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Roule ma poule

3700 kilomètres à vau-l’eau à vélo

De l’Ardèche jusqu’à l’océan Atlantique, Pierre Hérant a joué de la pédale au fil de la Loire sur plus de 1 000 kilomètres. Après avoir arpenté à pied le massif des Pyrénées l’année dernière, il s’est perché cette fois sur sa selle de VTT, bivouac dans les sacoches.

Le mont Gerbier de Jonc (Ardèche) est un « suc », le vestige du cône d’un volcan né il y a une dizaine de millions d’années. © Pierre Hérant

De Nice au mont Gerbier-de-Jonc

Né en Touraine, j’ai baigné durant toute mon enfance et toute mon adolescence dans l’histoire des rois de France dont les magnifiques châteaux sont alignés comme des joyaux sur le fil de la Loire. Je pensais depuis longtemps suivre ce fleuve depuis sa source en Ardèche jusqu’à son embouchure dans l’océan Atlantique en un parcours représentant plus de mille kilomètres. Faire la descente en canoë aurait été idéal, mais comme je voulais poursuivre mon périple au-delà, c’est le vélo qui constituait dans ce cas le meilleur moyen de locomotion.

En août 2020, j’ai chargé mon équipement de bivouac sur un VTT puis en partant de mon domicile à Nice j’ai roulé sur les petites routes à travers les Alpes-de Haute-Provence, la Drôme et l’Ardèche en direction du mont Gerbier-de-Jonc. Après 500 kilomètres parcourus, je suis arrivé à la source de la Loire, où plutôt à ses sources, car celles-ci sont au nombre de trois. Il y a la source « authentique », la source « géographique » et la source « officielle », qui se chamaillent pour s’attribuer la paternité du fleuve. Toutes prennent évidemment grand soin à cacher que l’origine de la Loire ne se situe pas au pied du mont Gerbier-de-Jonc comme nous l’avons tous rabâché à l’école, mais sous le rocher du Pradoux situé quelques kilomètres plus loin et un peu plus haut, d’où sort l’Aigre Nègre, le minuscule filet d’eau qui deviendra le plus long cours d’eau de France.

Le château de la Roche (Loire) bâti sur un éperon dans les gorges de la Loire. © Pierre Hérant

Le long de la Loire du Mont Gerbier, de Jonc à Saint-Brévin-les-Pins

Parvenu à 1 400 mètres d’altitude, il ne me restait plus qu’à me laisser guider par le fleuve dans son parcours tortueux à travers les reliefs de la Haute-Loire et de la Loire. Une fois arrivé au sortir de ses gorges, j’ai suivi ses levées et son canal latéral dans sa large vallée dans l’Allier, la Nièvre, le Loiret, le Loir-et-Cher et l’Indre-et-Loire. Après quatorze jours de route, je suis parvenu à Tours, puis dans mon village natal : Le Grand-Pressigny, au sud de l’Indre-et-Loire. J’y étais venu à pied depuis Nice deux ans auparavant en cinquante-trois jours de marche. J’avais ainsi la confirmation qu’un périple à vélo est à peu près quatre fois plus rapide qu’à pied. C’était tant mieux, le chemin du retour jusqu’à Nice comportant encore un nombre considérable de kilomètres.

Après avoir revu ma famille, la Loire m’a ensuite conduit de château en château à Villandry, Rigny-Ussé, Saumur et Angers sous le regard de vieilles et magnifiques demeures de tuffeau blanc. Seuls quelques bateaux à voile amarrés le long des berges m’ont rappelé que la gigantesque flotte de plusieurs dizaines de milliers d’embarcations de la marine de Loire a sillonné le fleuve durant plusieurs siècles à partir du Moyen Âge.

Devant le château de Gilles de Ray à Pornic (Loire-Atlantique). © Pierre Hérant

Sur le rivage de l’Atlantique, de Saint-Brévin-les-Pins à Royan

Après être parvenu à Saint-Brévin-les-Pins, le rivage de l’Atlantique est devenu mon nouveau fil conducteur dans un paysage océanique totalement différent. J’ai longé quantité de ports de pêche, de plages de sable, de falaises rocheuses, traversé les immenses marais vendéens, fait des incursions dans les îles de Noirmoutier, de Ré et d’Oléron et croisé les coureurs du Tour de France. C’est dans cette ambiance de vacances sous un ciel demeurant bleu en permanence que je suis arrivé sans même m’en rendre compte à Royan et à l’embouchure de la Gironde.

En attendant que la mer libère le passage du Gois vers l’île de Noirmoutier (Loire-Atlantique). © Pierre Hérant

De Royan à Sète par le canal des Deux-Mers

Puis en suivant les chemins de halage du canal de Garonne d’abord, puis du canal du Midi ensuite, je suis passé de l’océan Atlantique à la mer Méditerranée. Ce bel itinéraire m’a fait découvrir à partir de Bordeaux ces deux prodigieuses « routes d’eau » creusées il y a plusieurs siècles pour assurer une liaison sûre entre Royan sur l’Atlantique et Sète sur la Méditerranée, en évitant le contournement très dangereux en bateau de la péninsule ibérique.

Peut-on trouver plus bucolique que le canal de Garonne ? © Pierre Hérant

C’est en roulant à travers les vignobles sous des platanes pluricentenaires, aux côtés de vieilles péniches amarrées en nombre considérable sur les berges, que j’ai traversé les villes de Toulouse, Castelnaudary et Carcassonne, les trois capitales du cassoulet, avant de parvenir à l’étang de Thau, puis à Sète. Les premiers flamants roses rencontrés m’ont confirmé que j’étais dorénavant revenu très près de mon point de départ. Il me suffisait pour cela de suivre la mer Méditerranée vers l’est.

La Camargue n’est plus très loin. © Pierre Hérant

De Sète à Nice en longeant la mer Méditerranée

Après un mois de grand beau temps, je pouvais m’attendre à ce que le temps change, mais pas à ce point ! L’épisode cévenol du mois de septembre 2020, qui s’est traduit par de violents orages sur l’ensemble du massif des Cévennes, m’a contraint à fuir vers l’est. Ce fut alors un sauve-qui-peut durant deux jours, durant lesquels j’ai filé aussi vite que mes jambes le permettaient jusqu’à Arles puis Aix-en-Provence afin d’éviter les très fortes pluies.

Habitants et touristes s’étant précautionneusement mis à l’abri, ce fut l’occasion pour moi de longer lors de ma dernière journée de route une Côte d’Azur abandonnée dont les plages et les routes de bord de mer étaient toutes vides d’occupants. Et comme le temps très perturbé avait repeint de couleurs somptueuses les ocres de l’Estérel, les buissons du maquis et les flots de la mer, ceux-ci m’offrirent le plus beau spectacle qui soit à l’issue de ces 3 700 kilomètres et trente-six jours passés sur les petites routes, les chemins et les pistes.

Les couleurs somptueuses de la corniche de l’Estérel par temps d’orage. © Pierre Hérant

Mes conseils pratiques pour une randonnée à vélo

J’ai emprunté, totalement ou partiellement lors de ce périple, quatre grands itinéraires de randonnée à vélo qui suivent des voies vertes, des chemins de halage et des petites routes : La Loire à Vélo le long de la Loire, La Vélodyssée le long des rivages de l’Atlantique, Le canal des Deux-Mers le long du canal de Garonne et du canal du Midi et La Méditerranée à Vélo longeant de plus ou moins près la Méditerranée. Chacun d’entre eux peut être réalisé partiellement et indépendamment des autres. Il est possible de trouver chaque soir des gîtes ou des campings.

Un vélo tout chemin (VTC) ou un vélo tout terrain (VTT) permettent de passer sans encombre sur les portions de pistes non revêtues en emportant sur son porte-bagage tout l’équipement nécessaire pour un périple de plusieurs jours. Mais comme lors d’une marche en montagne, il est nécessaire de ne pas se surcharger, car à vélo aussi le poids est l’ennemi du randonneur.

Pour approfondir

Références

En détail, chacune des 36 étapes sont décrites à l’intention de ceux qui souhaiteraient se lancer dans tout ou partie de ce périple. Celles-ci peuvent être modulées en longueur et en durée en fonction des capacités de chacun. 

 

4 commentaires

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    1. Merci Pascal. Mon but en écrivant ce livre était effectivement de donner envie de partir sur tout ou partie de ce bel itinéraire.

  1. Magnifique périple! Pour avoir fait le Canal du Midi à vélo de Toulouse à Sète, le dépaysement est au total, avec un rapport au temps qui fait un bien fou en regard de notre rythme de vie « moderne ». Merci pour ce récit, qui me donne envie de renouveler l’aventure vers l’Atlantique et la Loire 🙂

    1. Merci David. J’ai moi aussi beaucoup aimé parcourir le canal du Midi. Suivre la Loire plonge dans une ambiance différente avec de nombreuses portions en pleine nature et des évocations historiques multiples tant l’histoire de fleuve a été tourmentée depuis des siècles.

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