Îlot végétal au cœur de Nantes

À Nantes, elle fait désormais partie du paysage estival. Installée à deux pas du Hangar à bananes, rendez-vous des fêtards et des amoureux de l’art, face à la Loire, la Cantine accueille habitants et touristes et leur offre un voyage à partir de produits locaux.

[Reportage et textes : Claire Baudiffier, photos ©Thomas Louapre]

La Cantine du voyage est l’une des étapes du désormais célèbre Voyage à Nantes, qui propose, depuis 2012, un parcours décalé et artistique dans la ville. ©Thomas Louapre

À la Cantine, on mange, de mai à octobre, sur de grandes tables en bois, assis sur un banc ou, si on est chanceux, dans un transat. Le concept ? Un menu unique (entrée, plat, dessert) concocté avec une majorité de produits locaux et de saison. ©Thomas Louapre

Chaque matin, l’équipe s’active en cuisine. La Cantine sert en ce moment entre 150 et 250 couverts par jour. Mais l’été 2016, c’était plutôt entre 800 et 1 200, explique Justine Michet, qui s’attèle à la préparation des salades pour l’entrée. ©Thomas Louapre

De la salade, des tomates, des carottes, quelques fleurs comestibles (cosmos, capucines, violettes ou œillets d’Inde) et des herbes aromatiques. Au cœur de l’été, on y trouvait aussi parfois des radis. Et depuis cette année, cette entrée est composée avec des légumes produits à quelques pas. ©Thomas Louapre

Margot Bodin, 27 ans, saisonnière dans l’agriculture, livre chaque jour les légumes fraîchement récoltés dans le potager de la Cantine. Ainsi, depuis le mois de mai, 8 000 salades ont été plantées, chouchoutées puis acheminées dans les cuisines. Laitue de Doulon, cressonnette du Maroc, feuilles de chêne rouges ou vertes… Les gourmands ont découvert six variétés différentes, douze de basilic (thaï, citron, pourpre, genovese, vert italien, etc.), cinq de tomates, des fraises… ©Thomas Louapre

Le Potager, c’est 930 mètres carrés de cultures installées confortablement dans 2 230 palettes récupérées et 150 mètres cubes de terreau. Cinq semaines de montage ont été nécessaires. De la culture hors-sol mais sans aucun produit phytosanitaire, même pas de bouillie bordelaise, ville oblige. C’est aussi un lieu qui se veut pédagogique puisque les visiteurs peuvent accéder à une petite partie du potager et, lorsqu’il est fermé, glisser un œil à travers les lames de bois.

L’écartement est fait pour que l’on puisse regarder mais pas jeter une canette de bière, sourit Etienne Péneau, l’architecte qui a conçu et réalisé le projet sur une idée de l’entrepreneur Philippe Clément. Nos légumes sont consommés, il y a donc une sécurité sanitaire à garantir. ©Thomas Louapre

C’est un projet novateur et un gros terrain d’expérimentation. Il faut sans cesse observer. Il y a plein de choses à prendre en compte liées au contexte urbain, comme la pollution nocturne par exemple, souligne Olivier Durand, maraîcher bio connu et reconnu dans la région, installé à quelques kilomètres de Nantes, qui a mené le projet avec Etienne Péneau. Ou le fait que la biodiversité est, a priori, moins importante, rajoute Margot, qui s’occupe du potager chaque matin, six jours sur sept. ©Thomas Louapre

Ici, on n’est pas confrontés à des ravageurs même s’il y a bien quelques chenilles et pucerons que l’on a dû ramener de la serre, poursuit Margot. En effet, tous les plants de légumes viennent de la ferme d’Olivier.

Ça a ses avantages puisqu’on n’a pas eu affaire à la mouche de la carotte, par exemple. Et pour cause, elle a l’habitude de voler de haie en haie. Vous voyez une haie ici ? lance le maraîcher. Les pollinisateurs, eux, sont peu nombreux. Mais les fleurs comestibles que l’on a plantées tout au long des palissades nourrissent les moineaux du coin, précise Margot. ©Thomas Louapre

L’idée du potager est aussi de s’inscrire dans un territoire, celui de Nantes. On a choisi, par exemple, des palettes car ici c’était une zone de fret, de transport de marchandises, raconte Olivier. Pareil pour les châssis nantais, une vieille technique du coin. C’est utilisé dans la région depuis un siècle et demi. Ça permet de créer un effet de serre, détaille Etienne. D’ordinaire en verre, ceux-ci sont en polycarbonate. Il y avait un risque de casse, avec des jets de pierre ou autre. ©Thomas Louapre

Il a fallu bien sûr s’adapter aux conditions particulières. On est ici en plein vent, la terre a tendance à sécher rapidement. Il faut beaucoup arroser, indique Olivier. Un arrosage réalisé avec un tuyau microporeux, qui distille l’eau goutte à goutte et évite le gaspillage. On a aussi un bon équilibre entre terre franche, tourbe et compost. ©Thomas Louapre

Le compost apporte les éléments nutritifs, la tourbe permet à l’eau de se diffuser partout et la terre franche, grâce à l’argile, agit comme un tampon en maintenant l’eau. Ce jour-là, au début du mois de septembre, les trois compères travaillent la terre pour planter les légumes d’hiver : épinards, poireaux, navets japonais… Toujours des légumes à cycle court et qui n’ont pas besoin d’une énorme profondeur de terre, résume Olivier. Ainsi, le radis japonais, qui a besoin de 40 centimètres de terre pour s’épanouir, serait malheureux avec seulement 17 centimètres…

Car le projet, qui devait être éphémère, rempile pour quelques mois. On ne sait pas encore exactement ce que cela va devenir, développe Margot. Il va sûrement falloir tenir compte de la petite frustration de certains visiteurs, déçus de ne pas pouvoir arpenter tout le potager.

Que veut-on ? Un lieu paysager où l’on se balade ou bien un lieu de production ?, renchérit Olivier. On finit par lui demander si, comme on l’entend souvent, tout ceci n’est pas un truc de bobo… Je ne sais pas, peut-être ? Mais je m’en fous ! C’est avant tout un lieu de rencontre. Il faut s’ouvrir un peu. L’agriculture, ce n’est pas être tout seul dans ses champs tout le temps ! ©Thomas Louapre

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Bonne nouvelle : le potager est ouvert à la visite

– Échanges autour de l’agriculture urbaine, les mercredis à 11h : 19, 26 juillet et 16, 23 et 30 août.

– Les Ateliers du Potager, avec des astuces et conseils pratiques pour mettre en place un potager urbain les mercredis à 17h : 19, 26 juillet ; 16, 23 et 30 août.

Pour en savoir plus : levoyageanantes.fr

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