À l’école de la liberté

C’est à Lablachère, en Ardèche, que Sophie Bouquet-Rabhi a initié le projet de la Ferme des enfants. L’école, qui a ouvert en 1999, se veut un lieu expérimental où il est possible de grandir en totale harmonie avec la nature. 80 enfants évoluent quotidiennement sur ce bout de garrigue, dans cette oasis de la bienveillance.

Textes et photos : Anne-Lore Mesnage

Sophie Bouquet-Rabhi est née et a grandi à quelques kilomètres de la Ferme des enfants, dans la ferme familiale. Fille du célèbre Pierre Rabhi, c’est au sein de sa propre famille qu’elle a su puiser les enseignements des bienfaits de la bienveillance appliquée à l’éducation et au vivre ensemble.

Aussi, après la naissance de son premier enfant, le projet s’est imposé à elle : créer la Ferme des enfants à deux pas du Hameau des buis qu’elle a également mis sur pied avec son mari Laurent Bouquet. Dans ce lieu de vie écologique d’une vingtaine de logements, des retraités vieillissent paisiblement, près des jeunes.

L’école est constituée de plusieurs yourtes. La plus grande accueille les enfants de maternelle. Les autres sont destinées aux jeunes de primaire et collège. Mais ici le niveau et l’âge de l’enfant importent peu. Chacun évolue à son rythme, sans programme imposé.

À l’heure du repas, un adulte initie un moment de lecture dans l’herbe. Aucun enfant n’est sollicité pour cette activité, et chacun peut vaquer à ses occupations. La lecture n’est pas imposée, ceux qui ont envie d’écouter l’histoire se réunissent devant la yourte.

Dans la médiathèque, des adolescentes s’adonnent à la lecture. La philosophie du lieu veut que l’apprentissage se fasse naturellement, par simple nécessité. Les enfants apprennent à lire seuls, et découvrent le plaisir de la lecture en s’adonnant d’emblée à une méthode globale.

Le principe veut que le besoin crée la volonté, et donc l’apprentissage et le savoir. C’est une forme d’instinct de survie qui dicte l’apprentissage naturel. Et ça marche : les jeunes de l’école en âge de passer le diplôme du brevet et qui ont souhaité se présenter à l’examen l’ont réussi.

À l’école de la démocratie, on enseigne aux enfants à prendre part à la vie de la société. Dès qu’un conflit se présente, ou lorsqu’une question concernant le groupe ou un de ses membres se fait pressante, les adultes et les enfants se réunissent dans la yourte destinée aux médiations.

En cercle, chacun est invité à s’exprimer à tour de rôle, et ensemble, adultes et enfants (qu’on appelle dorénavant des citoyens) trouvent des solutions, et désamorcent les conflits grâce aux méthodes de la communication non-violente.

La question de l’apprentissage est fondamentale au sein de la Ferme des Enfants. Et la décision de passer à une école démocratique a été longuement réfléchie. Lors du changement officiel vers cette méthode d’apprentisage, pas moins de 20 enfants ont quitté l’école, car leurs parents ou eux-même n’étaient pas en accord avec ce choix. Certains avaient besoin de se fixer des objectifs plus tangibles quel que soit le contexte de l’apprentissage.

Pour Thomas, venir enseigner à la ferme des enfants était une évidence. L’école démocratique est pour lui un modèle pédagogique, et il avait pour projet, avant de rencontrer Sophie Rhabi, d’ouvrir un établissement de ce type. Thomas cite de nombreuses références qui l’ont inspiré pour développer son approche : John Holt (Les apprentissages autonomes), Léandre Bergeron, (Comme des invités de marque), André Stern (Je ne suis jamais allé à l’école), ou encore la réalisatrice Clara Bellar (Être et devenir ).

La ferme des enfants est située sur un plateau de garrigue. Le paysage y est grandiose. Des jeunes et une adulte référente ont choisi de s’installer face aux collines pour pratiquer le yoga.

Les activités sportives sont très appréciées par les enfants. Le temps passé à l’intérieur est minime par rapport aux expérimentations qu’ils mènent au contact de la nature.

Dans la menuiserie, Julio, né ici, range un outil à sa place. La présence d’un adulte est nécessaire pour accéder à ce lieu. C’est un des rares endroits où ils ne peuvent s’aventurer seuls.

Julio est très fier de montrer le couteau qu’il a dans sa poche. Ici, dès leur plus jeune les enfants passent “le permis couteau”. Une manière de les responsabiliser en les incitant à en faire bon usage.

Aujourd’hui, Julio aide son père qui construit la future salle de traite pour les chèvres à côté de la menuiserie.

Le lieu porte bien son nom. La Ferme des enfants est bien le territoire des plus jeunes. Ils font corps avec l’environnement naturel, et rien ni personne ne peut leur interdire de se l’approprier… tout en le respectant.

Ici, un seul mot d’ordre : jouer ! Il n’y a plus de programme depuis la rentrée. Les enfants sont en exploration continue. Ils apprennent à vivre à ensemble, s’occupent avec des activités qui leur plaisent et qu’ils initient.

Tout est permis, et aucun adulte ne pourra les empêcher d’atteindre leur objectif, sauf s’ils se mettent en danger.

La confiance en l’enfant est une des bases de la bienveillance apportée par les adultes au sein de la Ferme des enfants. Elle est la colonne vertébrale de l’apprentissage.

Isaac tombe du hamac et se relève sans pleurer… pour mieux y retourner.

À la Ferme des enfants, les plus jeunes apprennent à connaître leurs limites, naturellement, sans l’aide des adultes. Ainsi ils acquièrent une rapide confiance en eux.

Les enfants ont accès quand ils le souhaitent à la garrigue, et chacun est libre de se promener dans la forêt ou de descendre à la rivière quand bon lui semble, seule la baignade n’est autorisée sans la présence d’un adulte.

Isaac est allongé dans sa cabane secrète et raconte qu’un accès permet d’entrer dans les entrailles de la terre et de faire de la spéléologie. Il prétend même y être allé.

La Ferme des enfants fonctionne beaucoup sur l’échange. Les habitants du Hameau des buis viennent régulièrement proposer des activités : promenade des chèvres , sérigraphie, atelier savon… Les propositions ne manquent pas et permettent de faire se rencontrer toutes les générations.

Lorsque Sophie Rabhi a accepté que je vienne faire un reportage, elle m’a demandé de proposer un atelier photo aux enfants. Capter leur attention n’a pas été chose facile, chacun vacant à ses occupations ici et là telles des abeilles en plein butinage.

La curiosité d’Isaac lui permettra d’expérimenter mon appareil photo. Il me demande alors de me camoufler sous des feuilles mortes, dans la forêt.

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