Engrais naturel urbain

À la Tricyclerie de Nantes, on composte à vélo

Cela fait trois ans que les membres de la Tricyclerie récupèrent à bicyclette dans Nantes les déchets organiques des restaurateurs et des entreprises. Leur objectif : les transformer en compost.

©Thomas Louapre

Le matin, dans le bal des vélos à Nantes, deux spécimens un peu particuliers se joignent au cortège. Une grande remorque attachée à l’arrière, les deux bicyclettes sillonnent chacune un quartier en effectuant des arrêts réguliers devant restaurants ou entreprises. Les équipes récupèrent les bacs pleins de pelures de légumes, de coquilles d’œuf, de marc de café… puis les pèsent avant de reprendre la route.

Où vont les déchets organiques des professionnels ? Voilà la question que s’est posée Coline Billon, à l’origine de la Tricyclerie en 2015. Elle pense alors à un système de récupération à vélo chez ceux qui produisent moins de dix tonnes de déchets à l’année pour les transformer en compost. L’incinération, c’est un vrai gaspillage, argumente sa collègue Valentine Vilboux, cofondatrice de la Tricyclerie et aujourd’hui coordinatrice de l’association. Vous avez déjà essayé de brûler de l’eau ? Eh bien, c’est quasiment pareil puisque les déchets organiques en contiennent 90 %.  

Tout ou presque se composte, excepté la viande et le poisson que l’association ne peut pas prendre en charge étant donné qu’elle ne possède pas de broyeur. On est passé de 500 kg de déchets récupérés par mois à 4 tonnes aujourd’hui, s’étonne la cofondatrice.

Compost de grands chefs

Renaud, propriétaire de la pizzeria 180g sur l’île de Nantes, a pris ses marques dans le dispositif comme quarante autres restaurateurs et professionnels de la ville. On est sensibles à la réduction des déchets. Il était logique qu’on s’adapte à notre restaurant, explique cet écolo convaincu de 29 ans. La seule chose qu’on ne peut pas donner, c’est la pâte à pizza car elle déséquilibre le compost. Nous avons donc presque zéro perte. Le jeune homme regrette néanmoins l’obligation pour les professionnels de payer à la fois la taxe sur les ordures ménagères et l’abonnement à la Tricyclerie. Pour y prendre part, il faut compter entre 60 et 200 euros par mois selon le ratio établi par l’association.

©Thomas Louapre

À la Tricyclerie, deux jeunes en service civique font aussi tourner la machine et les pédales. Pauline et Tangui réalisent les tournées et s’occupent de la quarantaine de bénévoles impliqués dans l’association. Je voulais faire quelque chose d’utile. La Tricyclerie m’a plu car c’est une action concrète en rapport avec l’environnement. Et puis il y a une vraie dimension sociale, explique le deuxième, 23 ans, diplômé d’une école d’ingénieur.

Comme Pauline, il a appris à produire du compost au local nantais de l’association, là où celui-ci est entreposé. Pour cela, il le mélange avant de déposer les déchets et d’ajouter par-dessus des matières sèches (feuilles, végétaux) pour leur apport en carbone. Coline et Valentine, les deux fondatrices, lui ont donné les ficelles, elles qui tiennent maintenant le grade de maître composteur après avoir validé une formation donnée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

Bon sens paysan

Aujourd’hui, la Tricyclerie produit du compost pour des jardiniers amateurs et des maraîchers professionnels comme Arnaud, ancien téléconseiller reconverti dans la permaculture. Avoir des ressources organiques transformées en compost pour les réutiliser, c’était d’une logique absolue selon moi, affirme l’homme convaincu de 42 ans, qui vient chercher en voiture 1,5 m3 de compost tous les deux mois pour son petit terrain situé au sud de Nantes. Mais l’association a aussi tout récemment développé la vente aux particuliers via des épiceries, des Ruches et des magasins bio nantais. Au total, elle vend une tonne de compost par mois. De quoi boucler la boucle du cycle des déchets.

Un commentaire

Close

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Recevoir le magazine

1 newsletter par semaine.
No pubs, Pas de partage de donnée personnelle

Oui ?

Recevoir le magazine

1 newsletter par semaine.
No pubs, Pas de partage de donnée personnelle