Président qu'est-ce qu'on mange ?

Benoît Hamon : Finistère doux-amer

Les élections présidentielles approchent à grands pas. Pour l’occasion, Oui ! le magazine passe les programmes agricoles des prétendants à la fonction suprême à la moulinette. Alors, Président, qu’est-ce qu’on mange ? Après le châtelain de Sablé-sur-Sarthe, après le champion tonitruant de l’agriculture paysanne, après le grand prophète du ni-ni, c’est au tour du très discret de Benoît Hamon de passer à la moulinette. Allez, qui roule bamboule, qui fournit suit !

Photo Witt/Sipa

Avant que vous ne posiez la question : oui, il y a bien un Grenelle de l’Alimentation de prévu dans le programme agriculture de Benoît Hamon. Voilà, c’est dit, on n’en parle plus.

Quoi d’autre ? Alors, déjà, quand même :

L’alimentation n’est pas une simple marchandise.

Eh oui ! Benny légalise le cannabis ! La distribution serait dorénavant encadrée par l’État. En vrai, ça, on le trouve dans le volet Santé du projet socialiste, mais si notre beau terroir français devait se couvrir d’hectares de chanvre indien à l’image de l’état du Colorado, cela aurait tout de même quelques conséquences en matière d’agriculture, non ?

Gageons qu’une telle mesure ne manquera pas de susciter de nombreuses vocations d’agriculteurs dans les rangs de la jeunesse française, qui pourra désormais consommer sa propre production de skunk bio affalée sur son canapé en attendant tranquillement que tombe son revenu universel du mois. Un peu comme si le pire cauchemar de Laurent Wauquiez devenait réalité (Laurent, si tu nous lis, rassure-toi, aux dernières nouvelles, Benoît est à 8% dans les sondages, donc le « cancer de l’assistanat » ne risque pas trop de partir en métastases).

À part ça, quelle est la vision du candidat du Parti Socialiste qui plaide pour un contrat alimentaire durable et solidaire avec nos agriculteurs ? En quelques mots : « L’ alimentation n’est pas une simple marchandise. »

Chez Fillon, le problème de l’agriculture, c’est la com-pé-ti-ti-vi-té. Pour Mélenchon, manger, c’est une affaire de souveraineté. Pour Macron, ça dépend, un peu des deux (mais le réel lui-même n’est-il pas intrinsèquement contradictoire ? Vous avez quatre heures !). Chez Hamon, donc, la graille, c’est un peu une marchandise, mais pas comme les autres. Eh oui, tout est affaire de nuance, que voulez-vous.

Alors, avec Benoît, on en finit avec l’agriculture intensive, mais gentiment, tranquillement, à la cool, quoi. Peace.

Recette de la semaine : Benny’s space cake de transition aux pépites de chocolat équitable bio AOP.

Prenez une belle botte de paysans, épluchez une partie de la pénibilité et râpez quelques copeaux de Revenu Universel d’Existence

Benoît, il en est persuadé : le travail, c’est pas toujours une partie de plaisir. Et de toute façon, il y en a de moins en moins, et même quand il y en a, il est de plus en plus intermittent, alors bon…

Du coup, il sort l’artillerie lourde : le Revenu Universel d’Existence. Des sous, pour tout le monde, sans condition. La fête, quoi. Enfin, pas tout de suite. Dans un premier temps, dès le premier janvier 2018, une version light du revenu universel d’existence entrerait en vigueur : les actifs qui gagnent moins de 2 200 euros par mois verraient leurs revenus automatiquement augmentés.

Comment ? On ne va pas rentrer dans les détails, mais les agriculteurs, dont on rappelle tout de même que 30% gagnent moins de 354 euros par mois (!), sont parmi les premiers visés par la mesure. Concrètement, selon les chiffres mis en avant par le candidat socialiste (voir le programme, page 9), pour un agriculteur qui gagne aujourd’hui la moitié du SMIC (c’est-à-dire 576 euros/mois), la fiche de paie afficherait désormais 938 euros.

Hamon, il n’est donc pas très « valeur travail ». Au contraire, il insiste même plutôt sur les souffrances liées à certains métiers, en fait (avec la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle, notamment). Chochotte va. Sauf qu’avec un agriculteur qui se suicide tous les deux jours en France, il doit quand même y avoir un pépin quelque part. Benny propose donc de reconnaître la pénibilité de la profession d’agriculteur, et de moduler l’âge de la retraite en conséquence ainsi que le niveau des pensions.

Photo Ouest France

Enfin, on retrouve le couplet de rigueur sur la nécessité de rééquilibrer le pouvoir de négociation des producteurs face à la grande distribution (ça, c’est à peu près dans tous les programmes que nous avons passés en revue jusqu’alors, en version plus ou moins édulcorée). Ici, on va jusqu’à rétablir le coefficient multiplicateur, comme chez Mélenchon.

Faites fondre quelques accords internationaux dans une poêle, et faites revenir quelques belles têtes d’exception agricole dedans

Pour Hamon, on l’a déjà dit, l’agriculture n’est pas un secteur économique comme les autres. Il propose de créer une « exception agriculturelle », sur le modèle de l’exception culturelle.

D’accord, mais ça veut dire quoi ? Qu’on sort l’agriculture du champs de compétences de l’OMC, pour lui substituer une toute nouvelle Organisation Mondiale de l’Agriculture et démocratiser la gouvernance alimentaire mondiale. Sympa, mais ça va faire pas mal de pays qui aiment bien le libre-échange à convaincre des vertus de l’exception agriculturelle à la française. Mais ça, c’est une broutille, pas vrai Benny ?

Pendant qu’on y est, bye bye les traités de libre-échange en cours de négociation (CETA, TTIP, etc.) ! Enfin, idéalement, hein, mais « a minima négocier à Bruxelles l’exclusion des filières agricoles françaises sensibles des négociations commerciales en cours » (Pour un contrat écologique et social avec nos agriculteurs, mesure 1).

Au niveau européen, également, on interdit les importations de denrées agricoles qui ne respectent pas les mêmes règles sanitaires, sociales et environnementales, et on milite pour la convergence des normes au sein de l’Union la refonte du cadre législatif européen.

Et pour la route : Benny exige – ça ne rigole plus, là – que les autorités européennes de la concurrence interdisent la fusion Bayer-Monsanto. C’est l’Allemagne qui va être contente !

Dans une casserole séparée, préparez votre pâte de transition agricole : ajoutez-y vos pétales d’agro-écologie, et remuez à feu doux

Hamon et Mélenchon partagent un même constat : le modèle d’agriculture intensive est à bout de souffle. En revanche, leurs visions respectives de la transition agricole diffèrent sensiblement. En gros, Hamon, c’est du Mélenchon en moins offensif. Il ne planifie pas le processus de transition de A à Z, il se contente plutôt de l’amorcer. Au lieu d’interdire purement et simplement les projets de fermes-usines, il veut remettre en cause le monopole de l’agro-industrie. La destination est la même – une agriculture paysanne, créatrice d’emplois et respectueuse de l’environnement – mais on y va à un rythme plus pépère.

Bref, la transformation du modèle agricole à la sauce Hamon, on la devine plus progressive, et aussi plus consensuelle (forcément, il y a un Grenelle !). Les aides de la PAC seraient donc redéployées vers les exploitations de petite ou moyenne taille ou éloignées du modèle productiviste (ce qui laisse tout de même une assez large marge d’interprétation !). À l’échelon national, le projet se contente d’évoquer des « soutiens majorés » à l’installation pour les projets d’agriculture bio et/ou agroécologique.

Et en vrac : interdiction des perturbateurs endocriniens et des antibiotiques préventifs dans l’élevage, remplacement progressif des pesticides et réorientation de la recherche agronomique publique sur les solutions alternatives, reconnaissance de droits fondamentaux aux animaux et expérimentations sur les abattoirs mobiles… On ne va pas vous faire tout le catalogue : il y en a pour 14 pages !

Versez la préparation dans un moule de nouvelles habitudes alimentaires, et laissez cuire quelques années

On touche au but. Pour Hamon, il faut lier le fait agricole au fait alimentaire. Kezako ? En langage normal, ça veut dire que c’est très bien de produire des bonnes choses à manger, mais encore faut-il qu’il y ait en face des gens qui puissent se les payer (et en aient envie). Fallait y penser. Un cador le Benoît ! Bien sûr, pour renouer le dialogue entre consommateurs et producteurs, il y a le passage obligé du Grenelle, mais aussi une promotion de l’agriculture péri-urbaine.

Au-delà, trois mesures à retenir : un objectif de 50% de bio dans la restauration collective publique à horizon 5 ans (à équidistance entre Macron et Mélenchon, donc), un taux de TVA réduit sur les produits bio et la création de bons d’achat (« Aide Personnalisée à l’Alimentation ») pour que les plus modestes puissent acheter des produits issus de l’agriculture biologique ou locale (les plus sagaces d’entre vous se souviendront que Fillon propose une mesure analogue).

Pas un cas facile, Benoît Hamon. Les proximités avec le programme du candidat de la France Insoumise sont indéniables. La vision du modèle agricole de demain est à peu de choses près identique (et avant que les fanboys ne débarquent en nombre : je me fous de savoir qui a copié sur qui. C’est l’élection présidentielle, pas le brevet des collèges !) : une agriculture respectueuse des consommateurs, des paysans et de l’environnement. On est loin, très loin, d’un Fillon dont le programme ne consiste après tout qu’à sauver le modèle productiviste coûte que coûte, ou même d’un Macron et des ses ambiguïtés libre-échangistes.

Sur le fond, il y a tout de même des nuances importantes, notamment concernant le futur du travail, y compris agricole (revenu universel contre création d’emplois salariés par l’investissement dans les secteurs d’avenir). Mais les deux candidats de la gauche s’opposent surtout sur la manière. Chez Benny, on ne met pas à mort le modèle d’agriculture intensive du jour au lendemain, on cesse simplement de le subventionner, et on investit peu à peu dans les solutions alternatives. Bref : une transition conciliante, à la fraîche, avec Grenelle et tout le tintouin. Certains trouveront ça raisonnable et consensuel. D’autres trouveront que c’est bien mou, tout ça, et que l’urgence écologique exige davantage de poigne. À vous de voir !

Verdict : un gâteau plutôt pas mal exécuté. Le problème, c’est que le temps de cuisson est un peu long, et que les amateurs de transition agricole à la mode Méluche trouveront qu’il lui manque un je-ne-sais-quoi de fermeté sous la dent. À consommer de préférence avant le deuxième tour, parce qu’après, il risque de ne plus y en avoir !

 

Un commentaire

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  1. Sauf que melenchon est ecolo parce-que c’est bien et hamon parce-qu il est vraiment convaincu. Et il réforme aussi l école vers les pédagogies bienveillantes et nos enfants ça compte. Tout ça dans l Europe et ça ça compte aussi.
    Donc pour moi et mes convictions pas de doute et pour une fois je vais voter pour un projet qui me convainc vraiment et ça ça fait du bien. Sait on jamais on sera peut-être nombreux à faire de même. Si tous les indécis se décident on met une claque aux sondages.

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