Drones et compagnie

Smartfarming, l’agriculture télécommandée

Vous aviez déjà du mal à savoir ce qu’était une déchaumeuse, un andaineur ou une suceuse à grains, voilà qu’on vous parle désormais de smartfarming, de guidage RTK et de drone. Voici une mise à niveau express pour ne pas avoir l’air d’un plouc quand vous allez dans les champs.

« Le départ en retraite de 2 salariés remplacés par 2 petits jeunes m’a incité à passer au numérique sur l’exploitation, explique Gabriel Delory, agriculteur à Chocques (62920) qui a équipé son matériel agricole de systèmes de guidage RTK (par satellite). Même si le retour sur investissement est encore difficile à mesurer, l’intérêt de ces technologies numériques est multiple : plus de précision dans les travaux des champs, plus de confort dans la conduite du matériel agricole, un peu moins de carburant et d’intrants, et surtout des outils d’aides à la décision précieux pour le pilotage de l’azote sur les parcelles ou l’optimisation des rendements et de la richesse de la plante (comme le pourcentage de protéines par exemple). Par contre, si vous me demandez si je suis tenté d’utiliser les possibilités de guidage GPS pour faire travailler mes gars la nuit. C’est hors de question ! La nuit, c’est fait pour dormir ! »

Agriculture intelligente

Gabriel pratique donc le smarfarming, l’utilisation des nouvelles technologies pour optimiser la production et le pilotage de son exploitation. On pourrait traduire par « agriculture intelligente » dans le sens où elle est amenée à compléter les connaissances dont l’agriculteur a besoin pour pratiquer une agriculture de précision. L’enregistrement d’informations via GPS, satellite, capteurs, drones, combiné au traitement informatique de bases de données (Big Data) permet de mettre à la disposition de l’agriculteur connecté des outils d’aide à la décision et des nouvelles techniques agricoles. Pour quoi faire ?  D’une part, obtenir de meilleurs rendements et d’autre part, utiliser moins d’engrais chimiques et de produits phytosanitaires.

Pour ne plus perdre une goutte

Thierry Baillet, agriculteur à Loos-en-Gohelle, dans les Hauts de France, s’inscrit aussi dans cette logique. Il a installé sur ses parcelles de pommes de terre, le dispositif d’agriculture de précision proposée par la société Weenat. « Un pluviomètre connecté mesure et remonte des informations en temps réel sur un portail qui permet à l’agriculteur de suivre l’hygrométrie, la pluviométrie, la température et l’assèchement des buttes de pommes de terre en temps réel, » explique la start-up lilloise. En fonction du type de sol, de la variété de pomme de terre, l’outil permet d’apporter le juste besoin en eau à la plante, à chaque stade son développement. « Au final, des économies d’eau et surtout de meilleurs rendements devraient être à la clé, espère l’agriculteur. Il faudra attendre encore un peu pour avoir quantifier le retour d’expérience mais les premiers tests semblent prometteurs. »

Pour l’heure, le smartfarming ne concerne qu’1% des terres cultivées, soit près de 150 000 hectares mais la pratique fait déjà beaucoup parler d’elle. Le 28 janvier dernier, l’Institut supérieur d’agriculture de Lille organisait une conférence sur le thème : « comment la France peut-elle devenir leader du Smartfarming ? » Dans les deux amphis bondés, les témoignages intéressaient autant qu’ils interrogeaient. On se félicitait des premiers bons résultats, des écarts de rendements observés à l’échelle intra-parcellaire sur des cultures optimisées par les techniques d’agriculture de précision. On se rappelait que la France dispose de savoir-faire considérables dans tous les domaines du smartfarming : solutions électroniques, éditeurs de logiciels, constructeurs de matériels et de robots agricoles, constructeurs de capteurs et de drones, start-up de l’économie numérique, écoles d’ingénieurs…

Mais dans le même temps, on se demandait si la main mise sur le Big Data par des multinationales américaines comme Monsanto ou Google n’était pas une menace pour la souveraineté agricole française ?  Si l’agriculture connectée et de précision était en mesure d’apporter des réponses à l’équation économique et environnementale que l’agriculture française doit résoudre ?

Tous connectés ?

Au final,  reste en suspens une question fondamentale : toutes les exploitations doivent-elles prendre le virage du numérique ?  Ou le XXIe siècle verra cohabiter deux types d’agriculture ? « On ne fait que ça de s’adapter dans le milieu agricole : nouveaux produits, nouveaux matériels, nouvelles techniques, nouvelles normes, nouvelles réglementations, mais si c’est encore pour investir toujours plus en gagnant de moins en moins, on a déjà donné ! » rapporte un agriculteur.  « L’agriculture connectée, c’est sans doute l’avenir, mais on aimerait bien y voir clair et surtout savoir ce que ça peut nous apporter, combien ça risque de coûter et à qui ça va encore profiter tout ça ! ». En attendant, 99% des terres ne connaissent aujourd’hui que les bottes bien réelles des paysans.

 

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Demain le Cofarming ?

L’utilisation des nouvelles technologies pour optimiser les coûts de l’exploitation. On pourrait le traduire par « agriculture du partage ». Laurent Bernede, fondateur de WeFarmUp qui a démocratisé ce terme est le premier à reconnaître que la pratique du partage et de l’entraide est depuis toujours très ancrée dans le monde agricole. Toutefois, le numérique et l’agriculture connectée permettent d’aller encore plus loin dans les possibilités de partage offertes par internet. C’est pour cette raison que la start-up qu’il a créé est souvent décrite comme le AirBnB ou le BlaBlaCar du matériel agricole. D’un côté, des agriculteurs qui possèdent du matériel sous-utilisé dans leur hangar. De l’autre des agriculteurs qui préfèrent louer le matériel dont ils ont besoin plutôt que d’investir lourdement dans un équipement qui ne servira que quelques jours ou quelques semaines par an. Pour en savoir plus sur WeFarmUp.

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