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La ferme qui caquette

De l’église d’Auvers-sur-Oise, égérie de Van Gogh exposée au Musée d’Orsay, prenez la petite route qui mène au cimetière où reposent l’artiste et son frère Théodore. Ce 5 novembre 2013, le ciel est moins bleu qu’en juin 1890 mais la lumière rasante de ce début d’automne plairait encore aux expressionnistes. Poursuivez par la route des Tournelles bordée de montagnes de betteraves, tournez à gauche. Vous êtes arrivés chez Philippe Brard, fournisseur d’une vingtaine de  ruches franciliennes.

Chaque bâtiment sa pâture. D'un côté les coqs, de l'autre les oies, les poulets...
Fournisseur des ruches depuis 18 mois, la Ferme des Vallées approvisionne une vingtaine d’entre elles et a récemment embauché un salarié pour la distribution.

Bienvenue à la ferme des Vallées. Sur un petit chalet en bois, une pancarte rappelle les horaires d’ouverture du distributeur automatique : ouvert 7/7j, 24/24h. Des casiers abritent les productions de la maison : un kilo de pommes Jonagold, deux cuisses de poulet fermier, trois jus de pommes/framboises, six œufs. Ici vous glissez vos pièces et vos billets dans la machine et obtenez à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit votre kit pour le frichti. Jouer les fermes de garde, il fallait y penser. L’idée vient du fiston de la maison, Philippe, qui a repris l’exploitation familiale en 2002 et apporté pas mal de nouveautés depuis. « Mes parents sont arrivés ici en 1952 suite à leur expropriation de Cergy-Pontoise, rappelle le trentenaire. On leur a confisqué leurs hectares de maraîchage pour construire la ville. En échange, on leur a proposé des terres ici. » Très vite, les époux se convertissent aux céréales puis dans les années 70 développent l’atelier volailles. Ironie du sort, l’exploitation se trouve aujourd’hui dans le Parc naturel régional (PNR) du Vexin Français, créé en 1995, pour lutter notamment contre l’extension de la ville nouvelle de Cergy. Les Brard, symboles de la résistance agricole devant l’urbanisation galopante ? En quelque sorte.

Dans un coin de l'exploitation, 1,5 hectares de pommes, de poires et de prunes.
Dans un coin de l’exploitation, 1,5 hectares de pommes, de poires et de prunes.

« On est bien ici », soupire Philippe, en contemplant son blé qui ondoie sur fond de vergers, 1,5 hectares consacrés à la culture de pommes, de poires et de prunes labellisés « Marque Parc ». Cette distinction nationale est attribuée aux productions du terroir des 48 PNR qui non seulement respectent la nature mais en plus valorisent paysages et patrimoine. Les fruits de la ferme des Vallées portent donc le logo du Parc depuis 2003 et bénéficient ainsi d’une belle promotion de l’institution. « C’est sûr question visibilité ça aide d’être dans un Parc naturel régional. » Les fruits (re)marqués sont à croquer, à déguster en compote ou en confiture ou encore à boire, transformés en jus dans la conserverie de la commune voisine.

"Un bâtiment, c'est 3 semaines de vente de volailles."
« Un bâtiment, c’est 3 semaines de vente de volailles. »

De l’autre côté de l’exploitation, sept bâtiments bien alignés et numérotés accueillent les galliformes rangés par catégorie. Dans la bâtisse numéro 1, les chapons en goguette jusqu’à début novembre doivent désormais rester à l’intérieur pendant quelques semaines. Leur mission ? Faire du gras et  concocter une viande à marier avec les marrons. « Jusqu’à Noël on leur donne du maïs et du lait en poudre », précise Philippe. Du lait pour les gallinacées ? « Ca rend leur chair plus tendre », confirme le spécialiste ». Ah ouais. Bâtiment 2 : les oies, blanches et grises sont sorties se dégourdir les pattes dans la pâture attenante. Sidonie se met à feuler, à la manière d’un tigre en colère (bon d’accord en beaucoup moins fort). « Faut pas avoir peur, tente Philippe. Les oies c’est comme les chiens, ça peut être très sympas, certaines viennent te manger dans la main. » Poursuivons par le bâtiment suivant. Stupeur, il est vide. « On fait tourner les élevages. Chaque mois un bâtiment est nettoyé de fond en comble, on lui impose un vide sanitaire de plusieurs semaines. » Objectif grand nettoyage donc, on repassera.

Ca pond tous les combien une poule à la Ferme des Vallées ? Toutes les 25 heures exactement.
Ca pond tous les combien une poule à la Ferme des Vallées ? Toutes les 25 heures exactement.

Maison numéro 4, y’a quelqu’un ? Ca caquette fort on dirait. 250 poules pondeuses n’attendent que les lacets de Philippe pour venir les bécoter. Le reste du temps, éclairées dès 4h du matin pour obtenir leurs 14 à 18 heures de lumière quotidienne, toutes pondront un œuf toutes les 25 heures pendant un an avant de partir à la casserole. Ce qui donne… euh près de 80 000 œufs chaque année. Ici au numéro 4, on n’est pas dans l’élevage intensif mais on n’est pas dans le bio non plus. Les poules pondeuses n’ont pas accès pour le moment à l’herbe grasse du Vexin. Elles ne sont pas en cages pour autant. « Nous allons prochainement leur aménager un accès au grand air », promet l’éleveur. Ouf, parce que même si les normes autorisent ¼ de bestioles supplémentaires, la densité est proche d’une gare TGV un soir de départ en vacances.

Envie de poulet à 2 du mat' ? Courez au distributeur de la ferme des Vallées.
Envie de poulet à 2 du mat’ ? Courez au distributeur de la ferme des Vallées.

Je frappe au numéro 5, mademoiselle Angèle n’y est pas. Les filles non plus. Le hangar est réservé aux coqs promis au même destin que les chapons de Noël. Numéros 6 et 7 : voilà l’antre des poulets, ceux qui régalent les membres des ruches de leurs filets, leurs cuisses ou leurs ailes. « Jusqu’à deux mois, on parle de poussin, précise Philippe avant de pousser la porte, de 2 à 4 mois il s’agit de poulet et au-delà on bascule dans le monde des coqs ou des poules. En fait, les poulets, ce sont un peu nos ados. » Pourtant on a beau chercher, aucun ne fume des clopes en cachette, ni ne boulottent de chips devant un écran. Les poulets passent sagement de leur maison à l’herbe, picorent un mélange de céréales à base de blé de la maison, de maïs, de pois, de fèveroles et de compléments minéraux, boivent, croquent la vie à pleines dents pendant 120 jours minimum quand les poulets de supermarchés sont abattus à moins de 40 jours. « Le dernier mois, on ne leur donne que du blé, précise Philippe, pour qu’ils ne soient pas trop gras. »

Voilà pour les chaumières, reste à visiter l’abattoir de la ferme. Bonne nouvelle, on est lundi, il ne tourne pas. On aperçoit donc la chaîne sur laquelle vont finir les poulets sans personne dessus. C’est hypocritement plus tenable parce qu’on est bien contents de retrouver chaque semaine les volailles dans nos assiettes. « Notre abattoir fonctionne trois jours par semaine, cela nous permet de servir des clients tous les jours de la semaine. C’est un vrai plus.»

Ma mère l'Oie et ses copines.
Ma mère l’Oie et ses copines.

La visite est terminée, la nuit vient de tomber sur la ferme des Vallées. L’église de Van Gogh vient de sonner les 6 coups du soir. Dans la maison numéro 7, les portes sont désormais fermées. Les poulets se préparent à une bonne nuit au chaud sur la paille.

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