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Les herbes folles du Grand Paris

Au parc des Lilas, Nathalie Lévy, guide nature du Grand Paris, nous emmène à la découverte des plantes urbaines mais non moins sauvages ! Celles que l’on nomme injustement mauvaises herbes peuvent se révéler trésors gustatifs, pernicieux poisons, ou puissants remèdes.

 

Textes et photos : Julie Subiry

Il avait un joli nom mon guide… Nathalie. Et surtout une solide connaissance des plantes et du paysage. Cette Parisienne a hérité son amour pour la nature de son grand-père ingénieur agronome. Habiter la capitale ne freine pas son envie de découvertes. Après des études d’horticulture et une carrière de paysagiste, elle se forme au Collège Pratique d’Ethnobotanique auprès de François Couplan pour parfaire sa connaissance des plantes et développer une certaine forme de compréhension du monde. Depuis, elle partage son savoir, en organisant visites et balades autour des plantes en milieu urbain.

Le parc des Lilas, situé à Vitry, est accessible en transports en commun. Il est classé espace naturel sensible depuis 1990 et offre 96 hectares de biodiversité non constructibles. Autrefois, c’était une zone horticole et maraîchère. On y faisait pousser du lilas en toute saison. Aujourd’hui, l’association Planète Lilas cultive encore quelques parcelles pour proposer légumes de saison et ateliers de sensibilisation aux habitants du quartier.

Dans la famille des ombellifères, je voudrais… la carotte sauvage. Attention de ne pas la confondre avec la grande cigüe, bien connue pour avoir terrassé le pauvre Socrate ! Pour les différencier, on utilise nos sens… Tandis que la cigüe dégage une odeur désagréable, la carotte sauvage sent bon. Et pour se différencier, elle arbore une tige et des pétioles velus. Tout se mange : graines, fleurs, feuilles et racine.

Les feuilles d’armoise sont vertes sur le dessus, blanches en-dessous. L’armoise porte aussi le nom d’Artémis, déesse grecque de la nature. Ses propriétés sont nombreuses : cicatrisante, digestive, antiparasitaire, elle est surtout utilisée pour les troubles liés au cycle menstruel.

On trouve encore beaucoup d’arbres fruitiers au parc des Lilas, pommiers, cerisiers, poiriers… Une partie est accessible au glanage. Pour Nathalie, il est important d’avoir une cueillette respectueuse et raisonnée. On ne prélève qu’une petite quantité nécessaire à ses besoins, en se montrant reconnaissant. Ici, elle cueille quelques feuilles de poirier pour faire une tisane solaire. On laisse infuser quelques jours les feuilles dans une eau sucrée et citronnée, dans un bocal hermétique exposé au soleil. On obtient une eau délicieusement parfumée !

Le novice pourrait le prendre pour un pissenlit. Il est vrai que le magnifique akène plumeux nous semble bien loin de la terreur des cantines scolaires : j’ai nommé le salsifis ! Au printemps, on déguste les feuilles en salade. Les boutons floraux encore tendres se consomment comme des asperges. La racine, sautée à la poêle est tendre et sucrée. Ce serait dommage de s’en priver…

C’est lors d’une balade précédente que Nathalie rencontre des gens du voyage, qui habitent les camps voisins, en pleine cueillette. Les femmes ramassent des feuilles de vigne, pour préparer des dolmades. Dans cette recette méditerranéenne, on blanchit de jeunes feuilles de vigne pour les farcir avec des oignons, du riz, des herbes… Remarquez le geste précis de la cueilleuse : elle pince et tourne en même temps pour ne pas endommager la plante.

L’exemple de la bryone montre l’ambivalence des plantes, et rappelle qu’il est nécessaire d’avoir de solides connaissances pour les consommer. On peut, au printemps déguster ses bourgeons cuits à la vapeur : leur saveur est proche de l’asperge. Mais la plante est par ailleurs très toxique, sa racine était nommée par les anciens navet du Diable.

À l’ombre des tilleuls, des carcasses de scooters brûlées, deux mondes cohabitent. Nathalie me donne sa recette de farine de tilleul. On ramasse les feuilles pour les sécher, et les réduire en poudre. Elle parfume comme le matcha, et peut s’utiliser dans de nombreuses recettes de gâteaux.

Depuis toujours, l’être humain utilise les plantes qui poussent autour de lui pour se nourrir et se soigner. Avec le temps, notre société s’est déconnectée des savoirs ancestraux et de sa connaissance du sauvage. Les 1600 espèces comestibles recensées en Europe offrent pourtant une multitude de saveurs et de micronutriments.

Dans les premiers temps il vaut mieux ne pas se lancer seul dans l’aventure. L’échinococcose, la pollution, une erreur d’identification peuvent être à l’origine d’intoxications. Alors pour renouer avec le monde végétal… suivez le guide !

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