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Le jardin d’Yvonne : la transition à portée de bêche

« Cultiver le partage et partager les cultures », voici la devise de ce jardin collectif cultivé en permaculture. Véritable petit poumon dans la ville, il est le fruit d’un collectif d’habitants de Villeurbanne en banlieue lyonnaise.Visite guidée.

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De nombreux curieux retrouvent le sourire quand ils passent devant ce petit bout de terrain. Les 300 mètres carrés sont bien remplis : tout au fond, une cabane entièrement construite avec des matériaux de récupération. Juste à coté, un récupérateur d’eau de pluie et des toilettes sèches. Au milieu, un plancher et quelques tables pour se retrouver et refaire le monde. Il y a aussi l’incontournable composteur où épluchures et déchets verts macèrent en attendant de devenir engrais. Et partout, la nature. Des plantes grimpantes qui courent joyeusement sur le grillage, des légumes en tous genres, de drôles d’espèces que personne ne connaît, des herbes folles et des tournesols qui offrent leurs dernières fleurs avant l’hiver. Bienvenue au jardin d’Yvonne !

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Ce lieu a d’abord germé dans la tête d’un collectif d’habitants débordant d’idées et d’envies. Ce groupe, c’est Villeurbanne en transition. Au départ, les fondateurs organisent quelques réunions dans les appartements des uns ou les cafés des autres pour appréhender le monde et tenter de le changer. Puis rapidement vient l’envie de passer à l’action, d’avoir un outil concret pour assurer la résilience*. C’est de cette énergie qu’est née l’association Les jardins en transition et le premier jardin de la série, celui d’Yvonne.

Cette association s’inscrit dans un mouvement global, qui regroupe plus de 2000 initiatives dans le monde : celui des villes en transition. Né en Angleterre en 2006 dans la petite ville de Totnes sous la houlette de Rob Hopkins, il invite à réfléchir à de nouvelles manières d’organiser nos sociétés. Nos modes de vie actuels basés sur les énergies fossiles ne sont pas envisageables sur le long terme ? Le mouvement de la transition pousse à trouver des alternatives au tout pétrole. Parmi les valeurs, trônent également celles de remettre la solidarité et la coopération au centre des rapports humains et d’écarter ainsi le repli sur la sphère privé et la montée de l’individualisme.

Vaste programme, mais concrètement on fait comment ? On laisse fleurir les idées. Aujourd’hui, des centaines d’initiatives fleurissent partout dans le monde afin d’assurer la résilience à l’échelle locale. Elles prennent des formes multiples : relocalisation de l’économie, diminution de la consommation d’énergies fossiles, tissage de liens de solidarité, développement de l’autonomie des territoires. Concrètement, ce sont les monnaies locales, les circuits-courts, les repair café, les Incroyables comestibles ou comme ici les jardins collectifs.

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Le jardin d’Yvonne à la base, c’est donc ça : un moyen de s’inscrire dans ce mouvement, de glisser vers un nouveau modèle. C’est bête comme chou mais un petit bout de terrain qu’on mutualise, ça permet beaucoup :  se reconnecter avec la terre, rencontrer ses voisins ou encore assurer l’autonomie alimentaire même si, pour le moment, il est loin de nourrir tout le quartier.

Fidèle aux principes du mouvement des villes en transition, la parcelle est entièrement partagée et on y jardine selon les principes de la permaculture. Késako ? La permaculture, c’est le jardinage des flemmards : s’inspirer de la nature pour que le jardin soit le plus autonome possible selon trois principes. Prendre soin des hommes, soigner la terre et partager les cultures. Mais ne vous y trompez pas, c’est une méthode très pointue. L’organisation de l’espace comme le choix des cultures, leur association et leur emplacement sont méticuleusement réfléchis. Ici  pas de pesticide : on chasse les limaces avec du marc de café et on nourrit le sol avec du fumier et des matières végétales.

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Le jardin c’est aussi un espace ou l’on se rencontre. Demandez aux jardiniers pourquoi ils viennent. Ils vous répondront qu’ils sont là pour mettre les mains dans la terre, mais surtout pour la convivialité ! Ateliers cuisine, récolte de graines, fête de la musique, tous les moyens sont bons pour se retrouver. Et les plus jeunes sont aussi de la partie : régulièrement des enfants des structures du quartier viennent au jardin pour gratter le sol, découvrir les petites bêtes et goûter les herbes aromatiques.

tajine pommes de terre du jardin

Comment ça s’organise tout ça ? Le terrain est mis à disposition par la Métropole grâce à une convention avec la ville de Villeurbanne. L’association est en lien avec une multitude de partenaires qui l’accompagnent dans sa construction échangent leur savoir-faire, elle appartient notamment au réseau du passe-jardins qui fédère l’ensemble des associations de la région. Et qui est le jardinier en chef ? Yvonne ? Vous n’y êtes pas. Dans un monde ou les structures sont souvent pyramidales et contraignantes, on cherche ici à inventer de nouveaux modèles d’intelligence collective où chacun peut trouver sa place en fonction de ses envies ou de ses compétences.

Le jardin d’Yvonne c’est un mini laboratoire où l’on se rencontre, où l’on teste de nouveaux modes de cultures, où l’on organise des ateliers, des outils participatifs… Et surtout où l’on passe de bons moments. Et vous, vous l’assurez comment la transition ?

 

* La résilience est un concept clé dans le mouvement des villes en transition : à l’origine, le terme a été utilisé en physique des matériaux pour décrire la capacité de la matière à reprendre sa forme après un choc. Utilisé en écologie depuis les années 70, il désigne l’aptitude d’un écosystème à se régénérer après un traumatisme. Pour en savoir plus sur la notion de résilience, c’est ici.

Merci à Célia pour les photos.

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