Financement participatif

Les projets paysans poussent désormais sans les banques

Prêt refusé, problème momentané de trésorerie ou choix assumé… De plus en plus de paysans font appel à leurs clients et aux internautes pour se financer.

Les banques, elles veulent bien prêter… mais aux gens qui ont déjà de l’argent, lance, dans un éclat de rires, Sandy Mac Keen, éleveur à Sainte-Scolasse-sur-Sarthe, à quelques kilomètres d’Alençon (Orne). Avec sa femme, cet Irlandais s’est installé au cœur du Perche en 2002 comme éleveur de chèvres, de brebis et de vaches. Les deux époux travaillent alors sans relâche pour fabriquer toute un éventail de produits laitiers et de viandes. Mais nous avions besoin de changer d’échelle, d’avoir un peu plus d’animaux pour vendre plus de quantités. Malgré notre boulot et notre ténacité, nous nous sommes retrouvés en redressement judiciaire, se souvient le paysan au fort accent de son île natale.

 

42 000 euros en à peine quinze jours

Ils se tournent alors vers leur banque, des projets plein la tête, notamment avec l’idée de construire un bâtiment pour accueillir les cheptels. Refus catégorique. Sandy Mac Keen se tourne alors vers la plateforme BlueBees. Evidemment, le bilan de cette ferme n’était pas au beau fixe, admet Emmanuelle Paillat, directrice. Mais le projet m’a convaincue, Sandy savait que ses nombreux clients (marchés parisiens, Ruches…) seraient au rendez-vous. Il avait besoin de fonds pour accroître le cheptel, donc les ventes, et pour terminer la conversion en agriculture biologique.

Et ça a marché, puisque le couple a levé 42 000 euros en à peine quinze jours. Il doit désormais rembourser petit à petit, avec un taux d’intérêt de 3 %. La plateforme se montre plus flexible que les banques. Nous savons que certaines primes PAC n’ont pas encore été versées, donc nous échangeons régulièrement pour rediscuter des remboursements. Nous essayons d’être compréhensifs et, en général, plus réactifs que les banques, car dans certains cas, les agriculteurs n’ont pas le temps d’attendre…

 

 

KissKissPlantPlant

Le crowdfunding agricole, les plus grandes plateformes s’y sont mises aussi. Chez KissKissBankBank (partenaire de la Ruche qui dit Oui !), depuis un an, une branche spéciale Agriculture et alimentation a été créée. Mais les projets autour de l’agriculture sont soutenus depuis plus longtemps. Depuis 2011, on a eu de nombreux projets d’agriculteurs, producteurs, restaurateurs, explique Augustin Mille, responsable de la spécialisation. Les financements concernaient soit les installations, soit les développements (laboratoire de transformation pour une laiterie par exemple… Les campagnes qui fonctionnent le mieux, ce sont celles qui font appel à la solidarité. Je pense à cet éleveur qui, l’an dernier, a fait face à une très mauvaise récolte due au temps. Il s’est donné comme ambition de se convertir en bio et a levé 15 000 euros.

La plateforme a pour le moment récolté 4 400 000 € pour 589 projets autour de l’agriculture et l’alimentation. Et rien qu’en 2016, 254 projets et 1,7 million d’euros de projets financés dans la branche agriculture et alimentation, se félicite Augustin.

 

Prêts pour tous

BlueBees, lancée en 2012 par le désormais célèbre entrepreneur Maxime de Rostolan, a levé quant à elle 2,5 millions d’euros, en comptant également le don. Nous avons deux systèmes : une collecte de fonds via le don avec contreparties et les prêts, détaille la directrice. D’autres sites se sont depuis lancés, avec notamment Miimosa, fin 2014.

Le fondateur, Florian Breton a constaté la fragilisation du secteur agricole et la difficulté pour les petites exploitations de solliciter des prêts, explique Marine Sanvelian, responsable communication du site, qui lui ne fonctionne que sur le don. Les collectes varient entre 1000 et 50 000 euros, avec une moyenne autour de 6500 euros. Contrairement aux plateformes classiques où il faut atteindre les 100% de l’objectif pour récupérer la cagnotte, Miimosa a fait le choix des 60% et n’impose pas de critères exclusifs, comme la certification en bio par exemple, même si, de fait, près de trois-quarts des projets qui débarquent sur la plateforme sont en bio ou en conversion. Et le passage par le crowdfunding est aussi un moyen pour les agriculteurs de communiquer et de faire connaître leur ferme.

 

Cagnottes solidaires

Moins connue mais tout aussi féconde, l’association francilienne Le Bonheur est dans le prêt. Fonctionnant sur le système des Cagnottes solidaires, mis en place par le Miramap (le réseau des Amap), cette asso prête, à taux zéro, aux agriculteurs demandeurs. Elle a été créé en 2014 par plusieurs Amapiens pour aider un maraîcher alors en difficultés financières. Il s’était vu refuser un prêt à la banque et a pu, après le prêt de l’association, renégocier un emprunt.

Le principe, c’est de prêter pour un projet en particulier, un besoin urgent en trésorerie, l’achat d’une serre, d’un tracteur…, souligne Laurence Renard, la présidente. Les cagnottes durent entre trois et six mois. Les citoyens, qui doivent adhérer à l’association, font un don à cette dernière, qui, elle, ensuite, fait un chèque total qu’elle versera au paysan après signature d’un contrat qui précise les modalités de remboursement. Depuis trois ans, 243 apporteurs ont prêté plus de 41 000 euros à cinq paysans, dont un apiculteur, Julien Perrin. Installé dans l’Essonne, il avait besoin de 5 000 euros pour moderniser sa miellerie. Je voulais que mon travail soit facilité, et cela passait par l’utilisation d’outils comme une pompe à miel, un doseur et un bac décanteur. Tout cela avec l’idée de dégager du temps pour travailler sur mon projet de multiplication d’abeilles rustiques résistantes aux maladies et parasites, précise le jeune homme.

Dans les champs et sur le net

Dans tous les cas, le conseil des professionnels aux porteurs de projets est le même : travailler sa communication. Les paysans sont de plus en plus connectés et en lançant un crowdfunding, ils doivent pouvoir utiliser tous les outils mis à leur disposition (réseaux sociaux…), les mêmes que pour les entrepreneurs qui lancent une start-up en somme, résume Augustin Mille, de KissKissBankBank. Les agriculteurs, quant à eux, sont finalement bien contents d’avoir opté, de gré ou de force, pour un circuit alternatif à celui des banques. C’est un acte militant, que de se passer d’elles, affirme ainsi l’éleveur du Perche. Ou du moins des banques classiques, car j’aimerais pourquoi pas me tourner, quand je le pourrai, vers des banques éthiques comme La Nef ou le Crédit coopératif.

2 commentaires

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  1. Hé oui, Jean Pierre, ils sont très très forts les gestionnaires de ces plateformes , ils ont compris qu’ils y avaient plein de petites « Mère Thérèsa » prêtes à aider leur prochain « écraser par de gros méchants loups ».

  2. Bonjour,
    Première aide sur une plateforme participative = premier plantage.
    L’emprunteuse « rencontre des difficultés de remboursement » .
    Du coup, je ne sais si je vais continuer.
    A moins de considérer que l’on « aide » à perte et donc que l’on fait un don : ainsi, en cas de remboursement, la surprise serait agréable.

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