Pêcheur de Loire, à contre-courant

Loin des excès de la pêche industrielle, Romain Gadais a monté sa petite pêcherie artisanale sur la Loire. Un modèle à taille humaine, dans le respect de la biodiversité du fleuve. 


Textes : Aurélien Culat
Photos : Thomas Louapre

Bréhémont, à quelques brasses en aval de Tours. Romain Gadais, qui a lancé les Pêcheries ligériennes il y a quatre ans, remonte la Loire aux côtés de son apprenti. La journée de pêche commence.

Les filets sont bien cachés dans des recoins du fleuve moins exposés au courant, où les poissons viennent se reposer. Car la Loire a un sacré débit, qui peut fortement varier d’une semaine sur l’autre. Il faut savoir lire l’eau, explique le pêcheur de 29 ans.

Au début du printemps, le fleuve est désert, mais avec l’arrivée des canoës, Romain va remballer ses filets fixes, pour des filets dérivants ou encerclants. Je pêche toute l’année mais la grosse saison, c’est de mars à octobre. L’été je suis au taquet, je bosse 16 heures par jour. 

Cet aspe part en rillettes. Grâce à la transformation, les Pêcheries ligériennes n’ont aucun rejet, même les espèces les moins réputées ont un débouché.

C’est la première anguille de l’année, sourit Romain. Mais elle est trop petite, on va la relâcher. D’autant qu’il faut faire très attention avec les espèces prisées des pêcheurs du dimanche. On m’a déjà menacé, en m’accusant de vider la Loire ! Une peur bien loin de la réalité quotidienne : Romain ne peut poser des filets que dans 1 % du domaine fuvial qu’il loue, et il n’a pris que 7 brochets depuis janvier 2017…

Cette bête-là échappera aussi aux rillettes. Au contact quotidien du fleuve, Romain voit régulièrement des cervidés ou des sangliers traverser le vaste lit de la Loire, notamment pour semer les chasseurs. 

Il est midi. La pêche du jour fait 17 kilos. Alose, mulet, chevesne, barbeau, il y en a pour tous les goûts. 

L’atelier de transformation est situé au sous-sol de la boutique, face au quai. Les poissons y sont lavés, mis à la glace, vidés et écaillés. 

Plusieurs filières s’ouvrent à eux. Les moins prestigieux finiront en rillettes, les bons élèves seront filetés ou taillés en pavés et fumés au bois de hêtre, comme ce silure pêché hier. Et les premiers de la classe seront servis au restaurant, portés à table par Romain lui-même.

Entre la boutique, les Ruches, les AMAPs et le restaurant, les produits s’écoulent sans mal et attirent les touristes curieux à Bréhémont, qui n’avait pas connu de pêcheur professionnel depuis 30 ans. Et celui-ci mène bien sa barque.

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