Poêlée de ma rue : coulemelle et épinard sauvages

Se fournir chez les producteurs, c’est super, mais aller chercher ses aliments directement chez la grande Productrice en chef, c’est encore mieux ! De qui je parle ? De Mère Nature, bien sûr, celle qui nous offre généreusement ses trésors comestibles là, juste sous nos pieds, au fond du jardin, au coin de la rue ou au bord de la route. Ceux-ci sont sauvages, ultra frais et gratuits bien sûr ! Voilà deux exemples cueillis près de chez moi.

La coulemelle (Macrolepiota procera) *. Parce qu’il n’y a pas que les cèpes dans la vie et que de toute façon, mon voisin ne me révèlera jamais, même sous la torture, l’emplacement du fameux coin secret d’où il ramène des brouettes pleines de la star des champignons, j’ai décidé de m’intéresser aux variétés plus modestes qui avaient la bonne idée de pousser juste sous ma fenêtre. C’est là que j’ai découvert, un beau matin d’automne pluvieux, la coulemelle.

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De la forme d’une baguette de tambour lorsqu’il est jeune, puis d’une élégante ombrelle quand il est complètement ouvert, ce champignon (encore appelé lépiote élevée) possède un délicat goût de noisette. Qui plus est, sa taille conséquente – avec un chapeau de 10 à 30 cm de diamètre pour un pied de 15 à 40 cm de haut, c’est, d’après Wikipedia, le plus grand champignon des régions tempérées – le rend facilement repérable. Plus besoin de farfouiller sous les feuilles mortes et les buissons pendant des heures…

Autre avantage : on peut préparer une belle poêlée avec seulement deux ou trois spécimens dans son panier. On ne mange que les chapeaux, frits à la poêle ou grillés au barbecue, panés, émincés ou encore crus en salade, bref comme il vous plaira.

NE PAS CONFONDRE : même si la coulemelle est facile à reconnaître, ne la confondez pas avec deux autres espèces de lépiotes.

La lépiote vénéneuse (macrolepiota venenata) qui pousse dans les parcs et jardins, en touffes : son pied est court et épais, se salissant de rouge quand on le touche. La chair en est épaisse et blanche, rougissant à la coupe. Cette variété peut provoquer des troubles digestifs.

La lépiote brun-incarnat ou lépiote helvéolée (lepiota brumeo-incarnata), à la chair rosissante et dont la taille est inférieure tant par le chapeau (2 à 5cm) que par le pied (12 cm).
Cette dernière est mortelle. Voilà de quoi vous procurer un petit frisson d’adrénaline quand vous avalerez votre première bouchée…

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L’épinard sauvage (chénopode bon-henri). Je passais devant tous les jours dans une totale indifférence jusqu’à ce qu’un vieux monsieur du coin (ah, la sagesse des anciens…) me dévoile la délicieuse nouvelle : sous son look de mauvaise herbe, cette plante d’un vert banal qui ourle le pied des cabanes du port ostréicole à côté de chez moi n’est rien d’autre que de l’épinard sauvage !

A vrai dire, je n’y ai cru qu’à moitié jusqu’à ce que je décide d’en cueillir une poignée et de la jeter dans une casserole d’eau bouillante salée. Et là, surprise : miam, c’est bon ! On retrouve le goût de l’épinard cultivé, en plus discret, je dirais même plus fin. Evidemment, une fois qu’on sait ce que c’est, la ressemblance de la plante avec l’épinard classique est frappante (mais c’est facile à dire après…).

Outre ses qualités gustatives, la plante est aussi réputée pour ses vertus vermifuges. Cousine du quinoa, la céréale des Incas, elle était déjà consommée par nos ancêtres du Néolithique. Il était donc temps que je m’y mette…

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NE PAS CONFONDRE : la feuille de l’épinard sauvage ressemble assez à celle de l’oseille, mais cette dernière est davantage arrondie. Si vous les confondez, cela ne sera pas vraiment grave car elles sont toutes deux comestibles.

Les livres de botanique mettent en garde contre la ressemblance de l’épinard sauvage avec l’arum, connu pour ces élégantes fleurs blanches en forme de calice et qui est, lui, toxique. Ses feuilles présentent effectivement la même forme de flèche triangulaire, mais leur aspect est brillant, comme verni.

Et vous, vous mangez aussi des plantes dans votre rue ? Envoyez-nous vos bons plants et leurs recettes.

(* Certes, le champignon n’est pas vraiment une plante, mais ce n’est pas un animal non plus… J’espère que vous me pardonnerez cette assimilation abusive au règne végétal, mais comme c’est quand même un truc qui pousse, que c’est bon et que c’est la saison, ce serait dommage de ne pas le mentionner.)

17 commentaires

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  1. La pollution ?

    C’est bien de le mentionner, mais il faut être raisonnable, et marcher selon le bon sens :

    * la pollution des produits agricoles non-bio, ce sont les pesticides et fongicides. Un documents d’Arte montrant une maladie récurrente chez les agriculteurs et dans le cheptel semble expliquer que certains fongicides sont envoyé par temps de sécheresse, juste avant récolte – à ce niveau-là, on ne se prend plus des mg de pesticide par kg de nourriture, mais des grammes par kg – mille fois plus. Et c’est vous les cobayes. les industries mettent sur les marchés des produits « pour lesquels il n’a pas été prouvé d’inocuité durant le temps de l’expérience » c’est-à-dire peut-être six mois ou un an ; les générations futures interdiront – comme les nôtres ont interdit l’amiante – les produits louches d’aujourd’hui pour lesquels le danger réel et immédiat n’est pas encore prouvé.

    * la pollution des bords des routes. C’est une pollution par hydrocarbures. Les gaz d’échappement ne polluent pas les plantes ; même les microparticules issues du diesel affectent les voies respiratoires humaines, mais n’affectent pas plus les plantes que la poussière. A la première pluie, ou au premier lavage sous le robinet, ces poussières disparaissent. Par contre cueillir une plante au bord d’une autoroute après plusieurs jours de sécheresse ou à la première pluie, c’est de l’inconscience : sur des milliers de véhicules, vous avez forcément quelques gouttes d’huile ou de cambouis, ou autre hydrocarbures issues des moteurs – ils n’ont pas tous un plancher sous moteur, et même… La première pluie est réputée glissante en matière de sécurité routière car elle lessive les hydrocarbures stockés durant plusieurs jours de sécheresse.

    Cueillir une plante sur un chemin peu fréquenté, après plusieurs jours de pluie, à mon avis n’est pas dangereux. Et si c’est un peu plus loin que la bordure, ou dans un domaine où le propriétaire n’interdit pas la cueillette sur son pâturage, vous êtes encore plus sûrs.

    D’un point de vue juridique, il faudrait demander à un professionnel, mais l’usage que j’ai toujours connu c’est celui-ci : il n’est pas interdit de « glaner » s’il n’y a ni barbelé ni écriteau « cueillette interdite » ; glaner c’est cueillir à la main, sans outil (donc sans couteau) et sans la voiture à portée de main (la garer plus loin, par exemple devant une autre parcelle) ; si doute (pancarte délavée ou ambiguë, clôture sans écriteau…), demander poliment au propriétaire.

    1. Bonjour,
      Je cherche à connaitre l’impact des gaz d’échappement sur les plantes sauvages en bord de route car j’en ramasse régulièrement.
      Entre autres, depuis des années j’ai une magnifique cressonnière en bord d’une route très fréquentée dans les Yvelines, dans la campagne à des centaines de km du premier mouton (donc pas de risque de douve du foie) mais me pose la question de la toxicité. J’ai très envie de vous croire, quelles sont vos sources?
      Je crois avoir lu, ce serait du bon sens, que plus une plante croît vite (une annuelle comme le cresson), moins elle a le temps de stocker par rapport à une vivace ou autre arbre vivant plusieurs années. J’ai donc un doute sur les poireaux sauvages que je ramasse « de la voiture » dans le Gard car ce sont des bulbes vivaces.
      Quelqu’un a t-il plus d’éléments?
      Je retourne trier mon cresson
      Merci
      Blandine

  2. d’autes trésors modestes, l’ortie et le pissenlit. Avec l’ortie , une simple soupe (oignon, orties, bouillon de poule , pommes de terre et creme fraîche) et avec les pissenlits , salades, gratins, et surtout la délicieuse gelée faite avec les fleurs, qui ressemble à du miel, pour sucrer crêpes et fromages frais.

  3. Bonjour,
    entièrement d’accord avec l’idée… et avec la plupart des commentaires, lol.
    J’adore récolter les plantes sauvages et à l’occasion, j’explique à mes compagnons de ballade. Par contre, j’éviterais d’improviser si je ne connaissais pas bien la flore sauvage. Et pour les champignons, je suis d’une méfiance extrême, n’en reconnaissant à coup sûr qu’une petite dizaine… Et ce sont de gros bio-accumulateurs de métaux lourds et de radioactivité, parfait pour des opérations de dépollution, un peu moins à consommer…
    Ceci dit, je crois qu’on mange davantage les mauvaises herbes du jardin que les légumes du potager (c’est dire si je suis douée en potager, lol)
    Parmi les herbes qui donnent de vrais repas : la podagraire (aegopodius podagraria), l’ortie urticante, le lamier blanc, la consoude, les plantains…
    Le beau cadeau de cette année : une grosse production de pleurotes au fond du jardin, derrière le compost. J’y avais laissé des branches d’arbre qui au fil du temps, se sont retrouvées couvertes de paille tombée du tas de compost. Trois récoltes abondantes, plusieurs kilos en tout… et la dernière était ce 2 décembre, en même temps qu’une grosse courgette oubliée au potager, de la tétragone toujours là en cette fin d’automne et un petit saladier de framboises 😉
    Peut-être est-ce une année à pleurotes car on en a récolté dans les bois aussi. Mais j’espère que celles du jardin reviendront l’année prochaine. J’ai fait bien attention de ne pas arracher le mycélium et je compte remettre quelques branches d’arbres…

  4. votre message est plein d’enthousiasme mais pas très sérieux… Il ne faut pas faire croire aux lecteurs qu’il n’y a qu’à se baisser et cueillir. Les deux risques ont déjà été soulignés dans les autres commentaires: la pollution, et l’erreur d’identification.
    Pour ce qui est du goût… faut pas rêver non plus. J’ai déjà goûté à plusieurs plantes sauvages, et ce n’est pas toujours fameux, c’est souvent trop fort, ou fade, ou coriace… Bref, c’est avec de l’expérience et des recettes savamment dosées qu’on arrive à intégrer de belles sauvages à nos petits plats. ça ne vient pas, comme ça, en claquant des doigts.
    Quant aux coulemelles, ce sont de vraies éponges à huile, et je déconseille de les faire à la poêle. Traditionnellement, elles sont consommées panées et jeunes, quand elles sont encore en « baguette de tambour ».
    C’est formidable de cueillir sa nourriture dans une nature encore à peu près préservée. Mais ça demande un peu d’investissement de soi, et de travail, et malheureusement, ça n’est pas une démarche accessible à la majorité des Français citadins…

    1. Pas très sérieux mon article ? Certes non, il ne s’agit pas d’un traité de botanique, mais juste du témoignage d’une simple amatrice de cueillette sauvage. Ah, la pollution, oui, cela existe mais j’ai déjà précisé que j’ai la chance d’habiter dans un endroit assez préservé. D’autre part, cette inquiétude est tout aussi valable si l’on achète ses légumes au supermarché, ou même au marché (beaucoup de champs de culture se trouvent en bord de route, voire d’autoroute…). Quant à la confusion avec d’autres espèces, certes, le risque est toujours possible, mais en l’occurrence, pour les coulemelles, il reste quand même assez faible. Si l’on va par là, traverser une rue est aussi une activité très risquée, des gens en meurent chaque jour, et pourtant je suis sûre que vous le faites quotidiennement :-). Je ne suis pas d’accord avec vous non plus sur le goût des plantes sauvages en général et des coulemelles en particulier, mais c’est une affaire…de goût, n’est-ce pas ? En clair, la cueillette sauvage est une activité pratiquée par l’Homme depuis qu’il est sur Terre et sans avoir passé de diplôme spécifique pour ça. Bien que née en ville, je la pratique moi-même depuis toute petite, en ayant commencé pendant les vacances à la montagne avec les fruits sauvages (fraises des bois, mûres, myrtilles, framboises en été, noix, noisettes et châtaignes en hiver), mais aussi lavande, thym et fenouil sauvage dans la garrigue. Et je ne suis pas prête de m’arrêter ! Même les Parisiens peuvent trouver des forêts accessibles en quelques stations de RER…

  5. Pour le chénopode bon henri, c’est pas possible, il ne pousse qu’en altitude et surtout autour des chalets ou les bovins fument ( pas des clopes …le fumier ) c’était la tradition de le manger et maintenant nous organisons des sorties pour transmettre ce savoir, le coulemelles poussent aussi en montagne mais comme personne ne les connait c’est nous qui les mangeons,……
    Ceci dit la nature sauvage ne pourrait pas nourrir les gens dans un coin peuplé comme nous en haute savoie, si tout le monde connaissait les plantes.
    A bientôt sur les chemins ou en raquette taper l’adresse de notre adresse dans la barre d’adresse

  6. Laure !
    Quelle surprise de te recroiser par cet article, des années après un beau voyage dans le désert. Ca me réjouit de te savoir sur ta voie, heureuse et bien entourée. Mon chemin a également pris des méandres réjouissants, tu peux jeter un oeil à mon site web 😉
    Merci pour ces belles idées ! Pour l’instant je n’ai trouvé que les orties du petit bois près de chez moi … et j’avoue ça fait des semaines que je n’ai pas fait de cueillette. Je vais m’y remettre et guetter les coulemelles !
    Nina

  7. je me marre ….
    j’adore récolter tout ce que « dame nature  » nous offre mais là…ce n’est pas du chénopode..(.ou de bon-henri)…mais ceci; dit ,cru ou cuites, ces bettes maritimes avec leur petit gout amer sont délicieuses…. quant aux coulemelles c’est un régal aussi…;la dame doit aussi récolter des arbouses , des salicornes …;etc…

    1. Quoi, on m’aurait menti ?:-) Merci Dominique et Brigitte de la rectification. Je ne suis qu’une modeste cueilleuse et très contente d’apprendre grâce à vous le nom véritable (en tout cas, cela a vraiment l’aspect et le goût de l’épinard…;-).

  8. Non, je ne fais pas mon marché chez Dame Nature et avec regrets.
    Mais des années (bon d’accord, des décennies) d’habitudes « super-market » nous font oublier que tout est à portée de notre main et au moment où il nous le faut.
    Les champignons … pas très confiance et les plantes en bords de route … je pense immédiatement aux gaz d’échappements 🙁
    Merci.

  9. bonjour
    que faites vous de la pollution?
    il y a beaucoup de plantes en bords de routes, en ville, à la campagne en foret, mais qui dit bord de route dit grosse pollution

    1. bonjour, je comprends votre inquiétude mais il y a route et route…Celles où j’habite et où il m’arrive de trouver les plantes en question ne sont pas très fréquentées par les voitures…Mais j’ai surtout la chance de voir pousser ces champignons dans mon jardin, lui-même situé au milieu de la forêt landaise.

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