermifuges si besoin. Il leur a aussi mis des cloches pour les retrouver dans le brouillard. Sur leur croupe, le “D” de Didier marqué au fer rouge rappelle leur état de semi-liberté.

©Manon Nougier

Passion

L’élevage de pottoks, je n’en vis pas du tout, explique celui qui est aussi président de la race Pottok, une association créée en 1970 pour préserver et promouvoir celle-ci. C’est une pure passion. Dans la vie, je suis chauffeur-bétailleur pour les entreprises Bertrand. Dans les montagnes, personne ne semble d’ailleurs pouvoir vivre de l’élevage des ces petits chevaux qui font le charme de la région et le bonheur des centres équestres. 

Dans le lourd, ils ont commencé l’insémination artificielle, moi ça ne me plaît pas. Ici, tout est naturel.

Sur les 3800 hectares de la montagne de Baigura, les derniers comptages en râteau ont dénombré 700 chevaux. Il est impossible d’obtenir le nombre exact, précise Didier. La plupart des chevaux ne sont pas déclarés, les papiers officiels coûtent trop chers. En tous cas, les bêtes qui partent en Espagne, elles finissent toujours couchées. Là-bas, de l’autre côté de la frontière, la viande de pottok est très prisée, le saucisson de poney fait fureur. En France, ce n’est pas envisageable, on a une relation presque domestique au cheval. Personne ne veut en manger.

Héritage

Dans ces zones de moyenne montagne, l’élevage de pottoks est tout sauf décoratif. Dehors 365 jours par an, les chevaux se nourrissent d’herbe, d’ajoncs, de glands et de châtaignes, et maintiennent les paysages ouverts qui se verraient recouverts de forêt sans pâturage. Régulièrement, on pratique aussi l’écobuage, l’entretien par le feu, précise Didier, même si ce n’est pas toujours du goût des naturalistes. Nettoyeurs d’espaces naturels, les pottoks ont aussi un intérêt patrimonial, étant installés au Pays basque depuis des millénaires. Si la morphologie du pottok a évolué avec les conditions écologiques et historiques, personne ne conteste que le pottok, après tant d’années accroché aux montagnes du Pays basque, constitue une race primitive locale, peut-on lire sur le site officiel de celle-ci.

Le site raconte également comment au XIXe siècle l’animal était utilisé dans les mines de la région. Comment il fut un convoyeur sûr de la contrebande entre la France et l’Espagne. Aujourd’hui, chaque pottok a son propriétaire et il est de tradition chez les éleveurs de donner au petit enfant une pouliche, qui procurera par la suite un petit pécule.

©Manon Nougier

Pour maintenir la tradition, l’association qui fêtera ses 50 ans en 2020, s’emploie à promouvoir la race, à arpenter les salons, à représenter les éleveurs. On présente chaque année un pottok au salon de l’agriculture, raconte Didier. En attendant, l’éleveur s’inquiète de la transmission de ce métier-passion. Dans le massif de Baigura, ils ne sont que trois éleveurs jeunes, les autres sont proches de la retraite. Si on ne fait rien, dans peu de temps, ce seront les éleveurs de pottoks qui seront menacés, conclut Didier.

 

3 commentaires

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  1. Chouette article comme toujours dans ce magazine! Tant de métiers-passion dont on ne peut pas vivre…

    Pour autant je m’étonne de la présence des glands dans l’alimentation des pottocks dans la mesure où ce « fruit » est mortel pour les chevaux.

    1. On a toujours donné des glands aux chevaux dans ma famille et ils se portent très bien ! Ils ne se privent pas pour manger tous seuls ceux qui tombent au pied des chênes d’ailleurs.

  2. C’est toujours un plaisir de rencontrer ces petits chevaux au détour d’une route de montagne ! un jour, nous avons du nous arrêter, il y en avait 5 ou 6 sur la route qui ne semblaient pas vouloir bouger, et l’un d’eux, plus curieux que les autres est venu passer la tête par la fenêtre de la voiture, et a inspecté l’intérieur. C’est un excellent souvenir !

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