Poissons et bottes de cuir

Dans le bassin d’Arcachon, les articles de maroquinerie dernier cri pêchent leur matière première en pleine mer. Dans une petite cabane d’ostréiculteur, Marielle Philip réhabilite la tradition du cuir de poisson.

© Thomas Louapre

Le cuir de poisson, c’est ici une histoire de femmes et de famille. Marielle, 28 ans, native du bassin rêve de travailler dans un parc marin quand sa mère Monique assure la présidence de l’Association Femmes de Mer en Partage et de la Fédération Nationale des Femmes en Milieu Maritime. © Thomas Louapre

Pendant plusieurs années, une idée trotte dans la tête des deux femmes : relancer la tradition du cuir de poisson… En 2015, la peausserie Femer sort de mer. © Thomas Louapre

Marielle a installé son atelier dans cette cabane du 19e siècle, sur le port de La Teste de Buch sur le Bassin d’Arcachon. C’est ici qu’elle transforme les soles en souliers. © Thomas Louapre

La première étape ? Récupérer les peaux des poissons crus. Marielle s’approvisionne auprès de producteurs locaux : des mareyeurs, des pisciculteurs, des pêcheurs ou encore des poissonniers. Aucun poisson n’est tué ou pêché pour être transformé. On est dans une véritable économie circulaire comme on les aime. © Thomas Louapre

Saumon, lavaret, mulet, sole, truite, esturgeon, julienne, bar, raie, congre, anguille : toutes les peaux de poissons peuvent être transformées en cuir de poisson. Pour l’instant, Marielle récupère les peaux gratuitement, à terme elle envisage de les acheter à ses fournisseurs. © Thomas Louapre

Voici l’heure de la deuxième étape, Marielle écharne la peau des poissons. Ce qui veut dire qu’elle leur ôte les résidus de chair et d’écailles. Elle rince le tout et met de côté les écailles convoitées par les créatrices de bijoux comme les écoles maternelles de la région. © Thomas Louapre

Les peaux sont souvent congelées afin qu’elles ne pourrissent pas. Deux gros congélos abritent ces trésors dans la cabane. Il faut compter ensuite entre 8 et 15 jours de tannage pour que les peaux se métamorphosent en un cuir de poisson hypoallergénique et dépourvu d’odeur ! Rappelons que le tannage, c’est l’art de transformer une peau de bête en cuir souple et durable. © Thomas Louapre

N’allez pas croire que le tannage aquatique est né de la dernière averse. Cette méthode remonte au VIIIe siècle en Extrême Orient, c’est là que l’on retrouve les premiers objets gainés de peaux de poissons. Il faudra attendre le XVIe siècle en Europe pour en admirer sur les poignées des épées et surtout le XVIIIe avec le maître gainier Jean-Claude Galluchat qui habillait des objets qu’achetait notamment la Marquise de Pompadour. Son nom est d’ailleurs devenu synonyme de cuir avec un  » l » en moins : galuchat. © Thomas Louapre

Cette technique poissonnière, Monique l’a redécouverte lors d’un voyage en 2012 au pays du Père Noël. Là-bas, elle se forme au tannage de peaux de poisson et, à son retour, transmet la technique à sa fille Marielle. © Thomas Louapre

Chez Femer, pas question d’utiliser du chrome pour réaliser le tannage comme c’est le cas pour 90 % des cuirs. De son escapade en Laponie, Monique a rapporté un procédé bien plus naturel : le tannage à base de quebracho, un arbre riche en tanin d’Amérique du sud. Le problème c’est que ce dernier s’adapte mal aux peaux de poisson du Bassin d’Arcachon. Après des mois de recherche, les femmes ont trouvé un substitut local : l’écorce broyée de mimosa. © Thomas Louapre

Aujourd’hui, dans toute la France, seules quatre tanneries font entrer le tanin végétal dans le processus de fabrication de leur cuir animal. A ce jour, Marielle est la seule à avoir recours à cette méthode naturelle de fabrication pour réaliser du cuir de poisson. © Thomas Louapre

La dernière manipulation consiste à aplatir et faire sécher ce cuir au final très souple durant 8 à 15 jours suivant les espèces. Rappelons pour les sceptiques que ce cuir est naturellement étanche et qu’il ne sent rien. © Thomas Louapre

Depuis un an, les peaux font le bonheur des créateurs qui les subliment en bijoux, chaussures, portefeuilles, étuis… Bientôt des intérieurs de bateaux de luxe ? C’est le souhait de Marielle. © Thomas Louapre

Ca vous tente ? Comptez une vingtaine d’euros pour acheter un cuir de poisson et laisser libre cours à votre imagination. Vous pouvez d’ores et déjà vous offrir des chaussures en cuir de truite (ici Someone shoes) ou bien une housse de téléphone portable en cuir de saumon.

Par ailleurs, Marielle vient de lancer son propre site internet www.femer.fr. © Thomas Louapre

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