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Poissons et insertion

L’étang moderne

C’est à la fois une zone naturelle protégée, un site de pêche au filet, une ferme d’élevage et un Esat (établissement et service d’aide par le travail). Au Domaine du Vieux Moulin, depuis trente-six ans, on préserve les êtres vivants les plus fragiles.

C’est un des six bassins de pisciculture qui sert à garder le poisson après la pêche annuelle d’automne. ©Thomas Louapre

Les oiseaux chantent à Lachaussée, petit village de Meuse en Lorraine. Le butor étoilé n’est pas là aujourd’hui mais Catherine Passal, directrice de l’Esat du Domaine du Vieux-Moulin, sous la gestion d’APF France handicap, nous attend pour démarrer la visite du Domaine. Devant nous, les bassins de stockage du poisson. À gauche, les bâtiments de restauration et de vente directe. Caché à l’arrière, le petit tunnel qui nous mènera à l’étang de Lachaussée, de plus 325 hectares. Le tour commence. 

Ici, nous proposons plus de 12 métiers différents, explique Catherine qui a développé sur le lieu pisciculture, cuniculture, abattage et découpe de volailles, restauration, transformation, commercialisation, espaces verts, animation nature, élevage de chevaux, secrétariat, comptabilité… La pisciculture justement est plutôt spectaculaire surtout à l’automne quand une dizaine de pêcheurs s’adonne à la méthode ancestrale de la pêche au filet. D’un tour de main qu’on se transmet de génération en génération dans la région, les pêcheurs déploient et replient un filet de 50 mètres de long et ramènent dans leurs mailles près de deux tonnes de poissons. Les brochets, carpes, sandres et autres sont alors rabattus vers les bassins de tri et de stockage. L’exercice est répété une vingtaine de fois pour obtenir près de 35 tonnes de poissons qui seront alors triés minutieusement à la main chaque matin. 

La carpe et le lapin

Élevage, transformation, commercialisation et restauration sont les piliers de l’activité économique et agricole de l’établissement. Cette diversification de l’activité, Philippe Monchieri, responsable de production, l’explique ainsi : C’était compliqué de mettre des personnes en situation de handicap moteur en poste sur la récolte de poissons, très physique et de plus saisonnière. Nous avons donc installé un élevage de volailles.

Lorsque l’équipe se met à faire les marchés pour vendre la production du lieu, les clients leur demandent de faire du lapin. Alors on s’est mis naturellement à l’élevage de lapins. Comme nous faisions la cantine pour le personnel, nous avons ensuite ouvert le restaurant. Et pour recycler les invendus, nous nous sommes mis à la transformation et nous avons ouvert le magasin de producteurs. La boucle est bouclée, ici on n’a jamais peur d’une activité en plus.

Éric avec l’élevage de 550 poulets cou-nu de 80 à 120 jours d’âge, en plein air. Dans l’industrie agroalimentaire, c’est plutôt 32 jours.©Thomas Louapre

Écosystème

Chaque pôle d’activité est piloté respectivement par Philippe, Dominique et Marielle qui ont une formation d’éducateur et éducatrice technique spécialisé(e) en plus de leur métier. Ils organisent l’activité de leur pôle et des ateliers qui le composent. Au total, 47 personnes handicapées et 13 encadrants travaillent aujourd’hui sur le site. Il y a une majorité de garçons sur les activités d’élevage, et une majorité de filles en restauration, explique Catherine. On n’a pas encore réussi la mixité. Sur le chemin, nous croisons Fabrice sur le vélo électrique que chacun utilise pour tous les petits déplacements sur le site qui avoisine quand même les 360 hectares.

Lui est responsable de l’atelier maraîchage. Plus loin, un troupeau de juments dévore les roseaux pour éviter qu’ils envahissent l’étang. Les chevaux eux, tondent le gazon. Le Domaine du Moulin est un écosystème, tout le monde a un rôle à jouer.

©Thomas Louapre

C’est au Conservatoire d’espaces naturels de Lorraine que revient la mission de préservation de la réserve naturelle revient depuis 2009, de l’étang depuis 2018. Notre métier est de faire travailler des personnes handicapées. Celui du Conservatoire est de protéger les espaces naturels, nous confie Catherine, avec un petit brin de soulagement. Chacun son métier et comme ça, l’étang sera protégé à tout jamais

Dans les prochains mois, l’Esat de l’étang en question se lancera dans de nouvelles aventures et de nouveaux défis : la vente de plantes aquatiques dites hélophytes et la valorisation de la filière pêche par le développement d’une nouvelle identité autour du poisson pour le restaurant. Il faut pas croire, conclut Catherine avec le sourire, directeur c’est un métier de fin de carrière, il faut avoir un peu de bouteille. Et beaucoup de pêche !

Fabrice André, moniteur d’atelier maraîchage, Thierry et Pascal, travailleurs handicapés, qui rempotent les plantes hélophytes dont les racines se développent les pieds dans l’eau. ©Thomas Louapre

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