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Floraisons multiples

Carquefou, royaume du camélia

40 000 variétés pour 252 espèces, c’est la diversité de camélias qui existe dans le monde. En France, l’une des plus grandes collections se situe au nord de Nantes, sur les coteaux de l’Erdre. Laissez-nous vous entraîner dans le monde éclatant de cette plante dont les rouges colorent joyeusement la fin de l’hiver.

Quentin prépare un Camélia qui vient d’être sorti de terre pour expédition chez un client. © Thomas Louapre

Des camélias par centaines aurait pu chanter Claude François, s’il était venu visiter les champs des pépinières du Val d’Erdre, à Carquefou. Sur ces 20 hectares de collines surplombant les lacets de l’Erdre avant qu’il ne se jette dans la Loire, Quentin, salarié de la pépinière, entretient avec amour plus de 600 variétés de camélias. En ce début mars, les variétés à floraison hivernale Sassenka sont encore en fleurs, alors que les boutons des variétés printanières Japonica commencent à s’ouvrir. C’est un vrai feu d’artifice de fleurs aux nuances de rouge, de blanc, voire des deux couleurs entremêlées. Certaines sont petites et affichent fièrement leurs étamines jaunes en leur cœur quand d’autres, à fleurs doubles, n’offrent que pétales en tous sens au regard du visiteur. Quelle est la préférée de Quentin ? Toutes, répond-t-il avec un sourire.

Julien et Quentin au milieu de la collection de camélias qui n’a rien à envier en termes de floraison à la rangée de magnolias juste derrière. © Thomas Louapre

La diversité ne s’arrête pas aux fleurs. Certains camélias s’ornent d’une grande feuille sombre classique, d’autres de petites feuilles vert clair. En déambulant dans les rangées, on se trouve parfois face à des géants de plusieurs mètres de haut et de large alors que d’autres variétés ne dépasseront jamais le stade de buisson. L’une des curiosités, ce sont ces camélias à feuilles fourchues : Ils sont magnifiques mais nous ne les multiplions pas car ils ne se vendraient pas vu leur allure étrange, constate Julien Auray dont la famille dirige la pépinière.

Julien s’interdit de vendre certains camélias remarquables pour les garder dans la collection, comme ce rouge et ce blanc qu’un salarié de la pépinière est entrain d’observer. © Thomas Louapre

Il s’arrête un peu plus loin devant un camélia qui semble n’avoir que de belles fleurs épanouies, sans aucune fanées. Et pour cause, ces dernières sont déjà toutes tombées au sol. On appelle ça un camélia autonettoyant. C’est quelque chose d’intéressant pour les variétés recherchées actuellement qui permettrait au consommateur d’avoir toujours un bel arbre sans fleurs fanées, confie Julien Auray. C’est son père qui a racheté cette collection de 600 camélias aux pépinières Thoby voisines lorsqu’elles ont déménagé. D’ailleurs certaines variétés se prénomment Thoby en référence à leur créateur.

Nous allons visiter les jardins de passionnés à la recherche de variétés originales ou de fleurs que nous n’avons jamais vues.
Les fleurs doubles ne laissent pas apparaître leurs étamines. © Thomas Louapre

Bretagne, terre de bruyère

Aujourd’hui, les pépinières du Val d’Erdre ne font plus de création. Nous entretenons la collection et nous bouturons les camélias qui nous intéressent, précise Julien Auray. Pour trouver des créateurs de camélias, il faut faire quelques centaines de kilomètres vers l’Ouest. C’est dans le nord du Finistère que les pépinières Roué cherchent inlassablement des nouvelles couleurs et des nouvelles formes pour les camélias de demain. Le climat de la Bretagne convient particulièrement aux plantes de terres de bruyères dont fait partie le camélia.

Nous sommes en relation avec des passionnés qui font des semis depuis quarante ans. Nous allons visiter leurs jardins à la recherche de variétés originales ou de fleurs que nous n’avons jamais vues. Ensuite, nous les multiplions et nous les observons sur plusieurs années avant de décider de les mettre en vente ou non, selon leur rusticité ou leur capacité à faire des belles fleurs par exemple, explique Thomas Roué, qui dirige, avec son frère Olivier, la pépinière fondée par leurs parents.

La taille des camélias n’est pas compliquée. Ils peuvent être menés en arbre, en haie ou en buisson comme ici. © Thomas Louapre

Actuellement, le spécialiste breton du camélia mise sur la variété hybride Transnokoensis qui est très florifère avec des petites feuilles d’un vert léger et des fleurs simples à étamines jaunes avec un vrai parfum, décrit Thomas Roué. Il est également sur la piste d’un camélia chinois de la région de Canton avec une floraison estivale. Le pépiniériste explique à ce sujet que c’est de Chine que sont arrivés les premiers camélias européens. Les Anglais ont découvert le thé là-bas et ont demandé aux chinois de leur envoyer des plants. Les Chinois n’ont pas voulu et leur ont envoyé des plants de camélia ornementaux à la place. Les Anglais étaient furieux, raconte Thomas Roué.

À chaque fois, c’est un pari sur l’avenir car il faut entre cinq et dix ans entre la bouture et la mise en commercialisation. Actuellement nous vendons les résultats des recherches de mon père et nos boutures actuelles serviront sans doute à la génération suivante, s’amuse-t-il. Mais ce travail de longue haleine a aussi un avantage. Il a permis au camélia de garder ce statut de fleur de passionné, là où la sélection des rosiers ou des bruyères est maintenant accaparée par de grands groupes horticoles. Les plantes, brevetées, sont reproduites en interne, sans l’aide de particuliers.

Pour retirer les camélias du sol, Quentin utilise une machine qui prélève la terre sans toucher aux racines. © Thomas Louapre

Une plante qui se plaît en mi-ombre

Pour replanter un camélia dans son jardin, la meilleure période se situe en octobre et novembre. Le pépiniériste affirme que de septembre à avril cela peut également fonctionner. Tout dépend des régions. En Bretagne, on peut presque tout se permettre. Mais il vaut quand même mieux éviter la période chaude à partir de mai et jusqu’à début septembre, précise-t-il. De la même manière, il estime pouvoir planter un camélia en plein soleil dans le Finistère. Mais à partir de l’Île-et-vilaine et de la Loire-Atlantique, il peut y avoir des coups de chaleur importants. Il vaut mieux privilégier un emplacement lumineux mais sans soleil direct l’été entre 11 h et 16 h, préconise-t-il.

Pour un sol accueillant, Julien Auray conseille de réaliser un apport de terre de bruyère avant de replanter le camélia. Je connais des passionnés qui ont réussi à mettre des plants en plein soleil grâce à un sol optimal, témoigne-t-il. Pour l’entretien annuel, Thomas Roué donne son astuce : Il faut accumuler 40 cm de feuilles mortes au pied de l’arbre. Cela permet d’apporter tous les nutriments dont il a besoin et ainsi la terre reste fraîche et humide. C’est excellent pour le camélia, insiste-t-il

© Thomas Louapre

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Pour aller plus loin :

Pour prendre les devants sur les commentaires qui apparaîtront certainement après la lecture de cet article : les pépinières Roué et du Val d’Erdre font de la vente aux particuliers, même si leur public principal reste les professionnels du paysage. Les premiers sont spécialistes de jeunes camélias en pot alors que les second ont, comme vous l’aurez bien compris, une large gamme d’arbres en plein terre. Vous les retrouverez sur www.inmyfrenchgarden.com pour les pépinières Roué et sur www.la-maison-du-camelia.fr qui est le site partenaire des pépinières du Val d’Erdre. Et pour ceux qui voudraient aller plus loin, on ne peut que vous conseiller le livre Camélias : Choisir et cultiver les meilleures variétés que Thomas a écrit avec son frère Olivier.

3 commentaires

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  1. Frédérique THOBY a ramené de Nantes des camélias et les a plantés à Gaujacq dans les Landes. C’est aujourd’hui la plus grande collection de camélias d’Europe.

  2. Bonjour,le camélia sasanqua s’écrit sans K et fleurit en automne, non en hiver comme les autres. Il est un des rares à sentir bon 🙂

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