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Goûte ta prairie avant de dire que tu n’aimes pas

C’est au lieu-dit Frémusson, petit coin de paradis coincé entre la Mayenne et l’Ille-et-Vilaine, que Pauline apprend la diversité alimentaire à ses trois vaches de race Dexter et son petit troupeau de chèvres des fossés. Eh oui, nous ne sommes pas les seuls à faire la grimace lorsque nous découvrons des aliments aux goûts parfois surprenants.

Texte : Tanguy Dhelin
Photos : Thomas Louapre

Comme nous, lorsque nous avons découvert pour la première fois un plat d’endive ou une tasse de café, vaches et chèvres se méfient des végétaux amers. Et à raison, car ils peuvent représenter un danger pour leur santé à l’image du terrible séneçon jacobée, qui provoque de graves lésions du foie. Pourtant certaines de ces plantes, consommées dans les bonnes proportions, présentent un intérêt médicinal pour les animaux. Il faut bien connaître les végétaux pour savoir ce qu’il est possible de leur apprendre à manger et en quelle quantité leur mettre à disposition. La potentille par exemple possède des tanins concentrés qui sont intéressants pour la santé, mais en trop grande quantité ils deviennent irritants pour le système digestif, explique Pauline, conseillère en élevage, qui met à profit ses savoirs en plantes fourragères auprès des bêtes qu’elle élève par loisir.

Pauline a fait un terrain de jeu grandeur nature des 4 hectares de prairies, mares et haies centenaires acquis par le couple il y a quatre ans. C’est ici qu’elle teste les méthodes d’apprentissage qu’elle partage ensuite avec les éleveurs bretons qu’elle accompagne dans son métier. Comme pour les enfants, la découverte des goûts se fait depuis le plus jeune âge, une fois que les animaux sont adultes, ils ont pris des habitudes et il est trop tard, constate-t-elle.

Au-delà de l’alimentation, Pauline se sert des plantes en suivant son instinct pour préparer des baumes et pommades utiles à la bobologie quotidienne. C’est un instinct quand même très influencé par les dizaines de livres qu’elle lit, nuance en riant son compagnon Cédric.

L’été aux pâturages, pas besoin d’intervenir. Les jeunes imitent les adultes et goûtent aux mêmes plantes. Les chevreaux se disent « Ah, tu le manges ça ? Je vais peut-être goûter aussi alors ». Mais le plus drôle, ce sont les vaches qui copient ce que les chèvres mangent quand elles sont dans la parcelle à côté, s’amuse Pauline. C’est aussi une période d’apprentissage technique. En observant les adultes, les chevreaux comprennent que l’on peut manger des orties ou des chardons. Il suffit de plier la feuille avec la langue au préalable pour éviter les parties urticantes.

Pour ne pas perdre les bonnes habitudes, l’hiver, Pauline glisse différentes plantes dans le maïs et la luzerne des plus petits. Ils s’habituent ainsi à découvrir des nouveaux goûts avant de retrouver les pâtures. Si la théorie est simple, la pratique demande un peu de patience avant acceptation des aliments amères. Je leur mets notamment des feuilles d’artichaut qu’ils délaissent au début. Mais ils savent que ce je leur apporte est bon pour eux et ils finissent par les manger, rapporte-t-elle.

L’apprentissage varie selon les animaux. Il est plus long chez les bovins, moins curieux du fait de leur nature brouteuse, que les chèvres cueilleuses. Avec les vaches, j’ai remarqué qu’elles acceptaient plus facilement certains aliments une fois séchés, analyse la Mayennaise.

Bien que le couple a recensé plus de 150 espèces de végétaux dans ses prairies et ses haies, la diversité alimentaire du petit troupeau de Frémusson ne s’arrête pas aux plantes naturellement présentes. Dans le potager cultivé tout autour de la maison se côtoient légumes et plantes médicinales. Parfois, les titres se cumulent, comme pour l’artichaut ou le romarin. Ce sont des toniques pour le foie. Il y a aussi de la livèche dans le potager. Quand un animal a un problème et que je ne sais pas ce qui se passe, je donne cette plante en urgence. Mais attention, elle est photosensibilisante et donc doit être consommée la nuit, prévient Pauline.

La soigneuse fait elle-même sécher les fleurs et feuilles qui l’intéressent sur un dispositif à plusieurs étages en moustiquaire dans la grange voisine. La récolte est ensuite conservée en bocal avant d’être ajoutée à la ration ou mélangée à de la cire d’abeille pour faire des baumes.

Si les chèvres mangent aussi du lierre bourré d’oligo-éléments ou des framboisiers pour préparer à la mise bas, c’est peut-être les algues qui ressortent comme l’aliment le plus surprenant. Et pas besoin de les forcer pour manger cette plante marine. C’est salé et ça croustille. C’est un peu comme des chips, elles se jettent dessus, sourit Cédric. En tout cas, lui ne se plaint pas des week-ends à la mer nécessaires pour aller les cueillir.

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