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Giessen : un jardin extraordinaire où « on sème et on s’aime »

Au cœur de l’Alsace, à Châtenois, des maraîchers novices retrouvent le chemin de l’emploi en arpentant des plates-bandes au milieu des légumes bio. Avec Jean-Luc, Marie ou Martial, ils sont plusieurs à travailler aux Jardins du Giessen, chantier d’insertion qui écoule ses récoltes par son réseau d’abonnés, dans plusieurs Ruches alsaciennes et qui a même ouvert sa propre Ruche, animée par les salariés permanents et en insertion. 

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Les cageots parfaitement alignés sur des racks se remplissent peu à peu. Un demi chou, des carottes, des radis noirs, aussi. Sur une balance, Barbara pèse le juste poids de carottes qui seront ajoutées au reste dans les cageots. Légumes et poids sont indiqués pour composer le grand et le petit panier, sur une liste manuscrite punaisée au mur, juste au-dessus de la balance. « Je prépare le menu deux semaines à l’avance, il faut bien ça pour assurer les plans de récoltes. » C’est Jean-Luc Lott qui est à la manœuvre, juste à côté de Barbara.

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Jean-Luc Lott est un maraîcher doté d’un sourire éclatant et d’un cœur aussi tendre qu’un artichaut. C’est lui qui assure la visite des Jardins du Giessen dont il est responsable avec Marie Windenberger, également chef d’exploitation. « Marie et moi travaillons ensemble depuis l’ouverture des Jardins, il y a cinq ans. Nous étions un binôme avant les élections départementales… »

Cultiver la solidarité. Cela fait cinq ans, donc, que les plates-bandes des Jardins du Giessen sont supervisées par Jean-Luc et Marie. Ils ont déjà guidé des dizaines de salariés dans ce chantier d’insertion par le maraîchage bio lancé par la Sava, la section d’aménagement végétal d’Alsace créée en 1986 par Alsace Nature pour « répondre aux besoins d’entretien des milieux naturels et contribuer à l’insertion professionnelle et sociale des personnes en difficulté ».

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« L’association marche sur ses deux pieds, pourrait-on dire », sourit Jean-Luc, qui associe au bon fonctionnement du projet Jacky Fritsch, responsable administratif de l’association et Charline chargée du suivi social et professionnel des salariés en insertion. Les Jardins du Giessen font partie du réseau Cocagne, 120 jardins en France qui ont tous pour objectifs l’insertion de personnes éloignées de l’emploi, la production de légumes bio, la vente en circuits courts de paniers à des adhérents, et l’insertion locale dans le paysage agricole biologique d’un territoire. L’initiative a été lancée par Jean-Guy Henckel en Franche-Comté », plus précisément à Chalezeule, porté par l’association Julienne Javel. « Vous avez besoin de légumes, ils ont besoin de travail, alors, ensemble cultivons la solidarité », tel est le credo du réseau.

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Retour à Châtenois, avec Barbara qui continue de préparer les paniers. C’est la mission prioritaire des débuts de semaine, puisque les premières distributions vont suivre, pour les abonnés et pour les ruches alsaciennes que les Jardins du Giessen achalandent en légumes bio. Ce qui plaît à Barbara, c’est « de travailler en équipe, à l’extérieur aussi. On voit beaucoup de choses, on conditionne, on récolte, on sème… et on s’aime ». Un point de vue partagé autour des cageots : il y a du monde aux différents ateliers de préparation des légumes. C’est qu’il y a du boulot : le mesclun à nettoyer, les poireaux, aussi, les carottes à trier…

« Nous avons sept sites différents où sont cultivés des variétés différentes » précise Jean-Luc qui peut compter, avec Marie, sur une équipe de cinq permanents. Ensemble, ils encadrent les maraîchers en insertion, qui travaillent là en contrat de courte durée « d’un jour à cinq ans, pour se remettre le pied à l’étrier. En général, les contrats sont d’environ deux ans ».

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Du jardinier du dimanche au maraîcher qualifié. La structure comprend aussi deux salariés non-encadrants, dont Martial, occupé à nettoyer les poireaux cueillis le matin même. A 56 ans, Martial a franchi toutes les étapes du parcours d’insertion, jusqu’à décrocher un poste aux Jardins du Giessen. « J’étais l’un des premiers dans la structure, se souvient-il en coupant le trop plein de vert des poireaux, j’ai retrouvé le chemin de l’emploi grâce aux Jardins. Au départ, on a délimité les parcelles, construit les bâtiments, planté les premiers replants… en cinq ans j’ai appris le métier de maraîcher, alors que j’étais un jardinier du dimanche ! Oui, au bout de cinq ans, je peux dire que je suis fier et satisfait. »

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A côté de lui, Olivier, 30 ans, aux Jardins depuis six mois. « Au départ, je suis chauffeur routier. Je trouve le maraîchage intéressant, même si je doute que j’en ferai mon métier. Ce qui est bien ici, c’est qu’on est accompagné, suivi, on a aussi accès à des formations. C’est une parenthèse, mais c’est un boulot, c’est toujours mieux que de rester à la maison. Car le but, c’est quand même de trouver un boulot. Charline nous aide beaucoup, on a deux ans pour trouver quelque chose, et on peut partir dès qu’on a trouvé ».

Martial confirme de la tête, et passe à l’atelier suivant : la machine à laver les poireaux, une baignoire bricolée et dotée d’un jet d’eau. « C’est pas si évident, les poireaux, ça garde la terre entre les feuilles », justifie le maraîcher, qui cherche la perfection pour les consommateurs des Jardins.

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Rempotage et confiance en soi. Derrière la baignoire, une porte intrigue : elle est entourée de cloisons en paille. « C’est notre espace de stockage, précise Jean-Luc, qui pousse la porte, on a isolé l’intérieur avec de la paille. En une semaine l’espace était fait ». Dans une température très fraîche, des caisses de bois sont entreposées : pommes de terre, jus de tomate et de carotte, légumes de garde forment ce trésor d’hiver. Ils garniront encore les paniers avant l’arrivée des primeurs et légumes tout frais craquants.

Justement, dans la serre attenante au bâtiment, l’on s’active autour d’une table à repiquer. Sabine, 41 ans, fait du rempotage. « Des tomates trilly, des petites tomates cerise, complète-t-elle, ce matin c’était cueillage de pourpier pour les paniers, puis rempotage ». Avant, elle travaillait comme repasseuse dans une association d’insertion. « Ca me plaît, ici, tout ce qui est terre, sol… Depuis quelques jours j’ai un jardin aussi, près de chez moi, maintenant je sais faire ».

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Un sourire radieux illumine le visage de Sabine. « L’insertion ça m’a remis dans tout ce qui était activité, ça m’a permis de me lever le matin, de voir d’autres gens, d’aider d’autres qui ne savent pas faire. J’aime. Sauf la mâche, là c’est moi qui suis rebelle… » Car récolter la mâche, c’est physique, ça sollicite beaucoup le dos. Certaines missions sont assistées par des outils étranges, bricolées par l’équipe des Jardins. Comme ces drôles de tiges de métal, dotées à une extrémité d’un outil pour désherber et à l’autre d’un guidon de vélo : « c’est très pratique, ça, se réjouit Jean-Luc qui fait la démonstration, ça frôle la carotte à deux millimètres sans l’abîmer ».

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Tous les jardiniers le diront : Jean-Luc et Marie sont des encadrants épatants. Les anciens gardent d’ailleurs de leur passage au Giessen un souvenir affectueux et reconnaissant. « Ils sont indulgents et en même temps très à cheval sur la ponctualité. » La pousse d’épinard n’aime pas se faire attendre…

 

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