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Parcs et jardins libres

Le sauvage gagne Grenoble

Que deviennent les villes quand les humains s’effacent quelques temps ? L’épidémie et le confinement du printemps dernier ont permis de répondre à cette question. Souvent, on a entendu les oiseaux chanter. On les a même écoutés. Partout, des herbes spontanées ont germé, poussé et fleuri allégrement. La ville de Grenoble s’inspire de cet enseignement pour ses espaces verts.

Les plantes en liberté, dans le Jardin extraordinaire de Nantes. © Francois Leblond/wiki.

Benoît Walbrou, responsable des espaces verts à Grenoble, le reconnaît, il a lui-même été surpris par une telle abondance végétale : En sortie de confinement, on a découvert quelque chose qu’on n’aurait jamais pu voir sans la crise. Tout a poussé, sans qu’on ne fasse rien ! Ça a révélé une certaine nature en ville qu’on ne soupçonnait pas totalement. Par exemple, quand on laisse un gazon tranquille, on voit que de très, très nombreuses fleurs vont très vite pousser. Il y a une biodiversité latente, qui est déjà là. En fait, il faut juste lui laisser le temps et la place de se révéler.

Gilles Clément, l'un des maîtres de la liberté végétale avec son jardin en mouvement dans le parc Matisse, à Lille. © Gilles Clément/wiki.

Les équipes en charge des espaces verts de la ville ont décidé de tirer les fertiles leçons de ces événements. Ils vont désormais appliquer à Grenoble une philosophie née bien loin des villes : le réensauvagement. Pour favoriser l’expression et l’expansion du vivant et de la biodiversité, il suffit souvent… de ne rien faire.

Dans les grands espaces où l’être humain se retire, on constate souvent que le vivant reprend une dynamique très positive, sans toutefois suivre forcément la trajectoire prévue ou imaginée par les humains. Cela a notamment été constaté dans les grands espaces sauvages d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud, dans la zone interdite autour de Tchernobyl et à plus petite échelle dans certains espaces délaissées par l’agriculture en Europe et en Asie.

Lidée, c'est que l'absence d'intervention devienne la base.

En ville aussi, certains estiment que pour laisser la place au vivant, il faut changer de regard et limiter nos interventions. Soit ne plus voir les espaces libres ou sauvages comme des espaces sales ou qui manquent d’entretien. Cela implique aussi de tondre moins, de tondre moins ras voire de ne plus tondre du tout. Le tout en s’adaptant aux différents paysages, aux saisons ou encore aux usages locaux.

Lucile Lheureux, adjointe au maire en charge des espaces publics au moment de cette prise de décision, donne quelques exemples : une haie pourra être taillée légèrement, pour ne pas qu’elle empiète sur une piste cyclable ou un trottoir, tout en veillant à y préserver les zones de nidification. On pourra encore tondre fortement une zone pour permettre qu’on y joue au foot, mais en même temps maintenir une prairie juste à côté, pour préserver un espace de liberté aux insectes et plantes à fleurs.

Tondeuse, l’exception

Pour Benoît Walbrou et son équipe de 170 professionnels, c’est une révolution passionnante : Laisser pousser et intervenir de façon différenciée, cela se fait déjà beaucoup par ailleurs. Mais là, l’idée, c’est que l’absence d’intervention devienne la base. C’est la tonte qui va devenir l’exception. On sait que cela se fera sur plusieurs années, qu’il va falloir faire des essais et des ajustements. Par exemple, on a envie d’essayer de rendre les pelouses encore plus florifères, en y semant en plus des essences locales. Il va aussi falloir repenser tout notre matériel, remplacer les tondeuses par des outils pour faucher.

On va voir les vaches ? Sur la Citadelle Vauban, à Lille. © Lamiot/wiki

Les équipes tenteront de mesurer les résultats de ces nouvelles pratiques sur la faune et la flore. Les bilans d’autres expériences similaires menées en ville sur de petites surfaces ont confirmé l’impact de la démarche. L’entomologiste britannique Jennifer Owen a par exemple inventorié depuis les années 1980 l’ensemble des espèces accueillies dans son jardin de 700 mètres carrés, situé dans la ville Leicester, où elle encourage au maximum le sauvage biodiversité. Elle a identifié pas moins de 2 673 espèces différentes, dont 474 plantes, 1 997 insectes, 138 araignées et cloportes ou 54 espèces d’oiseaux ! Grenoblois et Grenobloises, rendez-vous dans vingt ans pour compter l’ensemble des espèces vivantes qui se féliciteront de la politique du sauvage.

3 commentaires

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  1. Et si vous voulez decouvrir encore plus, allez faire un tour sur le site de Mathilde, docteur en Biologie Vegetale. Elle y tient un blog sur les plantes sauvages qui nous entourent et propose des sorties autour de Grenoble pour les reconnaitre et quels usages en faire :
    https://lechosauvage.fr/

  2. Habitante de Grenoble, j’ai constaté avec plaisir cet agréable place retrouvée de la nature en ville, même si c’était déjà le cas avant le confinement dans certains parcs où des zones n’étaient pas tondues. Enfin des fleurs et des insectes ! On s’étonne déjà des nombreuses allergies chez les enfants, laissez les se rouler dans l’herbe et observer les insectes !
    Encore une histoire de partage de l’espace public, et cette fois avec d’autres espèces que nous.
    Les râleurs maladifs et toqués y voient un signe de déchéance quand tout n’est pas tondu à ras sans rien qui dépasse (quelle tristesse) alors que ce n’est qu’économie pour les services d’entretien et amélioration de notre cadre de vie.

  3. J’ai vécu en Russie à St Pétersbourg dans les années 90. Par manque de moyen plus que par volonté, la nature en ville et dans les parcs autour des villes était bien moins domestiquée et entretenue qu’en France. Je me souviens qu’à l’époque je trouvais que ces espaces à demi sauvages étaient bien plus apaisants et agréables que les espaces verts que je connaissais en France. Il existait aussi des endroits très pollués, des gravas déposés n’importe où mais le végétal était plus vigoureux qu’en France et occupait beaucoup l’espace même dans des zones urbanisées, notamment dans les banlieues. Les russes appréciaient cette nature omniprésente. En revenant à Paris, j’ai trouvé nos parcs bien ternes.

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