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Comme un arbre dans la vigne (d’André Durrmann)

A Andlau, petite cité historique du piémont vosgien, André Durrmann cultive ses vignes au milieu des arbres et des moutons. Et montre qu’une autre culture de la viticulture est possible.

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Cheveux au vent, sourire durablement accroché aux lèvres, André nous accueille dans la cour de son domaine viticole à Andlau devant une grande parabole argentée posée sur un cadre à roulettes. Un four solaire dans lequel il a mis une casserole à chauffer. On tente un coup d’œil sous le couvercle : un magnifique gâteau aux épices préparé par Anna, sa femme, cuit doucettement. On en était sûrs, en plus d’être vignerons en bio, les Durrmann semblent être également touche-à tout, pédagogues et même danseurs de bal folk remarquables, si si si !

 

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Ravisons-nous, l’heure n’est pas au bal, plutôt à la visite du domaine des Durrmann. On commence par une première halte près d’un arbre planté à l’entrée de la cour. Une vigne y grimpe et dévoile ses minuscules grappes encore protégées par leurs feuilles. « La vigne, à l’origine ça pousse le long des arbres qui leur servaient de tuteurs, rappelle André. D’ailleurs on a retrouvé des écrits où les Romains demandaient de l’aide aux vignerons pour qu’ils taillent leurs vignes, leurs esclaves étant trop nombreux à chuter en cueillant le raisin… ».

 

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Le rappel historico-botanique passé, André poursuit :  « en ce moment, nous sommes à une étape cruciale, les feuilles sont très sensibles, très vulnérables. Il faut surveiller de près parce qu’elles sont très importantes dans le processus…  La vigne est une plante très concentrée. Tous les nutriments sont dans les feuilles au départ. Il faut qu’elles s’épanouissent et qu’elles s’aplatissent, pour bien capter la lumière. »

On quitte la cour pour gravir la colline. Le petit chemin sent bon, l’herbe vient d’être fauchée, les fleurs poussent sur le muret de pierres qui protègent les vignes. 

Premier coup d’œil, première surprise : dans les rangs de vigne, les ceps se séparent en deux morceaux pour un seul pied. « C’est la culture en lyre, avec deux pans de feuillages. Grâce à cette technique, il y a plus de vieux bois sur un cep. La vigne aimant grimper aux arbres, elle a plus de matière pour s’élever. Mais aujourd’hui, je ne développe plus les vignes en lyre, ce système sera bientôt interdit, au profit des vignes normalisées.» On sent une petite pointe de regret dans la voix du vigneron qui nous emmène un peu plus loin.

 

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Deuxième surprise : des arbres s’épanouissent au milieu des rangées de vignes. Nous voilà donc en pleine culture d’agroforesterie, une technique qu’André pratique depuis longtemps pour lutter notamment contre le réchauffement climatique.

« Actuellement, on récolte la vigne 20 jours plus tôt qu’il y a 30 ans. Nous avons en Alsace le climat que Lyon connaissait dans les années 90. L’arbre permet de temporiser les températures. Si notre région se réchauffe de 4 degrés supplémentaires dans vingt ou trente ans, grâce à mes arbres je pourrais rafraîchir le sol et l’atmosphère de 3 degrés. Ca me donne encore quelques perspectives pour mes vignes. » André apprécie également d’avoir planté des arbres pour cueillir des fleurs d’acacia et les déguster en beignets, pour observer toute une nouvelle kyrielle d’insectes. « Et tout ça donne une fraîcheur au vin… L’arbre peut aider à réguler les taux d’alcool.»

 

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Troisième surprise : au milieu de ceps, se trouvent des moutons. Ils viennent d’ailleurs de terminer leur repas dans la parcelle. Ils y ont brouté avec gourmandise les petites herbes tendres en nettoyant les allées. « On a remonté les câbles qui relient les vignes pour leur permettre de passer en dessous, et circuler librement entre les vignes. Ils ont laissé quelques brins de laine qu’on ramasse et qu’on utilisera avec les enfants pour faire des ateliers. »

 

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L’idée des moutons entre les vignes ? C’est à cause des sangliers. « Quand il y a eu du maïs planté à côté, ça a attiré les grosses bêtes. On a eu des dégâts dans les parcelles, donc on a fermé. A ce moment-là on s’est dit qu’on allait mettre des moutons pour entretenir la pente. Il n’y a que les orties à faucher, après ils mangent tout. » Ca a pourtant failli mal tourner…

Parce qu’il a refusé de vacciner ses moutons contre la fièvre catarrhale ovine, André a dû comparaître en mars 2010 devant la justice, lors d’un procès à Sélestat, très médiatisé et suivi par une centaine d’agriculteurs venus soutenir le vigneron d’Andlau, qui risquait de devoir payer une amende maximale de 750 euros par mouton non vacciné.

L’affaire a tourné court, et les moutons courent toujours dans les vignes des Durrmann.

« Le procès  c’était une épreuve, mais c’était intéressant, j’ai découvert des milieux inconnus et j’ai vécu quelques moments étonnants… au commissariat pour l’interrogatoire notamment. »

Le troupeau – une vingtaine de moutons et plusieurs petits – passe l’année dehors, il lui suffit d’avoir des arbres pour s’abriter. « Il n’y a que la neige fondante, très froide, qui les rebute. On leur donne aussi à manger des grains et du foin pendant cette période, et de l’eau s’il fait sec, mais ce qu’ils préfèrent, c’est l’eau de rosée. Il n’y a rien de plus pur. »

 

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Vignes, moutons, arbres… c’est tout un écosystème qu’André a mis en place à Andlau, et dont il fait profiter de nombreux visiteurs : des groupes d’enfants de la Maison de la nature toute proche, des touristes découvrent le charme de la vigne en lyre, et l’on ne compte pas les interventions pédagogiques d’André ici ou là pour promouvoir la viticulture bio, l’agroforesterie ou la cuisson au four solaire… « Le retour des clients, c’est important pour moi. Les gens sont preneurs de mes petites expériences, ça fait quelque chose à raconter. »

Depuis le début de l’aventure, André et Anna ont beaucoup investi dans leur domaine viticole, notamment dans le matériel de mécanisation. Un 4X4 électrique permet d’accéder aux vignes escarpées sans polluer ni faire de bruit. C’est à bord de sa voiture électrique qu’André rejoint les nombreuses ruches alsaciennes qu’il fournit. A chaque fois, c’est à peine si on l’entend arriver, ses bouteilles sous le bras, son sourire aux lèvres et ses cheveux au vent…

 

L’agroforesterie, retour aux sources

L’idée de planter des arbres au milieu des cultures n’est pas une nouveauté mais est au contraire une pratique ancestrale répandue dans le monde entier. L’agroforesterie a été mise à mal lors de la mise en culture intensive de prairie, nécessitant l’arrachage des arbres qui empêchaient le passage de machines de plus en plus imposantes dans des parcelles de plus en plus grandes, larges et uniformes. Depuis quelques années, les défenseurs de l’agroforesterie voient dans cette pratique une solution à l’appauvrissement de la biomasse, un élément non négligeable en matière de rentabilité ou, comme pour André Durrmann, une alternative au réchauffement climatique.

4 commentaires

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  1. bin comme cet alsacine utilise le solaire, il peut très bien se servir d’électricité solaire ! vous ne croyez pas ! en tout cas ne criez pas au loup avant de savoir ! au fait je voudrais savoir quel type d’électricité il utilise notre sympathique polyculteur alsacien.
    Bien à vous dans la joie d’une nouvelle journée !

  2. Sympa !

    Cependant juste un petit bémol, je m’étonne qu’on écrive encore qu’une voiture électrique est non-polluante.
    Certes elle en dégage pas de gaz d’échappements et donc ne pollue pas sur place.
    Mais si on regarde la création d’électricité en France => 75% de nucléaire.
    Et le nucléaire n’est pas une énergie renouvelable ni propre. C’est juste que tant que ça pète pas en France, ça pollue les pays extracteurs ( Niger notamment) mais c’est loin alors on s’en fout un peu…
    Ca réchauffe aussi un peu nos fleuves proches des centrales
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Centrale_nucl%C3%A9aire#Impacts_environnementaux

    En Allemagne c’est possible d’avoir de l’élect au charbon… voyez-vous…

    Bref, ya encore un pas à accomplir avant de parler de voiture écolo avec la voiture électrique !

    1. Ce monsieur qui parle du nucléaire oublie de dire que l’on peu s’en passer …la preuve il n’y a qu’a voir comment fonctionne ceux qui ni ont pas accès…

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