Terminus, tout le monde monte !

Arrivés à la gare de Perrache à Lyon, rares sont les voyageurs qui prennent le temps de flâner. Pourtant, pour celui qui aspire à se perdre dans des lieux insolites, avec pour seul désir de se sentir seul au monde, le centre d’échanges de Perrache offre une opportunité atypique et verdoyante. Bienvenue dans les Jardins suspendus.

Texte et photos : Anne-Lore Mesnage

Le temps d’une escale, un voyageur prend le temps de profiter des premiers rayons du printemps. Ils sont peu nombreux à prendre de la hauteur chaque jour. Les jardins suspendus de Perrache, rarement connus des voyageurs de passage, permettent pourtant de s’oxygéner. Sous ce jardin, une fourmilière humaine traverse la gare pour se rendre au quatre coins de Lyon. C’est aussi le lieu où il est possible de prendre le train, d’emprunter un vélo’v un bus, le tramway ou un métro.

Au dernier étage de la gare, le premier mur végétal dépolluant du monde est installé en 2007, complété en 2010 par des colonnes végétales dépolluantes recouvrant les silos. Ce sont pas moins de 400m2 qui ont été recouverts, les bactéries se nourrissant de l’air pollué, et rejetant de l’oxygène. Le procédé permettrait une réduction d’environ 80 % de la concentration atmosphérique des composés organiques volatils et 50 % du dioxyde de soufre et d’azote. Une nécessité absolue dans cette jungle urbaine qu’est le centre d’échanges qu’on accuse d’avoir fait entrer l’autoroute en ville.

Rappelons-nous, dans les années 70, la politique du 100% voiture a conduit à l’ouverture du tunnel de Fourvière et l’arrivée de l’A6 et de l’A7  dans cette partie de la ville. Depuis quelques années, ce quartier Confluence vit une mutation urbanistique sans précédent.

Depuis 2011, avec pour volonté de mener un projet expérimental dans l’espace public, l’association des jardins suspendus exploite 800m2 de terrain sur le toit. L’idée n’est pas de nourrir des familles entières, mais de mener une action de sensibilisation et d’inciter les participants à mener un changement dans leurs habitudes alimentaires.

Près du confluent du Rhône et de la Saône, le jardin suspendu propose une vue imprenable sur la basilique de Fourvière. Sur cette dalle de béton en plein centre ville, on compte pas moins de 2 200 m2 de terre exploitable. Sa réalisation a nécessité le dépôt de 4 000 m3 d’un mélange de terre végétale allégée et a permis d’avoir jusqu’à 1,40 m d’épaisseur de terre sur certaines parcelles. La ville sollicite des jardiniers ayant suivi une formation spécifique pour son entretien. Quant au jardin partagé, un paysagiste et un maraîcher ont adhéré à l’association et conseillent les jardiniers sur les projets à mener.

Les jardins partagés sont gérés collectivement, en partenariat avec les Espaces Verts de la Ville de Lyon, par plusieurs associations. Chacune d’elle dispose d’une parcelle pour mettre en œuvre des projets éducatifs, artistiques ou pédagogiques. Des projets collectifs sont régulierement organisés (pique-niques, portes ouvertes, expositions). L’objectif de ces jardins est de favoriser les rencontres et les échanges entre jardiniers de tous âges, de cultures et d’histoires diverses. Le jardin est également considéré comme un lieu de création et d’expression et les projets culturels y sont les bienvenus.

Le président de l’association, Bruno Savi, et son fils. Depuis 2011, l’association Les jardins suspendus propose des parcelles de 9m2 à ses adhérents souhaitant un jardin individuel. Elle favorise une agriculture biologique, et a créé récemment des parcelles en permaculture. L’association est très active et permet de développer des projets éducatifs en partenariat avec des écoles. Elle a invité les élèves de l’Ecole d’architecture à imaginer leur abris de jardin. Elle propose aux crèches d’expérimenter le jardinage avec les plus petits. Et elle se fait jardin-école pour les établissements horticoles souhaitant former les jeunes à l’animation des espaces verts en milieu urbain.

Aujourd’hui, le chant des oiseaux nous ferait presque oublier que nous nous trouvons au sommet du bâtiment qualifié de “Connerie du siècle” ou encore de “Goldorak”. À quelques dizaines de mètres du sol, les jardins suspendus permettent de s’isoler du reste du monde, loin de la cacophonie qui, pourtant, se trouve juste là, sous nos pieds.

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