Sous les télésièges, les alpages ?

Sports d’hiver et agriculture font-ils bon ménage ? Chaussez vos skis, enfilez vos moufles : la station d’Arêches-Beaufort vous ouvre ses pistes, ses fermes et vous fait goûter ses fromages.

Texte de Lucie de la Héronnière

Au bout d’une jolie route de montagne, voilà le domaine skiable d’Arêches-Beaufort, situé dans le hameau d’Arêches et dans la commune de Beaufort… bien connue pour son fameux et très fin fromage savoyard. Ici, l’agriculture et le tourisme se sont développés harmonieusement. On peut même dire que ces deux activités économiques sont absolument complémentaires !  ©Thomas Louapre

La station est particulièrement bien exposée. Ses 50 km de pistes à dévaler bénéficient d’un fort enneigement. Sous ce manteau blanc, les terres servent de pâturage estival : près de 90% du domaine a une vocation agricole une fois l’été venu ! D’ailleurs, de nombreux chalets d’alpage parsèment le terrain de jeu des skieurs.  ©Thomas Louapre

25% des employés du domaine skiable ont également une activité agricole. C’est le cas de Rémy Gachet, moniteur de ski et agriculteur au « GAEC de l’Argentine ». En hiver, il s’occupe de la traite et du soin des bêtes dès 5h30, puis file donner des cours. Avant de retourner travailler dans sa ferme, vers 17h30… En été, il consacre tout son temps à son exploitation. « Cette double activité est un complément de revenu. Et puis j’aime prendre ce temps pour faire autre chose, rencontrer du monde », explique-t-il. ©Thomas Louapre

Rémy s’est installé en 2009, rejoignant l’exploitation de ses parents : Marie-Jo est aussi monitrice de ski, et Jean-Luc (en photo) est employé aux remontées mécaniques depuis 40 ans. « J’aime ces deux activités, ça fait du changement, rapporte ce dernier. A partir de mai, on est dans les alpages, avec la traite mobile. Nous sommes nomades jusqu’à fin octobre ! ». ©Thomas Louapre

Dans un nouveau bâtiment construit en 2010 et bardé de bois local, Rémy propose également des visites de la ferme pour les vacanciers, grâce à des inscriptions via l’Office du Tourisme. Pourquoi ? « Je croise beaucoup de monde sur les pistes, je me suis rendu compte que les gens étaient curieux de voir une exploitation. Et c’est un plaisir de partager ma passion ! ». ©Thomas Louapre

Le Beaufort lui-même a permis de conserver l’agriculture sur le territoire : le lait est bien valorisé, et le fromage est un véritable attrait touristique. La coopérative laitière du Beaufortain, coopérative en gestion directe, regroupe 184 éleveurs, ceux de la commune mais aussi de villages voisins comme Hauteluce, Queige ou Villard. Ici, on fabrique chaque année plus de 30 000 meules. Chacune pèse 40 kg et nécessite 400 litres de lait. ©Thomas Louapre

La coopérative propose une exposition interactive sur le Beaufort et son territoire, avec vue sur la salle de fabrication. Mais aussi des visites guidées des immenses caves d’affinage… Chaque année, la coopérative reçoit environ 91 000 personnes dans ce circuit ! « Nous cherchons à apporter un maximum d’informations aux visiteurs », précise David Clerc, responsable du magasin et guide occasionnel. ©Thomas Louapre

Aujourd’hui, un tiers de la surface de la commune est occupé par des activités agricoles. La municipalité, qui a par ailleurs été la première à signer la Charte nationale du développement durable (élaborée par l’Association Nationale des Maires de Station de Montagne), veille au grain. « Il y a eu récemment une révision du PLU (Plan Local d’Urbanisme) : 11 hectares de terrains constructibles ont été déclassés », souligne Nicolas Bochet, éleveur laitier et entre autres président de la Commission agriculture et forêt à la mairie de Beaufort. ©Thomas Louapre

Nicolas est aussi président de la CUMA (Coopérative d’utilisation du matériel agricole) du Beaufortain, qui fournit du compost à la station, afin de reverdir les pistes. « La neige prend mieux sur un terrain herbeux, donc tout le monde s’y retrouve ! », explique-t-il. Globalement, pour lui, communiquer sur le Beaufort est très important : « Ici, sans agriculture, il n’y aurait pas de tourisme. Et sans tourisme, il n’y aurait pas d’agriculture ». ©Thomas Louapre

Du côté des pistes de ski, la SEMAB (société gestionnaire du domaine skiable d’Arêches-Beaufort), travaille à cette bonne cohabitation. Laurent Fillion, son directeur, explique : « Nous entretenons certaines endroits (débroussaillage, défrichage…) pour qu’ils restent des zones de pâturage. Quand on planifie des travaux, on choisit des dates qui gêneront le moins possible les agriculteurs ». Et après les travaux, la station s’occupe donc du ré-engazonnement. ©Thomas Louapre

Plus généralement, le domaine skiable a une démarche éco-responsable qui préserve le territoire. La neige de culture est raisonnée, produite en fonction des besoins. « La plupart de l’eau vient du barrage de Roselend. Donc nous n’avons pas de retenue collinaire, creusée dans la montagne », souligne David Bugand, nivoculteur. Et comme le barrage est en altitude, une bonne partie des enneigeurs fonctionne grâce à la pression gravitaire… Ce qui demande moins d’énergie. ©Thomas Louapre

D’autres actions sont mises en place : huile biodégradable pour les dameuses, vente de cendriers de poche, incitations au covoiturage, navettes gratuites, recyclage des forfaits, toilettes sèches… Quid des déchets qui pourraient salir les pâturages ? La station communique beaucoup pour encourager les gens à redescendre leurs poubelles. Laurent Fillion affirme : « Depuis quelques années, il y a beaucoup moins de déchets qui traînent. Il y a une vraie prise de conscience et un changement des comportements ». L’agriculture, ça vous gagne ! ©Thomas Louapre

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