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Un bol chaud et le cœur au creux des mains

Échanger avec Antoine Yerochewski autour de son métier, ce serait un peu comme rencontrer un grand sage : l’occasion de parler de conscience, de choix, d’énergie, d’empathie. À la différence qu’il ne vit pas dans de hautes sphères métaphysiques mais sur les hauteurs de Belleville, bien ancré dans son quartier parisien, où son restaurant les Bols d’Antoine bouillonne, même en ces temps de confinement.

Texte et photos : Julie Subiry

Lorsqu’il ouvre son restaurant à Belleville, les Bols d’Antoine, ledit Antoine est fatigué par des années de travail et de fête. Il vient de traverser une mauvaise passe dans sa vie personnelle. Lui qui s’est toujours intéressé à la cuisine et qui a beaucoup voyagé pour découvrir sa diversité veut aller plus loin : comment l’alimentation peut être curative pour le corps et l’esprit ?

Il se forme alors en naturopathie pour comprendre la manière d’assimiler les nutriments. Au départ, le jeune patron le fait de manière un peu égoïste, pour se faire du bien, puis sa conscience s’élargit à la cause animale et environnementale, et infuse enfin la carte de son restaurant fraîchement ouvert.

De la prise de conscience aux bols sains, il n’y a qu’un pas. Petit à petit, la viande ou le poisson laissent la place aux céréales et légumineuses. Légumes de saison, graines et épices s’invitent à la fête. La cuisine devient vegan sans être ainsi nommée. Pour la première fois, Antoine prend les manettes en cuisine.

Le cuistot n’en était pas à son premier coup d’essai. Après des études d’ingénieur classées sans suite et un job de serveur dans l’Est parisien, il récupère la concession du restaurant du Centre dramatique national de Montreuil. Le défi est de taille, il doit organiser les pots pour les soirs de première pour 400 personnes. C’est là qu’Antoine forge sa persévérance : Quand tu t’engages, tu dois le faire, pas le choix ! Puis il s’associe avec son ancien patron pour ouvrir le restaurant « Mon cœur », à Belleville. L’emplacement est exceptionnel, la vue magnifique, mais le quartier est compliqué . Il se retrouve à trois reprises avec un pistolet sur la tempe… Une fois encore, les difficultés tissent la suite de l’histoire.

Pour Antoine, le restaurant a toujours été un lieu de partage et de convivialité, ouvert à tous. Mais aujourd’hui, c’est aussi un outil pour se réaliser. C’est une évidence, cela doit passer par la solidarité. Le premier confinement donne l’impulsion : il cuisine les invendus, et, armé de son petit caddie, organise des distributions dans le quartier. Il continue un temps en solo puis met en place une collecte solidaire : avec les 25 000 € récoltés (via KissKissBankBank) et une équipe de bénévoles, il sillonne Paris pour distribuer des repas bons et sains aux soignants et aux sans-abris.

Depuis le 30 octobre, date du deuxième confinement, le restaurant ne peut plus accueillir de public. Antoine continue de proposer des plats à emporter… mais l’activité est peu intense. Il a alors le temps et l’espace nécessaires pour organiser des collectes et stocker vêtements, chaussures, jouets… C’est ainsi qu’à Noël, il a pu offrir des cadeaux à 80 familles en partenariat avec la Croix Rouge. Les dimanches, il reprend les maraudes en s’associant à Social Vision. Des sportifs bénévoles sillonnent l’Est parisien en courant pour distribuer une centaine de soupes, des vêtements et un peu de chaleur humaine. Antoine est également engagé auprès du collectif Les Midis du Mie qui accompagne des mineurs isolés étrangers.

On demande à Antoine comment il voit l’avenir, il est confiant. Pour lui, la crise sanitaire a éveillé beaucoup d’entre nous : On se rend compte de l’importance du lien, des petits commerces, du local, de la nécessité d’agir à plusieurs. Le bonheur est contagieux, le pouvoir est dans le collectif !

3 commentaires

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  1. Chapeau pour sa persévérance!
    et courage! plein de « petites personnes » et plein de belles actions
    vaincront le chacun pour soi et la solitude.

  2. Bravo, quel engagement, ca fit chaud au coeur, merci pour tous ces gens oublies, isoles
    Virginie infirmière à domicile

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